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[EN IMAGES] L'équilibre parfait de Geneviève Jodoin

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ISLE-AUX-COUDRES | Même si elle est désormais un visage connu du grand public parce qu’elle a gagné la septième saison de La Voix, Geneviève Jodoin n’a pas tourné le dos à sa vie paisible à L’Isle-aux-Coudres. Entre les spectacles et les tapis rouges, elle trouve plus que jamais son équilibre sur son île adoptive avec sa famille et ses amis. «C’est vital. Je ne sais pas comment je ferais pour ne pas avoir le fleuve dans ma vie.»

Si la popularité qui vient avec un couronnement devant plus de deux millions de personnes lui est montée à la tête, Geneviève Jodoin le cache drôlement bien.

Photo Jean-François Desgagnés

Les envoyés du Journal venaient tout juste de garer leur véhicule devant son auberge La Fascine quand la porte s’est ouverte. À l’affût de notre arrivée, la chanteuse de 41 ans nous a accueillis chaleureusement et, à la bonne franquette, a convenu en quelques minutes d’un plan de match pour la séance photo qui illustre ce reportage.

Avec elle, oubliez les caprices de vedettes. Vous voulez prendre une photo dans l’herbe haute sur un chemin boueux? Pas de problème, on y va. La cuisine de l’auberge, qu’elle possède avec son amoureux et partenaire musical Frédéric Boudreault, est fermée? Venez à la maison, Fred a préparé de la soupe.

«En ce moment, c’est l’équilibre parfait. Je vis tout ce que j’aime en même temps», confie Geneviève Jodoin, qui lance ce week-end J’ai toujours su, son quatrième album, mais son premier depuis son passage marquant à La Voix.

 

La même Geneviève

Après une aventure aussi intense au petit écran, on aurait pu s’attendre que Geneviève Jodoin fasse appel à de nouveaux collaborateurs encore plus prestigieux ou qu’elle tente de se réinventer musicalement en vue de son nouvel album.

Photo Jean-François Desgagnés

Ça aurait été mal connaître l’ancienne choriste de Belle et Bum. Comme c’est le cas sur ses trois premiers albums, les textes de ses chansons proviennent en grande partie de la plume de son chum. Quand elle avait besoin d’aide pour composer la musique, ses complices de toujours – Nadine Turbide, Simon Godin et Alexis Martin – ont répondu présents. Quant au travail de préproduction et de postproduction, il a été réalisé dans le studio aménagé à même la superbe maison avec vue imprenable sur Baie-Saint-Paul que le couple habite à la pointe ouest de l’île.

«Je fais la même chose que j’ai toujours faite, c’est juste que maintenant, tout le monde le sait», dit-elle.

Dire non

N’empêche que pour concocter son album, Geneviève Jodoin avait l’embarras du choix. Tout à coup, tout le monde voulait lui offrir une chanson. Elle a dû apprendre à dire non.

Photo Jean-François Desgagnés

«J’ai reçu des choses de grands artistes qui ne marchaient pas avec moi ou avec les thématiques qu’on abordait. Mais ça ne veut pas dire que ce n’était pas bon», lance-t-elle, comme si elle avait craint que ses refus froissent des ego.

Il y a quand même des cadeaux qu’elle n’a pu refuser. Par exemple, la ballade Les hommes oublient, de David Portelance. «Un chef-d’œuvre monumental», s’emporte-t-elle. Ou Donner, signé par Nicolas Boulerice, le chanteur du groupe Le Vent du Nord. «Il m’a proposé ça quand on a fait la fête nationale. Il m’a dit : je te regardais chanter Pendant que (sa populaire reprise de Gilles Vigneault) et je me suis dit : c’est à elle que je devais proposer mes tounes. Tout de suite, ç’a fonctionné.»

Un album porteur d’espoir

Geneviève Jodoin affirme ne pas avoir fait de compromis. Elle a fait la musique qu’elle voulait, même si le résultat final «n’est vraiment pas dans l’air du temps».

