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Guy Carbonneau a fait de Stéphane Richer un meilleur joueur

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 TORONTO | Stéphane Richer était tout feu tout flamme avant le match des anciens de la Ligue nationale qui se tenait dans le château fort des Maple Leafs de Toronto, hier après-midi.  

 « Je suis le seul Québécois dans les deux clubs », a-t-il lancé sur un ton incrédule.  

 À part Guy Carbonneau.  

 Comme les cinq autres nouveaux membres du Panthéon du hockey qui seront intronisés ce soir, Carbonneau a été présenté à la foule avant la rencontre.  

Carbo, qui sera intronisé aujourd’hui, avait le sourire facile face à ses anciens rivaux.
Photo Martin Chevalier
Carbo, qui sera intronisé aujourd’hui, avait le sourire facile face à ses anciens rivaux.

 Lanny McDonald, président du conseil d’administration du Panthéon, lui a présenté son veston aux couleurs du Temple.  

 Carbonneau a fait son apparition dans la rencontre au début de la deuxième période revêtu d’un chandail arborant le numéro 15.  

 Pourquoi pas le 21 ?  

 Mystère et boule de gomme !  

 « Ça aurait été le fun de voir un trio du Canadien ici, aujourd’hui, a continué Richer.  

 J’ai demandé à Vincent Damphousse et à Patrice Brisebois dernièrement s’ils étaient du match. Ils ont dit non. »  

 Il semble qu’ils n’aient pas reçu d’invitation.  

 Un honneur d’être là  

 Richer, lui, était heureux d’être là.  

 « C’est un bel honneur pour moi d’être ici pour Carbo, a-t-il affirmé.  

 Il a longtemps été mon compagnon de chambre avec le Canadien lors des matchs à l’étranger. Il a été bon pour moi. Je lui en suis reconnaissant. Il mérite l’honneur qui lui est fait. Je suis très content pour lui. »  

 Richer s’est rappelé, notamment, de ses deux premières saisons avec le Canadien.  

 « N’ayant pas 21 ans, je n’avais pas l’âge pour commander de la bière dans certaines villes américaines, a-t-il raconté.  

 Je n’avais pas 21 ans. Guy me disait : “Tu ne sors pas, tu vas rester dans la chambre. Tu auras tout le temps de te reprendre !” Mais comme je ne parlais pas beaucoup anglais, je n’allais pas loin. Je commandais toujours un club sandwich et deux bières. L’hôtel laissait monter la bière parce que je faisais partie du Canadien. »  

 C’était une belle façon de contourner le règlement.  

 Un précurseur  

 Qu’est-ce qui l’a marqué le plus de Carbonneau ?  

 « Il a fait de moi un meilleur joueur sans qu’il le sache, de répondre Richer.  

 Il étudiait le jeu et il affrontait les meilleurs joueurs au monde. J’apprenais des choses en le regardant jouer. »  

 Richer estime que Carbonneau a contribué à l’évolution du hockey.  

Marie-Philip Poulin a donné du fil à retordre à Guy Carbonneau.
Photo Martin Chevalier
Marie-Philip Poulin a donné du fil à retordre à Guy Carbonneau.

 « Il a changé le jeu, a-t-il continué.  

 Bob Gainey était super bon dans ce qu’il faisait, mais il jouait en ligne droite. C’est vrai qu’il était un ailier. Guy zigzaguait dans toutes les zones. De plus, il est devenu un spécialiste pour bloquer des tirs. »  

 Carbonneau demandait à Richer de tirer sur lui pendant les entraînements.  

 « Je lui disais : es-tu malade! Je vais te tuer, a relaté Richer.  

