/news/currentevents
Navigation

Exploitation sexuelle: des filles incapables de se sortir de l’emprise de leurs pimps

Manipulées et contrôlées par leur proxénète, elles peinent souvent à le quitter

Karine Damphousse
Photo PIerre-Paul Poulin Karine Damphousse, criminologue au CAVAC de Montréal, rencontre chaque année des dizaines de jeunes femmes qui essaient de se sortir de l’emprise de leur proxénète. Ces abuseurs sont souvent des maîtres de la manipulation. 

Coup d'oeil sur cet article

Des filles malmenées, isolées, forcées d’enfiler les clients l’un après l’autre et obligées de remettre la totalité de leurs gains à leur proxénète. Pourquoi ces victimes sous l’emprise de souteneurs ne quittent-elles simplement pas cette vie misérable ?

« Dans certains cas, ça va très loin. Les exploiteurs jouent carrément dans la tête des victimes, c’est épouvantable », lance l’adjoint au chef de la police de Laval, Dany Gagnon.

Maîtres de la manipulation, ces hommes réussissent même à rendre la fille « consentante » à coucher avec des inconnus jour après jour, sans recevoir un seul sou.

« On les a endoctrinées, on les a brisées comme le gourou dans une secte. On leur dit n’importe quoi », illustre une procureure de la Couronne.

Parce que le seul et unique but d’un proxénète, c’est que l’argent coule à flots. Et il utilisera tous les moyens possibles pour qu’une fille continue à faire des clients.

Il tue son chat

« Son objectif est de s’assurer un gain financier. S’il sent qu’il y a une fragilisation, il peut déployer une stratégie pour qu’elle continue », expose la criminologue Karine Damphousse, du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels de Montréal.

Et les tactiques déployées par les proxénètes pour garder celles qu’ils considèrent comme leurs bitchs n’ont pas de limites.

Un pimp a déjà tué le chat de sa victime devant elle pour l’avertir de ce qui l’attendait si elle n’obéissait pas, rapporte la criminologue Maria Mourani.

« On en voit aussi qui menacent de s’en prendre aux parents de la fille ou à son petit frère ou sa petite sœur », explique aussi l’experte.

Mais souvent, si une fille reste auprès de l’homme, c’est aussi parce ce qu’elle perd toute estime d’elle-même.

Elles en viennent même à croire parfois que si un client les bat, c’est de leur faute, qu’elles ont mal travaillé.

« Je ne savais plus ce que je valais, je n’avais aucune idée de ce qu’était la réalité d’une femme, ni comment être libre. Je n’avais même plus de cartes d’identité », a raconté une des victimes du proxénète Josué Jean.

Aujourd’hui âgée de 38 ans, elle est restée des années sous son emprise avant de le dénoncer et qu’il soit ensuite condamné à huit ans d’emprisonnement.

Ça devient normal...

Le proxénète habile va aussi isoler la fille.

Même battue et dénigrée par celui qu’elle croyait être son amoureux, une autre femme exploitée par un pimp explique qu’elle ne se voyait pas comme une victime.

« Je ne connais pas beaucoup de filles qui vont voir qu’elles sont une victime », raconte celle qui a exigé l’anonymat pour se confier.

« Tu es isolée, tu n’as plus que lui dans ta vie, tout ça devient normal », relate-t-elle.