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Centrale et cafouillages

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Difficile à suivre, le maire Labeaume l’a été plus qu’à son tour concernant la construction d’une nouvelle centrale de police qui, après plus de 10 ans de louvoiements et d’approches à tâtons, se conclut en queue de poisson.

Certes, le nouveau bâtiment répondra aux besoins actuels et futurs du service de police, si l’on en croit Robert Pigeon, chef du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

Il en coûtera toutefois 50 millions $ de plus pour cette réorganisation reportée à de nombreuses reprises sur la table à dessin par le maire et son équipe, au fil du temps, en raison de coûts jugés trop élevés.

Dès le départ, le dossier a été pris à l’envers, ce qu’a d’ailleurs admis le maire de Québec, mercredi. « On a voulu entrer un carré dans le triangle », a-t-il dit. « On était en train de dénaturer carrément la réorganisation policière », a pour sa part déploré M. Pigeon au sujet du précédent projet à 72 M$, piloté par l’ex-vice-président du comité exécutif, Jonatan Julien.

Ce projet, qui apparaît illogique, ne prévoyait pas de stationnement intérieur pour les véhicules de patrouille. Il omettait également huit services pourtant essentiels, tels que les centre 911, direction, communications en sécurité publique, affaires administratives et financières, et autres.

M. Julien l’avait en effet échappé, ce que M. Labeaume aurait dû se contenter de lui dire en privé plutôt qu’en public. Il en a résulté une crise et le départ de son bras droit.

Pas clair

L’analyse des différentes déclarations de M. Labeaume, au fil des années, démontre cependant que sa mauvaise compréhension du dossier a certainement aussi contribué largement à la spirale de cafouillages et de délais.

Le maire ne s’en cache pas : il a sa part du blâme. Le maire, c’est lui, et les directives, on le sait trop bien, viennent de lui. En 2013, il avait décidé – allez savoir en se basant sur quels critères – que le nouveau poste serait au centre-ville. Selon lui, ça prenait des policiers proches du monde et de la criminalité, non loin de l’actuelle centrale Victoria.

L’idée a ensuite été abandonnée, puis M. Labeaume, cette fois, souhaitait décentraliser les services. Encore là, ne me demandez pas sur quoi il se basait pour avoir changé ainsi son fusil d’épaule.

Puis en 2014, lors des plénières sur le Plan triennal d’immobilisations et le budget, le chef de police d’alors, Michel Desgagnés, était venu expliquer qu’il avait lui-même demandé l’arrêt du nouveau projet. Mécontent, le maire Labeaume avait balancé que le service réclamerait sûrement un plus gros projet, mais que c’était une question de coûts. « Si on était riches, ce serait déjà fait », avait-il lâché.

Ainsi, le maire ne pouvait que perdre la face, cette semaine, avec ce projet beaucoup plus cher. Et ce, même si, cette fois, on répond aux besoins. « La logique, c’est d’avoir une vision et de s’organiser en fonction d’une vision », a-t-il expliqué lors de la présentation de mercredi.

Or, si cette vision avait été claire dès le départ, et basée sur les véritables besoins que seuls les services policiers étaient en mesure d’étayer, il y a longtemps que la nouvelle centrale aurait vu le jour, et sans doute à moindre coût.