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Je suis une vilaine chroniqueuse

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Comme ça, Catherine Dorion considère que l’aide financière de l’État aux médias « devrait aller à l’information [...] et pas à des gens qui donnent leurs opinions sur des choses ». Autrement dit, pas de financement pour les chroniqueurs.  

J’imagine bien sûr que cela n’a RIEN à voir avec le fait que Catherine Dorion se fait régulièrement varloper par... des chroniqueurs.  

C’est fou comme une certaine gauche pratique la liberté d’expression à géométrie variable : on aime les médias s’ils nous flattent dans le sens du poil, mais s’ils osent dévier du petit catéchisme de gauche, qu’ils se la ferment!  

UNE VISION MANICHÉENNE  

C’est du grand délire... Un journaliste fait une enquête sur la corruption : on lui donne des sous. Un chroniqueur donne son opinion sur l’enquête sur la corruption : pas une cenne!  

La semaine dernière, Mme Dorion a déclaré au sujet des chroniqueurs : «Certains vont même jusqu’à faire disparaître toute forme de pensée rationnelle pour la remplacer par l’injure, l’insulte directe et l’intimidation, notamment de politiciens».  

Non seulement elle établit deux classes de travailleurs des médias, (d’un côté les chroniqueurs et de l’autre les « vrais » journalistes sans opinion), mais en plus, elle établit deux classes de chroniqueurs, les gentils et les méchants.  

Madame Dorion est donc priée de nous faire parvenir une liste des «faiseurs d’opinion» qui trouvent grâce à ses yeux.  

Denise Bombardier qui critique sa photo d’Halloweeen déguisée en députée-pitoune, est-elle gentille ou méchante?  

Un chroniqueur du Devoir qui la trouve teeeeellement rafraîchissante, est-il gentil ou méchant?  

Une chroniqueuse de La Presse qui trouve formidable que la députée se photographie l’aisselle velue, est-elle du bon ou du mauvais bord?  

Mathieu Bock-Côté a trouvé le mot parfait pour décrire l’attitude de Mme Dorion : la «chroniquophobie»!  

La semaine dernière, l’humoriste Louis.T. a tweeté : «Les chroniqueurs qui se plaignent à l’idée de pas bénéficier de l’aide aux médias, qui viendrait plutôt encourager le journalisme et les enquêtes, c’est le sac de chips, le Pepsi et Redbull qui essaient de créer un scandale parce que les fruits et légumes sont détaxés».  

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Parce qu’il a été critiqué par «des» chroniqueurs, il faudrait que «les» chroniqueurs ne bénéficient pas de l’aide de l’État?  

Coudonc, c’est comme si je disais que l’industrie de l’humour ne devrait subventionner que les vrais humoristes... ceux qui sont drôles.  

J’imagine que Louis T. aurait peur pour son financement.  

MALADIE CHRONIQUE  

«Je suis une plotte de panneau publicitaire. Je suis là pour vous passer des messages inspirants. Des fois, c’est : ‘‘Mange-moi’’. D’autres fois c’est : ‘‘J’vas te manger’’. D’autres fois c’est : ‘‘Hestie qu’j’suis pétée’’.»  

Voilà un extrait du texte Les Plottes que Catherine Dorion slammait lors d’un spectacle en 2010.  

Ironiquement, ce soir-là, Mme Dorion était fort bien vêtue d’une veste en cuir. J’imagine que le coton ouaté est trop débraillé pour une soirée de poésie.  

Ne vous en déplaise, voilà le genre de chroniques que j’écris, Madame Dorion. Je critique, je gratte le bobo, je place les artistes devant leurs contradictions.  

Comme mes collègues chroniqueurs, je revendique seulement le droit de continuer de déranger.  

Ça vous dérange?

  • Sophie Durocher anime On n’est pas obligé d’être d’accord de midi à 13h sur QUB radio: