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Raciste le collège électoral aux États-Unis?

Raciste le collège électoral aux États-Unis?
Certificat collège électoral de Washington D.C., National Archives Records Administration

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Vous le saviez peut-être déjà, les Américains ne votent pas directement pour le président lors d’une élection.  

Le soir de l’élection, les citoyens américains manifestent plutôt leur intention aux grands électeurs de l’État concerné et ce sont ces grands électeurs qui enregistrent le vote au collège électoral. Les médias ne le soulignent que très rarement, mais si l’élection se déroule début novembre, le résultat ne devient officiel qu’en décembre lorsque le collège électoral vote.  

Complexe? Oui! Les Pères fondateurs des États-Unis n’envisagent pas dès le départ le suffrage universel comme nous le connaissons maintenant. Au moment de la naissance du pays, ils sont également préoccupés par le déséquilibre démographique entre les États.   

Dès le départ, nous retrouvons des États très populeux et d’autres qui le sont moins. Il importe aussi de préciser que dans l'ensemble, le Sud est moins populeux que le Nord. Comme le Sud exploite des plantations sur lesquelles on exploite des esclavages, on cherche à s’assurer une bonne représentation pour défendre notre mode de production au sein des institutions politiques.  

Où est le lien avec le titre du billet? Si le collège électoral a été imaginé pour éviter «trop de démocratie » (la confiance dans le jugement populaire n’est pas totale), les politiciens sudistes verront dans ce mécanisme une façon de protéger leur influence.  

Depuis le début de l’histoire américaine, il faut donc remporter le plus de grands électeurs et pas forcément le vote populaire. Le nombre total de grands électeurs correspond au nombre de représentants qui siègent à la Chambre et au nombre de sénateurs. La capitale nationale (Washington, D.C.) , qui n’est pas un État, a droit à trois grands électeurs. Il y a donc aujourd’hui 538 grands électeurs (435 représentants, 100 sénateurs et 3 grands électeurs pour la capitale).  

Plus un État est populeux, plus il obtient de grands électeurs, mais en même temps, un État plus petit obtient un nombre plus important de grands électeurs que si nous procédions avec le suffrage populaire.  

C’est ça qui serait raciste? Oui, si on se souvient qu’au début de l’histoire américaine on a gonflé la population totale du Sud en additionnant une partie de la population d’esclaves. Il y avait parfois plus d’esclaves que de blancs. Il ne s’agissait pas ici de reconnaître des droits aux esclaves, mais uniquement de les utiliser à des fins comptables. On a poussé la logique jusqu’à évaluer ce que valait un esclave pour finalement établir qu’il valait les 3/5 d’un Blanc! À des fins de représentation, on a donc additionné le 3/5 de la population noire à la population de blancs du Sud.  

Dans un article publié sur le site The Atlantic, un professeur de droit revient sur cette réalité historique pour appuyer une thèse un peu plus controversée. Il avance que le collège électoral a été créé pour favoriser le Sud (esclavagiste), mais il prétend que c’est toujours le cas aujourd’hui. Si bien sûr le Sud ne pratique plus l’esclavage, le système favorise encore aujourd’hui le vote des Blancs de cette région.     

À quelques reprises dans l’histoire américaine, des présidents ont été élus sans remporter le vote populaire, même si le scénario demeure rare. Le collège électoral a permis cette particularité en 1824, 1876, 1888, 2000 et 2016. Les deux derniers présidents républicains sont parvenus au pouvoir de cette manière, soir George W. Bush et Donald Trump.   

Si les résultats des cinq élections où le collège électoral a fait la différence sont légitimes, de nombreuses voix s’élèvent pour qu’on modifie le système. Des analystes dénoncent le poids trop grand de certains petits États.  

On peut bien manifester et argumenter, je ne crois pas que je verrai un jour l’abolition du collège électoral. Si l'on considère que la polarisation actuelle est partiellement attribuable au déséquilibre entre les zones urbaines et les zones rurales, il est bien difficile d’imaginer que les États où se concentrent des circonscriptions favoriseront un amendement qui aurait pour effet de confier leur destin aux États côtiers et populeux comme New York ou la Californie.  

Bien des électeurs se sentent rejetés et ignorés. Souvent, leur colère est légitime. Abolir le collège électoral ne ferait qu’attiser cette colère et favoriser des soulèvements. Une colère trop longtemps contenue peut être plus aisément canalisée et redirigée par des factions plus violentes.  

Voici le lien pour l’article du professeur Wilfred Codrington III ici.