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Le mur de la CAQ

Periode des questions
Photo Simon Clark Le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette, jeudi dernier, lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.

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On comprend aujourd’hui pourquoi François Legault avait une telle peur de l’arrogance du pouvoir. Il savait.

François Legault savait que le jour viendrait ou son gouvernement frapperait un mur. Au sommet de sa popularité, porté par l’ambition de ses réformes, il allait pécher par excès de confiance. Convaincu d’être au diapason des Québécois, il dénigrerait trop vite les critiques.

Ce jour est arrivé avec la réforme du Programme d’expérience québécoise (PEQ).

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

 

Trop, trop vite

C’est ainsi que le manque d’empathie du tout puissant ministre Simon Jolin-Barrette s’est soldé par des reproches de grossière incompétence.

Cette réforme du PEQ reposait sur la refonte de la liste des domaines d’études répondant aux besoins du marché du travail. Or elle était incroyablement désuète. Des études en service domestique qui n’existent plus ! Des bras ouverts pour la technique équine au détriment d’une maîtrise en génie minier ? C’est impardonnable.

Un ministre consciencieux se serait posé de sérieuses questions !

Mais non, Simon Jolin-Barrette veut aller vite. Si vite, qu’il a mal évalué les impacts de sa réforme sur les étudiants et travailleurs déjà ici. Si vite, qu’il a omis de consulter la communauté des affaires ainsi que les collèges et universités. Si vite qu’il a oublié qu’au-delà de la pénurie de soudeurs, mécaniciens et de bouchers, sa réforme doit aussi jeter les bases de l’économie de demain, celle qui va créer les fameux emplois à 50 $ l’heure dont rêve son patron.

Elle est là l’arrogance que craignait tant le premier ministre.

Les œillères idéologiques

En politique, la technique du rouleau compresseur a l’avantage d’intimider l’adversaire et de projeter l’image d’un gouvernement porté par ses convictions. À l’inverse, elle impose des œillères au gouvernement.

Elle est là aussi, l’arrogance du pouvoir.

Le nationalisme est populaire. Revendiquer le droit du Québec de dicter ses propres règles aussi. La CAQ n’a pas pensé que le sort réservé à des étrangers allait tant secouer l’opinion publique. Après tout, la CAQ s’occupe de « son » monde. Qui eût cru que les autres allaient compter ?

Surtout, cette crise illustre à quel point ses deux promesses phares sont difficiles à réconcilier. Nationalisme identitaire et croissance économique font difficilement bon ménage. Restreindre l’immigration et contrer la pénurie de main-d’œuvre relève ainsi de la quadrature du cercle.

Il a toujours été là, ce mur que la CAQ allait risquer de frapper. Il ne faut pas se surprendre que le coup soit venu du ministre qui se croyait invincible.