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Présent pour ceux qui ont besoin d’aide

Martin Bédard lors d’un entraînement cette semaine en prévision de la demi-finale de l’Est face aux Eskimos d’Edmonton, demain à 13 h, au stade Percival-Molson.
Photo Chantal Poirier Martin Bédard lors d’un entraînement cette semaine en prévision de la demi-finale de l’Est face aux Eskimos d’Edmonton, demain à 13 h, au stade Percival-Molson.

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Martin Bédard est un homme poli. C’est en me vouvoyant qu’il s’est présenté à moi quand j’ai demandé à l’interviewer après la séance d’entraînement des Alouettes, hier. Lorsque je lui ai dit qu’il pouvait me tutoyer, il a refusé.

« Je ne peux pas, j’ai été élevé comme ça. C’est plus fort que moi », a-t-il expliqué.

Avoir la tête blanche a ses avantages...

Pour une deuxième année consécutive, Bédard est le candidat des Alouettes au trophée des anciens combattants Jake-Gaudaur remis annuellement à un joueur canadien de la Ligue canadienne affichant force, persévérance, camaraderie et implication communautaire.

Bédard est tout ça.

Non seulement ses parents lui ont-ils enseigné les bonnes manières, ils lui ont aussi inculqué les vertus de l’altruisme.

« C’est vraiment dans moi, dit-il.

« Quand je vois des gens dans le besoin, c’est juste normal pour moi de faire ma part pour les aider. Ma mère faisait beaucoup de bénévolat.

« Je ne l’ai jamais connue en santé. Elle souffrait de la maladie de Crohn, d’arythmie cardiaque et de leucémie. Elle est décédée à 47 ans. J’ai appris très jeune que l’on doit prendre soin de son prochain et que l’on doit être la meilleure personne possible. »

Son père, qui possédait la forme d’un athlète et avec qui il s’entraînait, a été emporté par un cancer fulgurant. Les médecins avaient établi son espérance de vie à quatre ans. Trois mois après leur pronostic, il n’était plus de ce monde.

L’ange gardien de son frère

L’histoire de son frère aîné Mathieu est connue. Confiné à un fauteuil roulant depuis qu’il a été opéré pour un cancer du sacrum, il sait qu’il ne manquera jamais de rien avec Martin.

Le sacrum est un os formé par la soudure des cinq vertèbres sacrées dans la partie inférieure de la colonne vertébrale qui s’articule avec les os iliaques pour former le bassin.

Il y a quelques semaines, Mathieu est tombé alors qu’il tentait de se déplacer de son fauteuil roulant à son divan. Il a subi une double fracture à une jambe.

Son frère est allé le chercher à l’hôpital hier pour le ramener à l’appartement adapté pour sa condition où il vit. Sa mésaventure a failli lui coûter la vie. Il a été saisi d’un choc septique, mais il est passé à travers.

Mathieu dit toujours que sans Martin, il ne vivrait pas.

Présent auprès des jeunes

Le spécialiste des longues remises chez les Alouettes joue un rôle actif au sein de la Société canadienne du cancer.

Bédard est présent aussi pour les jeunes. Dans le cadre du programme « Ensemble à l’école » parrainé par l’équipe, il rencontre les jeunes à qui il prêche les bienfaits de la persévérance scolaire.

Il sait ce qu’ils peuvent ressentir. Il a été intimidé durant sa jeunesse avant d’être lui-même un intimidateur. Il avoue carrément avoir été un bum dans un reportage produit par Radio-Canada.

Le football l’a ramené dans le droit chemin. Il a contribué à deux conquêtes consécutives de la coupe Grey par les Alouettes, en 2009 et en 2010. Il est avec l’équipe depuis 11 ans et, à 35 ans, il se croit en mesure de jouer au moins trois autres saisons.

« Je suis encore en super forme, fait-il valoir.

