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Victime de violence conjugale, elle vit avec la peur au ventre depuis 12 ans

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MONTRÉAL – Se cacher dans une maison d’hébergement pour femmes est devenu le seul moyen de survie de Marie-Soleil Beaulieu qui depuis 12 ans vit avec la peur de mourir. En 2007, son conjoint l’a agressée violemment et a promis, alors qu’il recevait sa sentence au tribunal, de la tuer quand il la retrouverait.

L’histoire de violence conjugale de Marie-Soleil n’est pas unique et d’autant plus triste. Elle a même dû changer d’identité pour s’assurer qu’à sa sortie de prison, son ex-conjoint ne la retrouve pas.

Mais, il y a un an, une personne qui s’était rapprochée de l’homme violent, une personne toxique et sans scrupule, aux dires de Marie-Soleil, lui a révélé son nouveau nom et même son adresse. Son monde a basculé.

Son ex-conjoint savait maintenant où la trouver. Marie-Soleil a déménagé trois fois en un an pour brouiller les pistes. Son agresseur connaissait désormais son lieu de travail.

«J’étais dans le domaine de la santé. J’ai changé d’emploi à quelques reprises. J’avais toujours peur qu’il rentre à mon travail. Il avait dit à l’époque qu’il ferait 25 ans pour moi et que le jour où il me retrouverait, il me tirerait», a raconté Marie-Soleil au «Québec Matin».

Vivre comme une fuyarde

La femme a dû cesser de travailler. Elle n’en avait plus la force, incapable de fonctionner au quotidien, obnubilée par la peur de mourir ancrée en elle.

Elle a changé de logis à trois reprises durant la dernière année, mais rien n’y faisait. Ni son nouvel amoureux qui la soutient et la rassure ni le système d’alarme enclenché en permanence chez elle. Rien.

Marie-Soleil vit maintenant comme une fuyarde, terrée dans une maison d’hébergement où elle se sent un peu plus en sécurité, alors que c’est elle la victime. Toutefois, la notion de victime ne semble pas trouver écho auprès de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC).

«Les gens me disent: ''pauvre madame, je compatis''», a-t-elle confié. Mais Marie-Soleil ne veut pas de pitié, elle veut des services et être reconnue par l’IVAC comme une victime d’acte criminel, ce qu’elle est. Voilà pourquoi, elle a décidé de témoigner de son histoire et de lancer un appel à l’aide à visage découvert mardi matin, en entrevue, avec Jean-François Guérin.

«On me demande toujours les mêmes papiers, a expliqué Marie-Soleil. Le rapport médical de mon médecin qui explique que je suis en trouble de stress post-traumatique. L’IVAC me dit que non, que c’est une rechute. Mais je suis comme ça depuis 12 ans».

Elle parle de douze ans de dédales bureaucratiques, de formulaires à remplir, d’attente et d’espoirs déçus.

«J’aimerais avoir l’aide d’un avocat pour me battre contre cette énorme firme», a dit doucement Marie-Soleil Beaulieu qui n’a pas d’aide, ni psychologique ni financière, hormis l'amour de son conjoint.