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Hedwig renaît à Montréal

ENT-Spectacle "Hedwid et le pouce en furie" mettant en vedette Benoit McGinnis
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Hedwig et le pouce en furie mettant en vedette Benoît McGinnis

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Perruque blonde, fard à paupières criard, rouge à lèvres, paillettes et talons hauts. Il n’en fallait pas plus pour faire rêver Benoît McGinnis. Et ce rêve s’apprête maintenant à devenir réalité : le comédien se glissera dans la peau d’Hedwig dans la relecture québécoise du mythique spectacle musical Hedwig and the Angry Inch, rebaptisé Hedwig et le pouce en furie.

Benoît McGinnis ne savait pas à quoi s’attendre lorsqu’il a pris place (« vraiment par hasard », précise-t-il) au théâtre Belasco, à New York, en 2014. N’ayant jamais entendu parler de Hedwig par le passé, sa curiosité avait été piquée par le nom de Neil Patrick Harris en tête d’affiche de la soirée.

C’est ce soir-là que le rêve d’interpréter ce personnage est né chez le comédien, complètement soufflé par l’œuvre culte de John Cameron Mitchell.

Car oui, culte il y a. Et il ne fait que grandir depuis maintenant deux décennies, alimenté aussi bien par le spectacle que par son adaptation cinématographique subséquente. Dans certains cercles, l’œuvre de John Cameron Mitchell est même souvent rapprochée du célébrissime Rocky Horror Picture Show.

« Je n’avais aucune idée dans quoi je m’embarquais », se souvient Benoît McGinnis, au cours d’un entretien avec Le Journal.

« J’étais assis très loin, au balcon, et je voyais bien qu’il se passait quelque chose de spécial. Tout le monde chantait les chansons, un verre à la main... Je me suis dit que j’avais manqué quelque chose en n’ayant jamais entendu parler de ce show-là. »

Mêler les codes

Véritable ovni scénique, Hedwig and the Angry Inch marie les codes de la comédie musicale à ceux du théâtre, du stand-up et de l’improvisation. Son intrigue, cousue de chansons glam rock aux rythmes décoiffants, suit le personnage principal, une chanteuse allemande désillusionnée qui se livre sur scène, partageant ses états d’âme et son parcours (jalonné d’échecs amoureux et de déceptions) l’ayant menée jusqu’en Amérique du Nord.

Quant au « pouce en furie » du titre, il fait référence à ce qu’il reste de son organe génital masculin après une opération de changement de sexe bâclée.

Ni drag queen, ni transgenre, le personnage d’Hedwig défie ainsi toute convention des genres. Difficile, donc, de trouver personnage plus complexe à défendre sur scène.

« Hedwig, c’est un rôle en or. Il me permet d’aller chercher tout ce que j’aime faire sur scène : jouer, chanter, me transformer... Ce personnage-là est très complexe, très chaotique. Mais en même temps, il y a quelque chose de très universel dans son désir d’aimer et d’être aimé en retour », avance Benoît McGinnis.

René Richard Cyr

Bref, le rêve était bien vivant dans l’esprit du comédien tout au long des cinq dernières années. Mais pour le mener jusqu’à la réalité, Benoît McGinnis avait besoin d’un metteur en scène. C’est ainsi qu’il est allé cogner à la porte d’un complice de longue date : René Richard Cyr.

Le metteur en scène (qui signe ici également la traduction et l’adaptation de l’œuvre originale) était déjà familier avec le personnage haut en couleur qu’est Hedwig, l’ayant découvert au cinéma. Il a accepté la proposition du comédien, y voyant ainsi l’occasion de sortir des sentiers bien pavés pour s’aventurer dans la gravelle.

Catherine Simard, productrice René Richard Cyr, metteur en scène
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Catherine Simard, productrice René Richard Cyr, metteur en scène

« On n’est pas dans La mélodie du bonheur ! » lance-t-il dans un éclat de rire.

« J’avais envie de me retrouver dans un univers de papier sablé, plutôt que de pompons et de velours. Évidemment, on va donner un spectacle de qualité. Mais ça ne peut pas être poli, ni trop lisse. Il faut qu’on garde l’essence même du show, qui est plus rugueuse, plus subversive », poursuit René Richard Cyr.

Un public différent

« Subversif » est probablement le meilleur mot pour décrire Hedwig et le pouce en furie. D’abord présenté off-Broadway à New York, le spectacle a toujours appartenu davantage au champ gauche que les Cats, Chicago et autres Mamma Mia ! faisant courir les foules sur Broadway. Benoît McGinnis et René Richard Cyr sont donc bien conscients que le spectacle qu’ils s’apprêtent à présenter est encore peu connu du public. Et ils savent pertinemment que leurs noms risquent d’attirer un public très différent, peu habitué à ce genre de soirées où les conventions sont éclatées et les tabous exposés au grand jour.

« Certains vont peut-être trouver ça provocant, et ils seront désarçonnés. Mais c’est très bien comme ça. Après tout, ça ne sert à rien de prêcher uniquement à des convertis, non ? » conclut René Richard Cyr.


► Le spectacle Hedwig et le pouce en furie sera présenté à l’Astral de Montréal du 14 au 23 mai. Une tournée provinciale suivra en 2021.