Photo Jean-François Desgagnés

«Je regardais les gagnants à l’ADISQ et je me demande si je suis un extra-terrestre dans le milieu musical», avoue-t-elle.

«En même temps, câline, je trouve ça beau ce que je fais et je pense qu’il y en a qui aiment ça aussi. Je parle d’amour, je parle du fleuve, je parle d’environnement, des enfants, de ce qu’on leur laisse, du rapport à nos parents quand on atteint un certain âge. Ce sont tous des thèmes qui rejoignent beaucoup de monde.»

Elle précise : «C’est dans l’enrobage que je suis complètement à côté de la mode mais c’est ça que j’aime faire. Je ne sais pas dans quelle catégorie je me placerais, mais je trouve que c’est un album qui fait du bien du début à la fin, c’est porteur d’espoir.»

Et, évidemment, qui sent un peu le large.


♦ L’album J’ai toujours su, de Geneviève Jodoin, est maintenant en vente. Vous pouvez l'écouter ici.

 

«Écrire pour ta blonde, c’est fucké»

Amoureux depuis qu’elle a auditionné pour faire partie de son band de garage, il y a vingt-six ans, Fred Boudreault et Geneviève Jodoin forment une équipe comme on en voit peu dans la communauté artistique. Lui trouve les mots, elle compose la musique.

«Écrire pour ta blonde, c’est fucké», confesse le parolier du couple pendant que sa Geneviève se fait tirer le portrait par le photographe du Journal.

Photo Jean-François Desgagnés

«T’écris ta propre histoire à travers ce qu’elle chante», explique celui qui se met toujours dans la peau de sa blonde, même quand il n’a pas le beau rôle dans l’histoire qu’il raconte. «Même quand j’écris que je suis un mangeux de marde», image-t-il.

De son côté, la chanteuse et compositrice affirme qu’elle apprend à connaître davantage son Fred en lisant ses textes, qu’elle découvre souvent, à la maison, griffonnés derrière des factures d’Hydro ou d’épicerie. «Il a une sensibilité qu’il n’a pas nécessairement dans la vie. Quand il écrit, je comprends beaucoup de choses», dit-elle.

Geneviève Jodoin parle avec passion de la plume de son complice. Vante ses «beaux flashs», comme les titres des chansons Le clignement des vieux ou encore La soupe aux fleurs.

«Il écrit pour moi de façon chirurgicale ce que j’ai envie de dire, avec la plus-value de la poésie. Moi, je ne suis pas capable. Je suis bonne pour écrire de longs textes. Mais synthétiser et faire en sorte que chaque phrase soit une perle, ça, je ne l’ai pas.»

«Elle a pété le moule»

Photo Jean-François Desgagnés

L’admiration, sans surprise, est réciproque. «Geneviève est une fille de 41 ans avec un bagage incroyable qui a décidé de se mettre en danger profondément. Imagine si personne ne s’était viré à l’audition à l’aveugle. Qu’est-ce que tu fais?» soumet Fred Boudreault.

«Elle n’a pas gagné avec une toune de Madonna ou de Lady Gaga, ajoute-t-il. Elle a gagné avec du Jacques Brel et du Gilles Vigneault. Tu ne peux pas bullshiter quand tu chantes du Vigneault. Ça veut dire qu’elle représente quelque chose pour les gens qui ont voté pour elle. Et qu’est-ce qu’elle représente? Le fait qu’à 41 ans, tu peux encore briller et aller jusqu’au bout avec tes valeurs profondes. Elle a pété le moule de La Voix.»

Les chansons de Geneviève vues par Geneviève

Imprégnées de sa vie sur l’île aux Coudres, les nouvelles chansons de Geneviève Jodoin? Oui, mais pas seulement. La chanteuse et musicienne dévoile ce qui se cache derrière sept titres de son album.

