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Les audiences s’ouvrent dans la clarté et la confusion

L'ambassadeur William Taylor
Photo AFP L'ambassadeur William Taylor

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Après une première journée d’audiences publiques dans le processus d’impeachment du président Trump, les stratégies des partis se précisent.

Dans un de mes films préférés, L’aventure c’est l’aventure, un des personnages résume merveilleusement bien en quoi consiste le jeu politique : « La politique, c’est la clarté dans la confusion et la confusion dans la clarté ».

Alors que s’amorcent les audiences publiques du Congrès sur le processus d’impeachment du président Trump, les démocrates ont démontré leur souci d’exposer avec clarté les faits qui incriminent le président Trump dans le but de convaincre les électeurs et les rares législateurs républicains qui pourraient appuyer sa destitution.

Pour leur part, les républicains semblent convaincus que la meilleure façon de prévaloir lors de ces audiences est d’entretenir la confusion chez les électeurs susceptibles d’être persuadés, tout en fouettant l’ardeur des partisans invétérés du président.

La clarté

La Constitution américaine stipule qu’un président peut être destitué pour « bribery », un mot plus spécifique que le terme français équivalent, corruption, qui s’applique précisément à l’affaire ukrainienne.

Les démocrates cherchent à démontrer que le président Trump a tenté de retenir une aide militaire vitale à l’Ukraine en échange de l’ouverture d’enquêtes qui compromettraient son rival démocrate Joe Biden et qui accréditeraient une théorie du complot loufoque selon laquelle le vol des données informatiques du Parti démocrate en 2016 aurait son origine en Ukraine.

Les contours de l’affaire étaient déjà assez clairs, mais les deux premiers témoins ont ajouté d’autres éléments qui consolident la preuve contre le président. Notamment, l’ambassadeur William Taylor a révélé que la préoccupation de Trump pour la corruption en Ukraine ne visait qu’à compromettre Joe Biden et son fils même si, comme l’ont soutenu les témoins, aucune preuve n’existe pour appuyer de tels soupçons.

La confusion

Alors que les démocrates ont mené un interrogatoire structuré et éclairant, les républicains ont cherché à entretenir la confusion en se montrant déterminés à ne reculer devant rien pour défendre leur leader.

Par exemple, le républicain Devin Nunes a accusé les témoins — deux fonctionnaires de carrière totalement non partisans — de manquer de loyauté envers le président. Évidemment, un tel discours vise à consolider les préjugés des partisans friands de théories du complot sur le soulèvement de « l’État profond » contre Trump.

Pour sa part, le pitbull du groupe républicain, Jim Jordan, semblait croire que plus on parle vite et fort, plus on a de chances de déstabiliser les témoins gênants.

Trump infaillible ?

Les républicains font de gros efforts pour détourner l’attention ou minimiser la portée des actions reprochées au président, mais il ne s’en trouve aucun pour défendre les actions du président sur le fond, ce qui décevra sans doute le président qui demeure convaincu d’avoir agi parfaitement dans cette affaire.

Pour sa part, le président Trump continue de faire comme s’il était tout à fait normal de faire solliciter l’aide de dirigeants étrangers pour sa réélection, comme il semble trouver tout à fait normal de recevoir avec les grands honneurs à la Maison-Blanche son homologue le président turc Erdogan, quelques semaines à peine après que celui-ci eut ordonné une attaque meurtrière contre les alliés kurdes des États-Unis en Syrie.