« J’ai un bon mode de vie. J’ai entendu à travers les branches que certains disent que j’ai ralenti, mais je ne crois pas que ce soit le cas.

« Si j’avais cette impression, je songerais peut-être à mettre un terme à ma carrière, mais je ne suis pas fini. »

Plans d’avenir

C’est dit avec conviction.

Une carrière de 11 ans dans le football professionnel, c’est long. Si Bédard se rend à 14 saisons, comme il le souhaite, on pourra parler d’un phénomène.

Comment entrevoit-il sa vie après le football ?

« Je souhaite avoir une belle vie heureuse avec ma blonde, mon petit gars [qui est âgé de 6 ans] et mon frère. Je souhaite que ma famille s’agrandisse et continuer à aider le plus de monde possible », répond-il.

En somme, sa vie sera essentiellement la même. Il prêchera par l’exemple.

« C’est la meilleure façon de faire, continue-t-il.

« J’ai horreur de l’expression qui dit : ‘‘fais ce que je dis pas ce que je fais’’. C’est tellement pourri. Personne ne devrait avoir le droit de dire ça, surtout pas à un enfant.

« Montrer l’exemple est la plus belle chose que l’on peut transmettre aux gens qui nous regardent. Parler, c’est facile. Ce qu’il faut faire, c’est agir. »

Retrouver le sentiment de la victoire

La froidure des derniers jours n’a pas refroidi l’enthousiasme qui règne chez les Alouettes. Tout le monde a hâte à la demi-finale de demain contre les Eskimos d’Edmonton. Il s’agira d’un premier match éliminatoire en cinq ans pour l’équipe montréalaise.

Martin Bédard est l’un des rares joueurs de cette époque encore avec l’équipe. Il a eu une réponse suave lorsqu’un confrère lui a demandé, hier, ses souvenirs de cette rencontre disputée le 16 novembre 2014 au stade Percival-Molson.

« On leur en avait donné une sincère ! » a-t-il lancé.

Sentiment agréable

Les Alouettes avaient effectivement massacré les Lions de la Colombie-Britannique par la marque de 50 à 17 devant une maigre foule de 15 107 spectateurs.

« C’était du foot de novembre, s’est rappelé Bédard.

« Ce n’était pas chaud, mais l’atmosphère était intense sur le terrain. C’était un match sans lendemain. Sans dire que les joueurs ne fournissent pas toujours le maximum, nous avions tous donné une coche de plus ce jour-là.

« Le sentiment de la victoire était agréable, et c’est ce que je veux revivre cette année. »

La suite avait été moins heureuse. La semaine suivant leur triomphe contre les Lions, les Alouettes dirigés par Tom Higgins s’étaient inclinés 40 à 24 devant les Tiger-Cats de Hamilton en finale de l’Est.

Les quatre années suivantes furent un véritable calvaire, qui a mené les Alouettes au fond de l’abîme.

À quand la vente ?

Les Wetenhall sont partis en douce. Les Alouettes sont sans propriétaires depuis le début de l’année.

La plus récente rumeur disait que l’équipe serait achetée par les frères Lenkov, d’ex-Québécois faisant carrière en Californie, et Stephen Bronfman.

Le duo Lenkov devait investir à hauteur de 51 % contre 49 % pour Bronfman et certains de ses associés financiers. Or, ces chiffres seraient loin de la vérité.

En mars, M. Bronfman m’avait dit être nullement intéressé par l’idée de se porter acquéreur des Alouettes. Le retour d’une équipe du baseball majeur était sa priorité. En raison de l’affection qu’il porte à sa ville, on peut penser qu’il est prêt à fournir sa part d’efforts dans le dossier des Alouettes, mais probablement pas dans une participation qui approcherait 50 %.

Chose certaine, le dossier a trop duré. Si la vente n’est pas annoncée avant la fin de l’année, il y aura de sérieuses questions à se poser sur l’avenir de l’équipe.