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S'excuser?

Si j’étais au Parti libéral du Québec, je me garderais une petite gêne avec les demandes d’excuses...

S'excuser?
Photo Simon Clark

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Si j’étais au Parti libéral du Québec, je serais discret sur les demandes d’excuses...  

S'excuser?
Le Journal de Québec

Le lourd héritage du règne Charest-Couillard  

Quand j’entends un parlementaire libéral à Québec demander des excuses – ou encore la démission – du ministre Simon Jolin-Barrette, je me demande de quel côté ce (ou cette) parlementaire était dans la querelle qui avait déchiré le PLQ plus tôt cette année à propos des conséquences de l’austérité libérale.   

Comme on oublie vite, petit rappel : en janvier dernier, des libéraux avaient fait circuler l’idée que le parti s’excusait auprès des Québécois pour la « rigueur budgétaire », bel euphémisme pour « austérité », imposée par les Couillard, Coiteux et Leitao.    

Le Bureau parlementaire du Journal avait obtenu copie d’une lettre explosive qui circulait dans les rangs libéraux à cet effet. Extrait :    

« Force est donc de constater que nous avons raté notre cible en voulant aller trop loin, trop rapidement pour revenir à l’équilibre budgétaire. Il est temps de reconnaître que nous aurions dû mieux protéger notre filet social dans notre quête vers des finances publiques plus saines et plus durables. Et pour cela, je me dois de leur présenter nos excuses [...].   

«Nous avons foncé droit vers l’équilibre budgétaire et avions les yeux rivés sur les chiffres. Ce faisant, nous nous sommes éloignés des préoccupations des Québécois. Nous avons cessé de les écouter. »   

On notait d’ailleurs qu’il y avait une ligne de fracture entre les nouveaux élus libéraux et les anciens sur cette question, la députée Marwah Rizqy avouant avoir été l’une des instigatrices de cette «discussion» avant de se faire rabrouer par son chef intérimaire.   

Finalement, le PLQ n’ira quand même pas jusqu’à s’excuser auprès des Québécois, quand même! Cela n’est pas dans l’ADN du parti, mettons.    

Reste que l’héritage de l’austérité libérale pèse lourd, c’est indéniable.   

  

S'excuser?
Chantal Poirier / JdeM

S’excuser pour la collusion, l’UPAC, etc. ?  

En novembre 2015, le chef de la CAQ, François Legault, avait invité Philippe Couillard « à présenter ses excuses aux Québécois pour les torts du Parti libéral dans le passé », notamment dans ses méthodes de financement.    

C’était le 24 novembre 2015 et le rapport de la commission Charbonneau venait d’être déposé. C’eût été un bon moment pour le chef libéral de tourner la page et de prendre ses distances, de manière assumée, de l’ère Charest.   

Au contraire, en Chambre ce jour-là, le premier ministre Couillard balaiera du revers de la main, avec un air de dégoût, toute possibilité de présenter des excuses à la population.    

Justement, c’est la population québécoise qui devait être la plus dégoutée, indignée, de la fin en queue de poisson de cette commission qui devait faire le ménage et apporter un éclairage sur cette période trouble de la politique québécoise.   

  

La dissidence toujours inexplicable du commissaire Renaud Lachance avait plutôt permis aux libéraux visés par les allégations répétées au cours des témoignages de cette commission d’être « morts de rire ».    

Quatre ans plus tard, les enquêtes de l’UPAC qui visent des libéraux font patate les unes après les autres. La dernière en liste, celle qui « serait la plus importante fraude dans une société d’État au Québec et peut-être même au pays », je parle ici de la fraude alléguée à la Société immobilière du Québec par des collecteurs de fonds du Parti libéral.    

Encore un petit goût de vomi dans la bouche de bien des Québécois.    

Philippe Couillard ne se sera jamais excusé, ni aucun autre libéral d’ailleurs.    

La bonne chose à faire   

Simon Jolin-Barrette et François Legault se sont tous les deux excusés de manière sentie au cours des derniers jours. Il est vrai que le dossier du PEQ a été très mal mené. La CAQ l’a reconnu, c’est déjà ça.    

La pression se faisait forte, certains médias faisant leurs choux gras et insistant d'une couverture très, très engagée de cette question. Vous me voyez venir... C’est que l’on traitait ici, en général, de l’immigration. Et, soyons francs, la position idéologique de la CAQ agace souverainement certains chroniqueurs.    

Ainsi, on n’a pas hésité à mettre la pédale au plancher afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il recule. Textes, analyses, éditoriaux en série...    

Le genre de couverture que l’on espérerait de certains médias qui s’indignent de manière véhémente chaque fois qu'il est question d’immigration ou de laïcité; mais qui refusent de le faire quand il est question de renchérir, avec la même énergie et les mêmes ressources, à propos des manquements de l’UPAC par exemple.    

Ou quand Justin Trudeau y va d’un tweet aux conséquences graves à propos de la gestion de la frontière. Tsé, plutôt que de se fendre d’indignation contre un autre gazouillis, celui de Lisée, mi-blagueur, à propos d’une haie de cèdres ou d’une clôture au chemin Roxham...    

Lequel des deux tweets, selon vous, a créé le plus d’indignation dans la Grande tour? Ou sur la rue Saint-Jacques à Montréal?    

Simon Jolin-Barrette apprend à la dure à quel point son rôle de superministre est difficile, voire périlleux. Il est souvent en terrain miné, sachant qu'il a devant lui des observateurs dans les médias qui sont allergiques aux politiques qu’il met de l’avant.    

  

S'excuser?
Le Journal de Québec

Il s’est excusé, il a bien fait. Toutefois, je lui conseillerais de prendre du recul, de bien analyser qui sont ceux qui demandent sa tête avec le plus d’insistance...    

Je ne suis certainement pas le seul qui a remarqué que Jolin-Barrette et Legault ont fait preuve d’une contrition plus sentie pour un début de session parlementaire brouillon, teinté d’amateurisme, que le Parti libéral qui a toujours refusé la moindre excuse pour l’ensemble de son œuvre au cours de son règne de près de 15 ans! Financement douteux, UPAC qui foire, austérité qui se fait encore sentir, copinage...   

Sur le bilan des libéraux, la population n’attend plus d’excuses; elle s’est exprimée en octobre dernier. Le PLQ a subi sa pire défaite depuis 1867.    

Et ce, en dépit du fait que le Parti libéral a joui des mêmes appuis que d’habitude au sein de l’élite médiatique.    

Ne l’oublions pas.