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Confidences tardives

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Lorsque je sévissais dans les émissions politiques que j’animais à la télévision de Radio-Canada­­­, j’étais fort consciente que j’étais une femme.

Quand je confrontais les hommes politiques qui défilaient devant moi, ma mère quittait son salon où elle me regardait pour se réfugier dans la cuisine. Ma mère avait peur. Une peur rattachée à son sexe bien qu’elle n’ait jamais été battue par mon père.

Elle avait peur que je perde mon emploi. « Tu n’es pas obligée d’être si agressive », disait-elle, alors qu’elle adorait les entrevues viriles de mes confrères, celles de Pierre Nadeau avant tout.

Si j’avais cédé aux critiques, je me serais repliée sur le tricot. Car j’ai subi des insultes impubliables ici tout au long de ma vie. Et j’ai provoqué l’envie de confrères hostiles. Sans me plaindre. Je n’allais pas démissionner à cause d’eux.

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Victimes

Trop de femmes de pouvoir s’affi­chent en victimes. Or, une victime n’a pas d’autre avenir que celui défini par son bourreau. Par ailleurs, lors d’une conférence la semaine dernière devant des jeunes du secondaire, l’ex-première ministre Pauline Marois a raconté qu’en politique, un double standard s’applique aux femmes. Celles-ci doivent être deux fois plus compétentes que les hommes.

De plus, les femmes de pouvoir seraient jugées d’après leur apparence. Et alors ? Puisqu’elles sont plus intelligentes et compétentes que leurs homologues mâles, ne devraient-elles pas s’en ficher ?

On remarquera que les femmes chroniqueuses qui pratiquent la polémique sont très minoritaires. Or, personne n’interdit aux femmes d’user des mots pour vaincre leurs contradicteurs. Sans aller sur le terrain de la grossièreté, cependant, comme toutes celles qui jurent désormais comme des charretiers.

Ne faut-il pas reconnaître que la joute politique et plus largement les rapports de pouvoir n’attirent pas non plus une majorité d’hommes ? Autrement dit, dans notre société d’égalité des sexes, il y a désormais place pour ceux et celles qui cherchent à s’accomplir jusqu’au plus haut échelon d’autorité.

Respect

Dans cette perspective, la faiblesse des femmes a toujours été de vouloir être d’abord aimées, et souvent à tout prix. Il faut donc enseigner aux filles à être respectées, un prérequis nécessaire pour être aimées sans se victimiser. S’il est impératif de toujours mener le combat pour l’égalité des hommes et des femmes, il est aussi indispensable que celles qui sont parvenues à se hisser au sommet en brisant le plafond de verre, et qui, par définition, font figure de pionnières, cessent de se complaire dans une longue plainte concernant les embêtements qu’elles ont subis.

Le féminisme doit changer de pédagogie en tenant compte de nos avancées spectaculaires qui font du Québec une des sociétés les plus perméables au discours d’égalité des femmes.

L’idéologie qui véhicule un féminisme radical haineux est devenue le fourre-tout de préjugés, de stéréotypes, de contre-vérités et de sursimplifications. Les jeunes filles d’aujourd’hui ont besoin d’être encouragées et informées plutôt que d’être endoctrinées. Qu’elles sachent enfin que leur père, leurs frères et leurs copains ne sont, sauf exception, ni des salauds ni des pleutres, mais des hommes respectueux et heureux de leurs réussites.