/opinion/columnists
Navigation

Courir vers sa zone des buts

Courir vers sa zone des buts
Photo d’archives

Coup d'oeil sur cet article

En 1964, lors d’un match contre les 49ers de San Francisco, un ailier défensif des Vikings du Minnesota, Jim Marshall, récupère un échappé et court 66 verges dans le mauvais sens.

Parvenu dans sa zone des buts, il lance le ballon pour célébrer son exploit avant de réaliser sa bourde monumentale.

Bizarrement, c’est ce qui m’est venu en tête lorsque j’ai vu la comédie caquiste dans le dossier de l’immigration.

Cynique

Il est légitime qu’un gouvernement revisite les critères de sélection des immigrants.

Il est raisonnable de prioriser les étudiants étrangers dans les domaines­­­ où nous avons des besoins à combler.

Mais qui a pensé à annoncer cela au beau milieu de l’année scolaire ?

Mettez-vous à la place des étudiants étrangers déjà ici, qui réalisent que les règles viennent de changer en cours de match.

Ce ballon échappé, suivi d’une course dans la mauvaise direction, avant la clause de droits acquis improvisée mardi soir, masque toutefois deux faits importants.

D’abord, le premier ministre a eu raison de lever le ton face aux milieux patronaux.

Leur demande pour toujours plus d’immigration cache mal un calcul très cynique.

Certes, il y a des domaines où l’on manque de travailleurs qualifiés.

Mais leur vrai souci, surtout dans le cas de la Chambre de commerce de Montréal, c’est de faire venir du monde qui acceptera les emplois mal payés sur lesquels les Québécois lèvent le nez.

On veut importer du cheap labour, tout simplement.

Comment les gens d’ici pourraient-­ils exiger de meilleurs salaires si un étranger est prêt à faire le boulot pour moins cher ?

Le patronat ne vous dira jamais non plus que ces travailleurs étrangers consomment des services très coûteux : écoles, hôpitaux, garderies subventionnées, etc.

Si ces travailleurs étrangers ont des revenus élevés qui se traduisent en impôts et taxes supérieurs au coût des services qu’ils consomment, nous sommes collectivement gagnants.

Ce n’est pas le cas des travailleurs au salaire minimum, qui consommeront des services publics infiniment plus dispendieux que leur contribution fiscale.

Le patronat est aussi muet sur le fait que de grandes quantités d’immigrants qui exigent des services d’éducation et de santé expliquent en partie... les pénuries de personnel enseignant et hospitalier.

Plus entraîne plus, donc il en faut plus.

Payants

Le premier ministre a servi un argument­­­ similaire au milieu de l’enseignement supérieur : vous voulez plus d’étudiants étrangers parce qu’ils rapportent plus d’argent.

Le milieu éducatif a répondu en niant, ce qui revient à nous prendre pour des cons.

Il y aurait des nuances à faire, mais François Legault n’a pas tort sur l’essentiel.

Pour l’année 2019-2020, le MBA à temps plein en anglais dans lequel j’enseigne coûtera 8435,74 $ à un Québécois... et 48 856,54 $ à un étudiant international.

Des études en médecine à McGill coûteront 7780,38 $ pour la première année à un Québécois et... 45 884,88 $ à un étudiant international.

Cela peut se justifier, mais il est rigoureusement exact de dire que l’on compte sur les étrangers parce qu’ils sont payants.