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Des travailleurs nous parlent de leur expérience dans l’industrie forestière

Worker in helmet counts wood lumber
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Qu’elle soit dense ou clairsemée, remplie d’épinettes parfumées ou de peupliers verdoyants, la forêt est source de fierté pour beaucoup de Québécois et de Québécoises.  

En 2018, 61 700 emplois directs ont été créés au sein de notre industrie forestière. Pour beaucoup de municipalités québécoises, la foresterie est un moteur économique important.              

Nous avons rencontré deux travailleurs qui côtoient la forêt au quotidien afin de prendre leur pouls sur l’état de l’industrie — et, au passage, démystifier quelques préjugés tenaces qui minent leur métier.             

  

MARCUS OUELLETTE, DÉBROUSSAILLEUR           

D’entrée de jeu, Marcus Ouellette s’excuse : il est brûlé et espère pouvoir répondre sans trop de peine à nos questions. Comme chaque jour depuis vingt ans, le débroussailleur a trimé onze heures durant au sein de la forêt, une machine de 50 livres sur le dos. Là, de la mi-mai jusqu’à la mi-novembre, Marcus s’affaire à couper des arbres pour aider le boisé à se développer plus rapidement. « C’est un métier qui amène à se dépasser beaucoup», précise-t-il.             

Couper des arbres pour favoriser leur croissance, vraiment ?   

«On aide la forêt à mieux pousser», explique Marcus. Après les coupes forestières, des analyses de sol sont effectuées. Les experts cherchent à prévoir si les arbres repousseront naturellement - le cas contraire, le terrain est immédiatement reboisé. Trois ou quatre ans plus tard, en suivant les plans d’aménagement forestier, les travailleurs coupent les arbres qui nuisent au développement des autres.             

Tous ne se développent pas au même rythme : les feuillus poussent d’environ 1 mètre par année alors que les confères, eux, peinent à atteindre 30 centimètres en un an. Une fois abattus, les troncs chutent au sol, puis se décomposent et nourrissent les arbres en place, qui parviennent ainsi à mieux grandir.              

« La forêt pousse 50% plus rapidement grâce au traitement qu’on fait et ça, ça me rend fier. Aménager et conditionner la forêt, ça permet de réduire les émissions de GES », ajoute Marcus. « Avec ça, je minimise mon impact humain sur la terre : je sais que je contribue à mettre de l’oxygène sur la planète. Je me sens comme un participant actif de ce processus-là. »              

Entre cohabitation et collaboration  

Il va sans dire que le travail est ardu, et les journées sont longues. Beau temps, mauvais temps, Marcus pénètre les forêts denses du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour besogner de l’aube à la noirceur. Être seul en nature, c’est un mode de vie, affirme-t-il.             

L’autre défi du métier? Les villégiateurs, qui circulent s ur les chemins forestiers pour se rendre à des zones de pêche, de chasse ou à leurs maisons de campagne. Il y a quelques années, les relations étaient plutôt tendues, et la communication, moins fluide.              

Pourtant, un vent de changement souffle dans les forêts québécoises. «Maintenant, les villégiateurs savent très bien que nous, la foresterie, on aménage le terrain. Il ne faut pas nous voir comme des assassins de la forêt. On est là pour aider!»            

  

  

CAROLINE LAVOIE, PLANIFICATRICE FORESTIÈRE             

Caroline Lavoie assure l’approvisionnement d’usines de transformation de bois dans sa région, le Saguenay Lac-Saint-Jean. Plus précisément, elle réalise des programmations annuelles de récolte à partir de la planification que le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec produit.             

Et au jour le jour? Caroline affirme passer plus de temps qu’elle le voudrait au bureau. Entre les rencontres avec les intervenants et les calculs à effectuer, il y a beaucoup à faire!             

  

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Au quotidien, la technologie à un rôle-clé à jouer. Cartographies numériques, GPS, drones, photos satellites... les innovations abondent et se renouvellent constamment. «Ça donne un gain en efficacité, mais il ne faut jamais avoir une paire de bottes trop loin!», rigole Caroline.              

«On va chercher le pouls des travailleurs en forêt : on écoute leurs suggestions parce que l’expérience qu’ils ont ne s’apprend pas à l’école. Ça prend vraiment un regard terrain qui valide l’information qu’on récolte avec ces technologies-là.»             

Tout ce qui rentre à la scierie est transformé en bois d’oeuvre, puis est vendu via des manufacturiers. 70% reste au Québec, 20% va en Ontario, puis 10% est exporté au Moyen-Orient.              

Pas question de gaspiller à l’usine! L’écorce s’en va à la cogénération, qui brûle les copeaux pour les transformer en énergie, les copeaux sont vendus aux papetières, la planure devient de la litière pour animaux... Chaque billot de bois est utilisé dans son entièreté.              

Rien n’est laissé à l’aveugle  

Les planificateurs forestiers comme Caroline œuvrent uniquement en terres publiques. «Des aires protégées ou des refuges biologiques, c’est complètement exclu de nos travaux.»             

  

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La Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier adoptée en 2013 a considérablement transformé les pratiques de l’industrie. Cette législation découle de nombreuses consultations et vise à tenir compte de l’impact des changements climatiques et de la réalité des communautés autochtones du Québec.              

«On a 114 exigences contextuelles en plus de tous les manuels qu’il faut suivre. On harmonise nos activités avec les autres utilisateurs de la forêt: des villégiateurs, des pêcheurs, la SÉPAQ, des pourvoyeurs... Rien n’est laissé à l’aveugle», précise Caroline, ajoutant au passage que, bien que la Loi ait compliqué les opérations au quotidien, elle n’en est pas moins essentielle.              

«Ça a apporté plus de transparence par rapport aux activités du milieu. L’acceptabilité sociale, c’est important pour notre domaine.»             

  

Le poumon de la planète  

Caroline est ferme sur un point: les arbres sont une ressource incroyable pour lutter contre les changements climatiques. À partir de son arrivée à maturité, l’accroissement annuel moyen d’un arbre ralentit jusqu’à devenir complètement nul quelques années plus tard. Si on récolte l’arbre à temps, on emprisonne le carbone dans le bois. Sans cette intervention, le CO2 emmagasiné sera relâché dans l’air.              

«Quand on sort de l’école, on a le cerveau fixé sur la technique. Avec le temps, j’ai recommencé à apprécier la forêt pour ce qu’elle est. Je me considère vraiment chanceuse d’aménager cette ressource-là, qui est renouvelable et écologique. Je vois la forêt dans son ensemble, plusieurs écosystèmes complexes dont les multiples utilisateurs font partie. Il faut tous vivre ensemble sur ce territoire», ajoute Caroline.              

On ne peut qu’être d’accord avec elle.             

  

Pour en découvrir encore plus sur la forêt québécoise et ses travailleurs, consultez le site web Une forêt de possibilités.