J’ai toujours su

«C’est l’instinct, ce que j’ai au fond de moi. Souvent, j’ai décidé des choses sur un coup de tête mais si ma petite voix intérieure ne m’avait pas dit go, je ne l’aurais pas fait. J’ai fait cet album comme ça, je me suis inscrite à La Voix comme ça, même chose quand j’ai acheté l’auberge. J’ai toujours su que je chanterais toujours. Je ne savais pas comment ça allait s’exprimer, ni où ni quand, mais je l’ai toujours su et j’y ai toujours cru. C’est ce qui me nourrit et qui me rend heureuse.»

Et chaque jour

«C’est la feel-good chanson. Je pense que c’est une des premières musiques que j’ai faites. C’était tellement simple et tellement pop que je me suis dit que ça ne passerait pas. Personne ne va vouloir que je la mette. Finalement, je n’avais que de bons commentaires quand je la faisais écouter.»

Le clignement des vieux

«C’est un beau flash de Fred. Il s’est mis dans la tête de son père ou du mien. On a mis entre parenthèses Lettre à ma fille parce que je parle comme si j’étais eux. Mais il y a des perles de phrases dans cette chanson. Au début, je n’étais pas capable de la chanter sans pleurer.»

La soupe aux fleurs

«C’est un autre beau flash de Fred. Quand j’étais petite, on faisait des soupes de bouette, c’est un peu une façon d’imager les relations frère-sœur, sœur-sœur, frère-frère. Quand la fille dit « viens t’asseoir ma sœur, je t’ai fait une soupe aux fleurs», elle dit : viens, on va oublier tout ce qui se passe autour et redevenir des enfants.»

L’appel au large

«Nous avons fait un atelier de création avec une équipe d’auteurs et de compositeurs. Évidemment, les auteurs connaissaient mon background et ils ont ciblé des textes qui allaient fonctionner avec moi. Donc, oui, j’ai eu l’appel du large mais ce n’était pas pour quitter quelque chose mais pour vivre autre chose.»

Les hommes oublient

«C’est un chef d’œuvre qui n’a besoin de rien. On reçoit ça et on se demande si on y va ou on la garde toute simple. David Portelance me l’a envoyé guitare-voix et j’avais les larmes aux yeux. Mon Dieu, me suis-je demandé, qu’est-ce que je vais faire avec ça? Quand je me la suis appropriée, je la jouais au piano. À l’enregistrement, c’était un one-shot avec Nadine Turbide. On l’a joué et on a fait : c’est beau, c’est fini. C’était parfait. Nadine avait tout fait ce qu’il fallait avec les nuances aux bonnes places. Il ne restait plus qu’à décider si on l’enrobait un peu. Et là, c’est tombé un peu cirque avec les percussions d’Alexis Martin qui s’amuse avec les textures. Pis les cordes d’Antoine Gratton... ça n’a juste pas de bon sens.»

Les gens de mon pays

«Ah Vigneault! C’est sûr que tout le monde me demandait si j’allais enregistrer Pendant que. Je me disais que ce sont des gens qui ne me connaissaient pas parce qu’elle est déjà sur un de mes albums. Je suis une fille qui regarde en avant. Donc, j’ai choisi Les gens de mon pays. En fait, c’est une idée de Fred. On cherchait dans le répertoire de Vigneault une chanson qui allait parler aux gens qui avaient fait de moi la gagnante de La Voix et qui font que je peux chanter de nouveau aujourd’hui. Cette chanson couvre tellement large. Maintenant que je vis sur l’île en campagne, je vois l’attachement des gens à l’histoire, à la mémoire, aux éléments. Quand tu vis sur une île, c’est difficile de faire abstraction des éléments, du fleuve, du vent, la lune. Tout marche avec ça. Dans cette chanson, il y a tellement une envolée vocale, tellement de mots forts. Il fallait juste la mettre au goût du jour à ma façon, il fallait que je me la mette en bouche et puis, nous sommes allés complètement à l’envers. On l’a mise en mineur, on a joué dedans beaucoup, j’espère qu’il va l’aimer. Moi, je l’aime en tabarnouche. On l’a fait quelques fois en spectacle et l’espèce de bouillon qui monte jusqu’à la fin, c’est troublant.»