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Confessions d’un pimp repenti: «c’était trop facile»

L’attrait de l’argent facile était plus fort que les remords d’avoir livré une femme aux pervers dans un motel

Entrevue - ancien proxénète
Photo Valérie Gonthier Marvin (nom fictif) est un proxénète repenti qui fait maintenant de la sensibilisation auprès de jeunes délinquants afin d’éviter qu’ils ne se tournent vers ce crime.

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« La première fois qu’une fille m’a donné l’argent qu’elle venait de faire... Whoa! Je n’ai rien fait et l’argent est venu ! Là, j’ai réalisé que j’étais embarqué dans un cercle vicieux... »

Sous le couvert de l’anonymat, un ancien proxénète aujourd’hui réhabilité, a accepté de confier au Journal à quel point il est facile de tomber dans le proxénétisme.

Aujourd’hui âgé de 30 ans, Marvin (nom fictif) n’est pas fier de ce qu’il a fait. Il s’implique d’ailleurs auprès d’un organisme afin de sensibiliser les jeunes à risque de se tourner vers ce crime odieux.

Plus jeune, Marvin est souvent allé dans des bars de danseuses. Il a aussi accompagné des connaissances qui allaient récolter l’argent d’escortes dans des motels.

Pourtant, il dit ne jamais avoir été attiré par ce monde... jusqu’à ce que de graves problèmes d’argent surviennent.

« Il y a eu une situation de panique qui m’a fait mal réagir. L’opportunité est venue, je l’ai prise », explique-t-il.

Trop facile

Au début, Marvin doutait qu’une femme accepte de lui remettre tout son argent.

« Je me suis dit que j’allais essayer. Et... elle me donne l’argent. C’était trop facile », s’étonne-t-il encore.

Selon lui, jamais il n’a cautionné le fait d’exploiter une jeune femme, de la forcer à coucher avec des hommes et lui remettre ses gains. Mais malgré ce « malaise », il était incapable d’arrêter ses activités.

« J’ai tellement vu que l’argent pouvait être intéressant. Je comptais l’argent et je parlais à Dieu. Je lui disais : “Seigneur, je suis désolé” », se souvient Marvin.

Et il s’est ensuite mis à réfléchir comme un proxénète.

« Tu dois lui faire croire à un rêve, parce que c’est comme ça qu’elle reste travaillante. Je dois lui faire croire que ça vaut la peine de faire ça, sinon elle perd l’intérêt. Et ce n’est pas bon pour la business », illustre-t-il.

Les hommes qui défilent

Mais le malaise persistait. Chaque fois qu’il mettait les pieds dans une chambre d’hôtel louée pour recevoir les clients, il ne se sentait pas bien, assure-t-il.

« Je savais ce qui se passait dans la chambre, que plusieurs hommes y défilaient. Ils ont tous une énergie différente, certains sont en manque, d’autres viennent se défouler, d’autres sont pervers. Je ne voulais pas croire que c’est moi qui faisais ça », lance Marvin.

Puis, un matin, il s’est mis à pleurer, en réalisant que cela faisait des mois qu’il n’avait pas vu son enfant.

« Je me suis demandé si j’avais vraiment besoin de faire ça », dit-il.

Partager pour aider

Graduellement, il a pris ses distances de certains contacts et s’est trouvé un emploi légal.

Il réalise aujourd’hui que les filles exploitées par un proxénète « doivent traîner un gros boulet toute leur vie ».

Encore gêné par son passé, il veut néanmoins partager son expérience avec des jeunes issus du même milieu que lui pour éviter qu’ils ne fassent à leur tour des victimes d’exploitation sexuelle.

Marvin a un message clair pour eux : « Si vous avez un tel pouvoir de persuasion, utilisez-le donc pour devenir plutôt des leaders positifs dans votre communauté. »

Les pièges les plus fréquents

Certains proxénètes font usage de violence, d’autres sont de fins manipulateurs ou jouent la carte de l’amour. Chaque exploiteur a sa tactique et l’adapte d’une fille à l’autre. Les experts notent toutefois des pièges plus fréquemment utilisés par les pimps pour embrigader les victimes. Si vous êtes témoin de ce genre de scénarios, c’est qu’il y a un danger.

L’AMOUREUX

Celui dont on entend le plus parler. Il vise souvent une fugueuse, à qui il joue la carte de la séduction pour lui faire miroiter une relation amoureuse à long terme. Mais la lune de miel se termine souvent lorsque la jeune femme est désensibilisée face au sexe, puis fortement incitée à se prostituer pour amasser des gains... pour construire un avenir à deux. Mais la victime voit rarement la couleur de l’argent perçu en échange de ses faveurs.

LE PARTENAIRE

Il se présente comme un homme d’affaires, qui propose un partenariat à sa victime en vue d’obtenir le partage des revenus amassés par sa prostitution. À l’affût des lois, le proxénète gestionnaire n’empêchera pas sa victime de partir si elle le désire, pour éviter qu’elle ne porte plainte. Dans un but stratégique, il implique aussi la jeune femme dans les activités, comme pour publier une annonce ou répondre aux clients.

L’OPPORTUNISTE

Il s’agit souvent d’un homme déjà impliqué dans la criminalité, qui saisit une opportunité pour faire plus d’argent. Il va souvent apprendre son métier sur le tas ou grâce à des contacts. Parfois, c’est une connaissance qui lui parle de cette façon de s’enrichir. C’est parfois un homme qui, pour faire de l’argent facilement, en vient à forcer sa conjointe à faire des clients.

LE CRÉANCIER

Un cas classique pour piéger les filles plus naïves. Le proxénète accueille la jeune femme chez lui pour la dépanner. Parfois, il lui paie du luxe (faux cils, manucures, vêtements, etc.). Puis, soudainement, il exige le remboursement des frais et la force à se prostituer pour rembourser sa « dette ».

Si la fille veut cesser, on évoque une dette bidon faramineuse de dizaines de milliers de dollars pour la garder sous contrôle.

LE SAUVEUR

Par un subterfuge, le proxénète amène une jeune femme à commettre un délit mineur, qui va lui créer une fausse créance. Par exemple, ouvrir un compte en banque pour un tiers qu’elle ne connaît pas. Quelques semaines après, elle apprend qu’elle a un solde important à rembourser. Une fois qu’elle est coincée, le proxénète lui propose une solution rapide pour faire de l’argent et ainsi résoudre son problème.