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L’autre Don Cherry

SPO-MATCH DES MEILLEURS ESPOIRS DE LA LCH
UFC® 2
Photo d’archives Don Cherry n’a jamais laissé personne indifférent.

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Don Cherry aura passé 38 ans à la Soirée du hockey. Il défendait des points de vue conservateurs qui touchaient la majorité silencieuse canadienne.

Il aura échappé deux mots qui heurtaient de front la nouvelle religion multiculturaliste et il s’est retrouvé à la poubelle comme un vieux crouton.

C’est la nouvelle réalité des réseaux sociaux et de la pression intolérable des bien-pensants de la prétendue élite. Quelle soit canadienne ou québécoise.

Don Cherry aurait mérité cent fois des suspensions ou des remontrances publiques pour ce qu’il a pu dire sur certains Européens ou sur les francophones de son plus meilleur pays. Il s’en est toujours tiré parce que le reste du Canada se foutait des Frenchies et que Cherry était trop rentable et trop populaire pour qu’on le tasse.

L’AUTRE DON CHERRY

Mais Don Cherry a toujours été bien plus qu’un excentrique conservateur qui a fini par se noyer dans son image. Quand on se soucie davantage de ses vestons que de ses propos, ça mène parfois à ce genre de catastrophes.

L’autre Don Cherry, avec mes confrères Bertrand Raymond, Yvon Pedneault, Claude Quenneville, Gilles Tremblay, Al Strachan et les autres gars du beat de l’époque, on l’a connu et côtoyé avec un vif plaisir quand il était coach des Bruins de Boston.

Cherry a toujours été généreux, c’est là son moindre défaut. Il était généreux de ses propos, de ses répliques colorées et de ses histoires qui nous permettaient d’écrire des pages au contenu savoureux. Ça allait de ses vestons, qui commençaient déjà à prendre de la place derrière le banc des Bruins, à sa femme Rose et surtout à son chien Blue.

Pendant des années, Blue fut sans doute le chien le plus célèbre dans les pages sportives des médias nord-américains. Cherry voulait que ses Bruins jouent avec le cœur et la loyauté de son Blue. Le tout dit avec un œil moqueur et taquin.

À l’époque, Cherry ne se prenait pas encore complètement au sérieux.

LE BUT DE LAFLEUR

C’est Don Cherry qui a porté le poids du but célèbre de Guy Lafleur qui évitait l’élimination du Canadien contre les Bruins de 1979. Les Bruins avaient été punis pour avoir eu un homme de trop sur la patinoire. Lafleur avait égalé la marque en déjouant Gilles Gilbert, et Yvon Lambert avait marqué le but vainqueur en prolongation.

Deux semaines plus tard, les Glorieux gagnaient une quatrième Coupe Stanley d’affilée.

Cherry avait assumé le blâme... et s’était retrouvé avec les Rockies du Colorado.

SI J’ÉTAIS QUÉBÉCOIS, JE DÉFENDRAIS LES MIENS

J’ai continué à côtoyer Don Cherry. Lui en classe affaires, moi en économie. Il était une vedette énorme qui attirait les gens par dizaines près des carrousels à bagages, où il attendait ses foutus vestons, ou dans les lobbies d’hôtel, où on se retrouvait pour les séries ou de grands tournois.

Il savait ce que j’écrivais sur ses propos inadmissibles sur les Québécois. Il connaissait mes positions et leurs conséquences politiques quand il se faisait apostropher aux Communes. Tout comme je le trouvais rétrograde dans ses positions sur les bagarres et la violence au hockey. Mais j’aimais beaucoup l’autre Don Cherry, celui qui était impliqué dans les mouvements d’aide aux jeunes, aux enfants et aux démunis. Celui qui défendait tous ces pères et mères qui se levaient à l’aube pour conduire leurs enfants dans les arénas de tout le pays, incluant le Québec. Celui qui s’impliquait dans le hockey junior, celui qui avait toujours du temps pour parler aux gens qui l’abordaient sur le trottoir.

Avant Facebook et Instagram, un homme pouvait avoir toutes les teintes du gris. Il n’était ni tout blanc ni tout noir. Il pouvait avoir des qualités et des défauts. C’était il y a un siècle.

Quand on discutait de ce que j’avais écrit à son sujet, il ne bronchait pas : « Si j’étais Québécois, je ferais comme toi, je me battrais pour les miens. Je respecte ça », me disait-il.

Quand même ironique qu’il soit tombé pour un affront au multiculturalisme...

L’idéologie qui l’a flanqué à la poubelle et qui tente d’écraser la Loi 21.

Mes hommages à Carbo, l’homme !

Tout le monde rend hommage à Guy Carbonneau. Et la série d’articles de Marc de Foy dit tout ce qu’on peut dire sur ce capitaine et leader hors du commun.

J’ai eu le bonheur de connaître pas mal Carbo l’homme. Le mari de Line Boivin, la fille de Rosaire Boivin de Chicoutimi.

Le copropriétaire des Saguenéens de Chicoutimi avec mes amis Michel Boivin, Gaby Asselin et la gang.

J’ai vu Carbo manger sa salade dans son bureau avec la belle Line après un entrainement du Canadien. Le hockey avait pesé lourd sur la vie de couple et familiale de Carbo et Line. Ces moments en tête à tête étaient précieux. À trois mètres du brouhaha et de la pression du vestiaire, des joueurs et des journalistes.

J’ai entendu plein de belles histoires à propos de Carbo, à Dallas, avec son futur gendre, réunis dans le même vestiaire.

Et le soir où Bob Gainey l’a congédié, c’est chez Michel Boivin à Lake Worth qu’il m’a rappelé. Il était resté digne et fort malgré la blessure profonde infligée par un homme qu’il considérait comme un grand frère et un ami inébranlable.

C’est cet homme loyal et honnête qui mérite aussi d’être honoré.