 Mais Guy savait ce qu’il faisait. Il maintenait la distance d’une longueur de bâton entre lui et le tireur. Je le regardais faire dans les matchs et je me disais qu’il était fou ! »  

Hayley Wickenheiser a procédé à la mise au jeu avant  le match opposant les équipes Lidstrom et Sundin.  Jim Rutherford, Sergei Zubov, Guy Carbonneau, Vaclav Nedomansky et Terry York.
Photo Martin Chevalier
Hayley Wickenheiser a procédé à la mise au jeu avant le match opposant les équipes Lidstrom et Sundin. Jim Rutherford, Sergei Zubov, Guy Carbonneau, Vaclav Nedomansky et Terry York.

 Aujourd’hui, avec les bâtons de composite, Carbonneau dit la même chose des joueurs qui se jettent devant les lancers.  

 Le premier déserteur  

 Avant Peter et Anton Stastny, avant Petr Svoboda, avant tous les autres joueurs qui ont fui les pays communistes qui faisaient partie du bloc de l’Est, il y a eu Vaclav Nedomansky.  

 Big Ned, de son surnom, était un brillant joueur de centre de l’équipe nationale de Tchécoslovaquie. On le voyait à l’œuvre lors des retransmissions télévisées des Jeux olympiques et des championnats mondiaux à la fin des années 1960 et au début des années 1970.  

 Il fallait du cran et du courage pour passer à l’Ouest. Aucun joueur de hockey ne l’avait fait avant Nedomansky. Mais une fois que ce fut clair dans sa tête, il ne s’est pas posé de questions.  

 De Berne à Montréal  

 En 1974, il a obtenu un visa d’une durée de deux semaines pour voyager entre l’Autriche et la Suisse en compagnie de son épouse Vera et son fils Vashi, qui avait quatre ans.  

 De Berne, il a appelé son père pour lui apprendre qu’il partait pour le Canada. Les services secrets étaient à ses trousses, mais il a réussi à prendre un vol pour Montréal.  

 « Je n’avais pas peur de prendre des décisions, raconte le nouveau membre du Panthéon du hockey, 45 ans plus tard.  

 Je voulais prendre mon destin entre mes mains. Je me savais capable de jouer dans la Ligue nationale. C’était aussi une question de mode de vie. »  

 Dans l’AMH  

 Avant d’en arriver là, Nedomansky avait eu des entretiens avec Cliff Fletcher, qui était le directeur général des Flames d’Atlanta, ainsi qu’avec l’homme d’affaires John Bassett, ancien actionnaire des Maple Leafs qui était devenu propriétaire des Toros de Toronto de l’Association mondiale.  

 Bassett a fait le nécessaire pour faciliter l’entrée de Nedomansky et sa famille au Canada. Les parents et proches de Nedomansky ont pour leur part subi des représailles des autorités tchèques après son départ.  

 « On leur a fait la vie dure, ils n’avaient plus de travail, dit-il.  

 C’était comme ça pour toute personne qui contestait le régime, pas seulement pour les athlètes, mais pour les écrivains et les artistes aussi. »  

 À ses deux saisons avec les Toros, Nedomansky a marqué 41 et 56 buts. L’équipe a ensuite déménagé à Birmingham, où il a inscrit 36 buts avec les Bulls. Il est passé ensuite à la Ligue nationale, où il a connu notamment des saisons de 38 et 35 buts avec les Red Wings de Detroit.  

 Fan des Flying Frenchmen  

 Nedomansky n’est pas retourné vivre en République tchèque après la chute du communisme.  

 Pourquoi ?  

 « J’étais parti depuis 18 ans et je travaillais comme recruteur dans la Ligue nationale, explique-t-il.  

 J’ai vécu de beaux moments dans mon pays, mais je me souviens aussi des moins bons. Je me sens mal à l’aise avec les gens qui ont subi des préjudices à cause de moi. »  

 Possédant les citoyennetés canadienne et américaine, Nedomansky réside en Californie.  

 Il a fait partie du personnel d’éclaireurs des Kings de Los Angeles durant 16 ans.  

 Il a occupé les mêmes fonctions pendant un an avec les Golden Knights de Vegas, dont il compare la rapidité aux Flying Frenchmen, comme les anglophones surnommaient les grandes éditions du Canadien d’autrefois.