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Gauguin bientôt sorti des musées?

Gauguin bientôt sorti des musées?
Jour délicieux, 1896

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En parcourant l’édition de lundi du New York Times, j’ai rapidement été attiré par le titre d’un article sur le peintre Gauguin: «Is it Time Gauguin Got Canceled?»  

Depuis quelques années, les historiens sont appelés à se prononcer régulièrement sur la place que nous réservons à des politiciens, des activistes, des artistes ou des sportifs. Quels héritages doit-on commémorer? Doit-on faire disparaître ou dissimuler ce qui choque à la lumière de nos valeurs ou de nos priorités actuelles?    

La plupart du temps, l’historien insiste sur la nécessité de préserver le passé mais de le remettre en contexte. S’il considère les susceptibilités de ses contemporains, le spécialiste de l’histoire voudra principalement nourrir la réflexion qui précède le retrait d’un monument ou la dissimulation d’une œuvre. On ne peut rien changer à l’histoire, mais on peut cependant choisir ce que nous honorons.

Si, aux États-Unis, les projecteurs ont été récemment braqués sur le retrait de monuments confédérés, le cas de Paul Gauguin retient l’attention depuis peu. Et le débat autour du peintre et de ses œuvres va bien au-delà du continent américain.    

Le nom Gauguin attire encore beaucoup de visiteurs dans les musées à l’échelle internationale. Une exposition des œuvres du peintre est toujours couronnée de succès et les recettes sont au rendez-vous.    

La vie du peintre français comporte cependant plusieurs zones d’ombre. Nous apprenons peu de choses nouvelles sur son existence, mais nous portons un regard différent sur celle-ci.    

Gauguin est un Occidental privilégié qui passera les 12 dernières années de sa vie à Tahiti et sur l’île Hiva Oha. Il y réalisera de nombreuses toiles dont plusieurs portraits. Ce sont ces derniers qui sont au cœur de la remise en question entourant son héritage artistique.    

Lors de son séjour en Polynésie, Gauguin a profité d’une plus grande liberté sexuelle, plusieurs de ses maîtresses étaient des mineures et certaines d’entre elles se retrouvent dans ses œuvres. De ses relations naîtront des enfants qui, eux aussi, figureront dans ses tableaux.     

Sans vouloir atténuer la portée des actions du peintre, je précise qu’à l’époque, le comportement de Gauguin ne choque pas en Polynésie et qu’on ne retrouve aucun indice de poursuites judiciaires. D’ailleurs, l’attentat à la pudeur ne concernait que les moins de treize ans. Les «compagnes» de Gauguin ont 13 ou 14 ans.    

Le comportement de Gauguin est celui de bien des visiteurs de la métropole dans un monde colonial. Il lui arrive parfois d’être condescendant avec les «sauvages». Je précise cependant que si le peintre avait vécu ainsi sur le continent ou dans la métropole, il aurait été jugé sévèrement.    

Pour certains observateurs de l’époque, mais surtout pour nous, au XXIe siècle, Gauguin est un pédophile. Si certains de ses portraits étaient plutôt des photographies, les musées ne les présenteraient pas tant le malaise serait encore plus grand en observant de jeunes adolescentes dénudées, un malaise particulièrement inconfortable quand on sait que la jeune femme est une maîtresse ou même une épouse du peintre.    

Alors, que faire de l’œuvre de Gauguin? On continue à la présenter, mais on ajoute des commentaires pour accompagner les œuvres? On la cache dans les caves des musées? Si l’homme est détestable, l’œuvre est majeure.    

Je ne compte plus le nombre de grands personnages dont la vie et l’œuvre furent d’une grande complexité. Si nous devions dégommer tous les «grands ou grandes» de l’histoire dont la personnalité ou les comportements furent exécrables et condamnables, nous n’en finirions jamais de réécrire l’histoire. Continuons à présenter Gauguin, mais racontons toute son histoire et, surtout, n’oublions pas la contextualisation.     

Je comprendrais parfaitement que vous ne partagiez pas mon avis.    

Vous trouverez l’article du New York Times ici .       

Gauguin bientôt sorti des musées?
Contes barbares, 1902