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Poursuite de «Colosse» Plamondon: le procureur qui l’a condamné à la barre

Le droit était bien différent à l’époque, dit l’ancien procureur devenu juge

Le juge René de la Sablonnière (photo) était procureur lorsque Yves «Colosse» Plamondon a été condamné à perpétuité sans possibilité de libération avant 25 ans pour triple meurtre, le 18 avril 1986. On le voit lundi au palais de justice de Québec.
Photo Stevens LeBlanc Le juge René de la Sablonnière (photo) était procureur lorsque Yves «Colosse» Plamondon a été condamné à perpétuité sans possibilité de libération avant 25 ans pour triple meurtre, le 18 avril 1986. On le voit lundi au palais de justice de Québec.

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 Plus de 30 ans après les faits, celui qui a fait condamner Yves «Colosse» Plamondon pour trois meurtres, René de la Sablonnière, aujourd’hui juge actif à la Cour du Québec, est venu défendre la façon dont il avait piloté le dossier menant au verdict de culpabilité. 

Visage connu du palais de justice, arborant sa toge de juge depuis 1992, c’est en tant que témoin que René de la Sablonnière s’est présenté dans une salle de cour lundi matin. L’ancien procureur de la Couronne avait porté les trois chefs d’accusation de meurtre contre Plamondon pour lesquels il a fait 28 ans de prison. 

 Yves Plamondon poursuit maintenant le procureur général du Québec pour 35 M$ à la suite de l’abandon des accusations, en 2014. «En 1985, Yves Plamondon, pour moi, ça ne me dit rien», a dit René de la Sablonnière, qui a ensuite été chargé de rencontrer le délateur, André «Bull» Desbiens, qui avait confessé un total de 13 meurtres. 

Yves «Colosse» Plamondon et son avocat.
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC
Yves «Colosse» Plamondon et son avocat.

 Aveux 

 «Bull» et «Colosse» étaient des trafiquants de drogue pour qui Claude Simard, la victime, travaillait comme revendeur avant d’être assassiné le 13 août 1985 pour une dette. En échange de ses aveux sur les trois meurtres commis par Plamondon, Desbiens a été reconnu coupable d’homicide involontaire et condamné à sept ans de détention. 

 Un sous-ministre de la Justice avait dit au procureur, quand était venu le temps de valider la crédibilité du délateur: «Si toi tu ne peux pas avoir confiance au délateur, comment on peut demander à un jury d’avoir confiance ?» Le procès avait évidemment eu lieu et Plamondon avait été reconnu coupable. 

 René de la Sablonnière a parlé du délateur comme d’un homme avec «une intelligence limitée». En faisant le résumé de son témoignage au procès, il a toutefois mentionné que «Bull» Desbiens ne s’était pas contredit, malgré deux jours de contre-interrogatoire. 

 L’ex-procureur a aussi indiqué que plusieurs éléments de preuve venaient crédibiliser la version du délateur, par exemple le fait que le père de «Colosse» Plamondon avait déjà loué le chalet où le corps de la victime, Claude Simard, a été retrouvé à Lac-Beauport, et a rappelé des enregistrements téléphoniques qui avaient été mis en preuve. 

 Changements 

 L’ex-procureur a aussi expliqué comment le droit était différent par rapport à celui d’aujourd’hui. Aucune divulgation de preuve n’était faite de la part de la Couronne, à cette époque. 

 Me de la Sablonnière avait tout de même consenti à faire une divulgation de preuve de huit pages. 

 Selon le demandeur Plamondon, deux déclarations de témoins qui lui étaient favorables n’avaient pas été mises en preuve lors du procès. C’est une deuxième déclaration, cette fois incriminante, de ces témoins qui avait été fournie à la défense. 

 Le juge Jean-François Émond doit décider si cela aurait changé le verdict.