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«Les Serpents» : des femmes et leur ogre

«Les Serpents» : des femmes et leur ogre
PHOTO COURTOISIE/Caroline Laberge

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C’est une inhabituelle histoire d’ogre que propose «Les Serpents» à l’Espace Go. 

Ce récit allégorique met aux prises trois femmes qui se retrouvent à l’extérieur d’une maison perdue dans un champ de maïs. La première, interprétée par Isabelle Miquelon, est la mère de l’homme qui y habite. Matérialiste et opportuniste, elle n’est seulement là que pour lui emprunter de l’argent. Le reste ne la préoccupe pas. 

Elle rencontre France, l'épouse apeurée de son fils, qui est sous le joug de son mari. Suivant ses ordres, elle interdit l’accès à la demeure à la mère. Catherine Paquin-Béchard se démarque dans la peau de ce personnage dont la fébrilité, l’angoisse et l'enthousiasme sont interprétés avec intensité et justesse. 

Puis débarque l’ex-conjointe, jouée par Rachel Gratton. Distinguée, elle revient pour la première fois depuis qu’elle est partie. Son retour se transforme ainsi en un genre d’ensorcellement pour sa vie antérieure. 

S’opère alors un point de bascule qui clarifie un des thèmes centraux de la pièce, soit le désir pour un certain style de vie et l’insatisfaction découlant de ces choix qui confinent ces femmes à des rôles dont elles aimeraient s’émanciper. 

Sans divulguer l’évolution du récit, disons que sa logique s’explique davantage sur une base métaphorique que d’un point de vue réaliste. Sans être abstraite, la trame demeure irréelle. 

Ogre 

Même si son effrayante ombre plane durant toute la représentation, l’homme n’apparait jamais, laissant les planches aux trois protagonistes. Cet ogre qui avale son entourage par ses exigences incarne les diktats de l'existence qu'elles subissent. 

Les excellents effets sonores pour traduire sa présence renforcent la frayeur provenant de cet être ignoble. Cette mise en scène de Luce Pelletier réussit à offrir un univers bien marqué. Et les symboles comme le sac à main en peau de serpent y contribuent. 

Toutefois, ce texte écrit en 2004 par la Française Marie Ndiaye est teinté de monologues qui exigent de la concentration. De plus, la singularité de l’intrigue et la froideur des interactions accentuent la distance entre la scène et les spectateurs, qui peuvent donc avoir de la difficulté à s'identifier à cette oeuvre. 

«Les Serpents» est présentée jusqu’au 7 décembre à l’Espace Go.