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Exploitation sexuelle: les victimes souvent trop traumatisées pour témoigner

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Une victime d’exploitation sexuelle qui a été sous le joug d’un proxénète est rarement un bon témoin au tribunal en raison de son traumatisme, insistent des experts.

« Les victimes d’abus et d’exploitation, pour survivre, elles font tout pour oublier. Mais une fois en cour, on leur reproche justement d’avoir oublié. Ça ne fait pas de sens », lance Michel Dorais, auteur du livre Jeunes filles sous influence.

« Il faut que l’odieux soit déplacé du côté de ceux qui exploitent. Le moins nous ferons témoigner de victimes, le mieux ce sera », affirme M. Dorais.

Devant son agresseur

Depuis cet été, la sanction de la loi C-75 met en application une des dispositions proposées par Maria Mourani il y a 10 ans, soit le renversement du fardeau de la preuve, qui obligera les proxénètes à prouver qu’ils ne vivent pas du fruit de la traite de personne.

« Les victimes y pensent deux fois avant de témoigner. Il y a les craintes de représailles ou de passer pour une salope », explique la criminologue et ex-députée, qui a proposé des dispositions pour serrer la vis aux proxénètes dès 2009.

« Quand t’es dans la salle d’audience à côté de l’accusé qui a toujours eu une emprise sur toi, et que tu dois tout raconter, ce n’est pas facile. Dans la presque totalité des cas, ça réactive leur stress post-traumatique », ajoute la criminologue Karine Damphousse.

Lourd fardeau

Établir un lien de confiance avec les victimes est d’ailleurs un des défis du travail de procureur de la Couronne, souligne Me Jean-François Roy, spécialisé dans ces dossiers.

« Le défi se situe souvent au niveau de la crainte des victimes. Elles peuvent avoir une pudeur à venir décrire de façon entière ce qu’elles ont vécu », explique-t-il, ajoutant que ce contact humain le motive dans son travail.

Le fait de savoir que leur témoignage est essentiel pour faire condamner un pimp peut aussi être difficile à porter pour certaines.

« Le fardeau est extrêmement lourd. Évidemment qu’on ne leur présente pas comme ça. Mais pour qu’il y ait une cause, il faut une victime. Personne ne peut le faire à sa place », expose Mme Damphousse.