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Quand des retraités se retrouvent le bec à l’eau

L’ancien propriétaire de Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon (à gauche), et le patron de Power Corporation, André Desmarais, lors d’une conférence de presse à Montréal en septembre 2017.
Photo d’archives, Martin Chevalier L’ancien propriétaire de Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon (à gauche), et le patron de Power Corporation, André Desmarais, lors d’une conférence de presse à Montréal en septembre 2017.

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Je ne suis pas plus avocat qu’actuaire. C’est inutile pour comprendre l’angoisse des retraités de Groupe Capitales Médias dont le régime de retraite, vraisemblablement, ne remplira pas ses promesses. Du jour au lendemain, leur chèque de pension sera amputé de près du tiers.

Ils bénéficiaient d’un régime de retraite dit à « prestations déterminées » (PD), qu’on qualifie souvent de « Cadillac des fonds de pension ». Ils sont les seuls à promettre, à l’avance, le montant d’une rente à vie. Les employés y cotisent, l’employeur aussi. Quand un écart se creuse entre les promesses du régime et sa capacité à les remplir, c’est à l’employeur d’assumer la différence. Le risque pèse sur lui.

Il arrive que la Cadillac prenne le clos. Parlez-en aux retraités de Sears, de White Birch, d’Aveos et de Nortel. Ils n’en sont pas sortis indemnes, certains sont encore bien amochés aujourd’hui. Une partie (parfois la majeure) de leur retraite s’est envolée dans la foulée de la faillite de leur ancien employeur alors que leur régime de pension était dans le rouge.

Les retraités de Capitales Médias ne roulaient pourtant pas dans un gros char. On parle d’une rente annuelle moyenne de 17 000 $. On était à des années-lumière des conditions des anciens fonctionnaires. Bien, ils vont perdre 30 % de ça. Ça vous défait une planification de retraite !

Pauvres retraités

Les représentants des retraités évoquent des ventes de maison et des retours forcés au travail. Je ne peux vous dire si c’est exagéré, mais je ne doute pas que c’est catastrophique pour beaucoup de gens touchés. On serait en colère pour moins ; durant toute leur vie active, ils ont élaboré un plan pour leurs vieux jours, loin d’être extravagant, fondé sur une promesse de rente, pour se retrouver aujourd’hui le bec à l’eau.

Ils songent maintenant à poursuivre, peut-être le gouvernement, peut-être l’ancien propriétaire, Power Corporation, qui détenait les journaux par l’intermédiaire de sa filiale Gesca. Ou les deux. Ils sont à demander des avis juridiques. Ce sera aux avocats de déterminer s’il y a une cause.

Ils reprochent à Québec d’avoir forcé la main de Martin Cauchon, celui qui a racheté les journaux de Power Corporation, et de pousser son groupe à la faillite pour laisser la place nette à un repreneur. La faillite vient terminer le régime de retraite et cristalliser son déficit à un des pires moments, alors que les taux d’intérêt sont au plus bas, ce qui se répercutera sur les revenus futurs des retraités, et ce, jusqu’à la fin de leurs jours. Ils exigent du gouvernement que le régime de retraite soit inclus dans la transaction. Les chances sont minces, mais qui sait ? Je ne suis pas plus politicien qu’avocat.

Power Corp.

Je ne suis pas non plus adepte des théories du complot. Alors je reste sceptique lorsqu’ils évoquent des « manœuvres » délibérées de l’ancien propriétaire afin de se libérer d’un poids gênant... mais quand même, c’est gris.

La question se pose : comment se fait-il qu’on ait laissé la responsabilité à l’acquéreur Martin Cauchon, qui n’est pas richissime à ce que je sache, de renflouer un déficit actuariel aussi important à un moment où l’on savait les médias (et ses revenus) sur la pente descendante ? (Ce n’est pas faute d’avoir été aidé par les marchés financiers qu’il n’y est pas parvenu.)

Au moment de la transaction, il est clair que la retraite d’un millier de personnes était à risque.

En se départant de La Presse afin qu’elle devienne un OSBL, Power Corporation s’est pourtant portée garante des obligations passées vis-à-vis des retraités du quotidien de la rue Saint-Jacques. Pourquoi n’en a-t-elle pas fait autant pour les retraités des autres journaux, quelques années plus tôt ?

Du temps qu’ils étaient chez Gesca, les journaux régionaux n’ont jamais semblé être les enfants les plus choyés du groupe. Aujourd’hui, comment en douter ?

Des mesures possibles pour éviter de telles situations

  • 1. Envisager que le régime de retraite soit en haut de la liste des créanciers.
  • 2. Renforcer les règles entourant les obligations du vendeur à l’égard du régime de retraite lors du transfert d’une entreprise.