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Il faudra plus de transparence à la Caisse

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Photo Martin Alarie Le siège social montréalais de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

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Michael Sabia l’a répété sur toutes les tribunes cette semaine après avoir annoncé son départ inopiné : la Caisse de dépôt et placement gère aujourd’hui des actifs de 327 milliards $, et « les 8 millions de Québécois » à qui elle appartient peuvent en être fiers.  

Nous sommes d’accord avec lui.  

Mais justement, la Caisse gère tellement d’argent, elle est devenue tellement grosse, tellement diversifiée internationalement, que les Québécois ont de la difficulté à suivre où s’en va leur « bas de laine ».   

Les médias aussi, d’ailleurs, ont peine à suivre comment tout cet argent est investi ou dépensé.  

La Caisse, ne l’oublions pas, doit financer la retraite de millions de Québécois, dont la vague de baby boomers qui arrive. Pour plusieurs, la Régie des rentes du Québec, financée par la Caisse, leur fournira leur seul revenu de retraite.  

Bref, la Caisse joue un rôle important dans la société québécoise. C’est pourquoi les Québécois ont le droit de savoir ce qui s’y passe.   

Mais la Caisse a fait la preuve plus d’une fois de manque de transparence. Notre Bureau d’enquête peut en témoigner.  

Il y a quelques semaines, nous avons pu prendre la mesure de ce manque de transparence lorsque la Caisse a répondu à une de nos demandes d’information. Nous avons expédié à ses gestionnaires une demande qui visait à obtenir une information qui est pourtant dévoilée par une autre institution économique publique, Investissement Québec. Ce qui devait arriver arriva : on nous a répondu par un refus alors qu’Investissement Québec publie cette information dans son rapport annuel.  

Nous voulions tout simplement savoir quels sont le nombre et la valeur totale des nouveaux placements de la Caisse pour chacune des trois dernières années, l’équivalent des interventions financières chez Investissement Québec.  

Nous avions même fourni comme référence le tableau publié par Investissement Québec.  

Toutes les raisons sont bonnes  

Ces derniers mois, on nous a aussi refusé l’accès à des informations sous toutes sortes de prétextes :     

  • « la divulgation recherchée aurait vraisemblablement pour conséquence de révéler des positionnements stratégiques » ;  
  • cela « pourrait placer la Caisse dans une position de vulnérabilité dans le marché par rapport à ses compétiteurs » ;  
  • « cela risquerait notamment de nuire de façon substantielle à sa compétitivité » ;  
  • un « préjudice important [...] pourrait lui être causé ainsi qu’à des tiers » ;  
  • cela pourrait « révéler une stratégie de négociation de contrat ».    

Percer la culture du secret  

Il nous a fallu des jours de recherche, sans aucune aide de la Caisse (et même au contraire), pour mettre à jour, plus tôt cette année, le scandale des conflits d’intérêts dans sa filiale Otéra .    

Parmi ses confidences de la semaine, Michael Sabia a mentionné que nos révélations avaient été son pire moment durant ses 10 années passées à la Caisse.  

Plus tôt cet été, il nous avait félicités pour notre travail. C’est bien la preuve que les médias doivent se mettre le nez dans les affaires de la Caisse.  

Nous en avions alors profité pour lui rappeler que la Caisse était arrogante en matière d’accès à l’information. Rien n’a changé depuis, et c’est pourquoi nous invitons aujourd’hui le gouvernement du Québec à exiger plus de transparence à son prochain président, pour le bien du public... et des retraités.
  

Dany Doucet, Rédacteur en chef