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Monstrueuse montagne

Tempêtes, Andrée A. Michaud, Québec Amérique, 356 pages
Photo courtoisie Tempêtes, Andrée A. Michaud, Québec Amérique, 356 pages

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Tout part d’une montagne, le Massif bleu. Une masse justement, qui écrase à son approche. Chacun leur tour, Marie Saintonge et Ric Dubois vont en ressentir le funeste impact.

C’est un roman de forces surnaturelles qu’Andrée A. Michaud signe avec Tempêtes, dernier ouvrage de la longue liste qui ont fait sa renommée.

Il sera question d’ombres fugaces, de visages qui apparaissent, puis s’effacent, de statues qui subtilement se déplacent... Et il y aura des morts, beaucoup. De quoi rendre fou.

Andrée A. Michaud va raconter de deux manières cette descente vers la folie, chacune prenant forme sur un versant du Massif bleu, aussi nommé Cold Mountain.

Ça commence avec Marie, héritière d’une maison que lui lègue un oncle qui se serait suicidé. Elle y arrive alors que l’hiver s’accroche dans ses dernières tempêtes. Le vent est impitoyable, la neige s’accumule, l’endroit est retiré. Comment dès lors laisser dehors l’inconnu perclus de froid qui frappe à sa porte ?

Cet homme ne ressortira pas de la chambre que lui offre Marie. Elle le retrouvera pendu. Du coup, tout va déraper. Et plus Marie va tenter de redresser la situation, plus elle va s’enfoncer – se rendant coupable de crimes dont on ne la soupçonnera pas.

À cette première partie succède une autre histoire, qui occupe le gros du roman. Ce sera celle de Ric, payé en secret pour être la figure publique d’un écrivain célèbre qui ne prise pas les mondanités.

Quand Ric découvre le cadavre de celui-ci, il décide de poursuivre le subterfuge, mais cette fois en écrivant lui-même les romans qu’on lui attribue. Pour y arriver, il décide de séjourner au camping qui a inspiré la dernière œuvre de l’écrivain désormais mort.

Ce camping, c’est celui de Cold Mountain.

À nouveau la nature se déchaîne, mais sous forme de violents orages puisqu’on est en juillet. À nouveau il y aura des morts.

Ric Dubois n’a rien à voir avec ceux-ci, mais c’est lui qu’on soupçonne, l’homme seul et inconnu de tous au milieu d’un camping que l’on fréquente en bande ou en famille.

Alors lui aussi va déraper, multipliant les erreurs d’appréciation alors même qu’il essaie de prévenir d’autres disparitions.

Cet innocent qu’on voit coupable est l’envers de Marie. Mais comme elle, il est le jouet de forces qui le dépassent. Au final, le destin de Marie Saintonge rejoindra celui de Ric Dubois.

Psyché collective

Tempêtes a l’allure d’un thriller, mais il est bien davantage une mise à nu de notre psyché collective.

En puisant dans la richesse des mots, en ciselant leur alliage pour donner de la texture à la nature, en laissant ses protagonistes raconter leur histoire au « je », Andrée A. Michaud cerne la sourde menace que nous tentons d’oublier quand le temps s’emballe, comme ici on le vit chaque saison.

On fait comme si on s’y habituait, mais au fond, on sait bien que la montagne peut s’avérer monstrueuse. Peut-être même au sens littéral ?