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Quand la BD fait chaud au cœur

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Hier, 19 novembre, c’était la Journée internationale de l’homme. Ne riez pas. Il y a la journée de la femme le 8 mars, et chaque année, on célèbre le masculin le 19 novembre, pour penser à tous les hommes en détresse, en souffrance. 

N’en déplaise aux féministes comme Martine Delvaux qui partent à rire quand elles entendent parler des « angoisses existentielles » des hommes, les gars, ça pleure aussi. 

Et hier, toute la journée, j’ai pensé à la dernière BD de Michel Rabagliati, Paul à la maison, un magnifique et touchant portrait d’un homme de 50 ans, blanc, hétéro, qui vit des deuils et des séparations... et qui en arrache. 

UN GARS EN RECONSTRUCTION 

J’ai adoré tous les albums de la série Paul depuis les tout débuts : de Paul a un travail d’été à Paul au parc, en passant par Paul en appartement, j’ai toujours trouvé que Michel Rabagliati avait un coup de crayon fabuleux, une sensibilité hors de l’ordinaire et un amour pour les petits détails du quotidien. 

Mais j’avoue que son dernier album, en librairie depuis la semaine dernière, m’est allé droit au cœur. Paul vieillit, il se sépare de sa femme, sa fille part vivre à l’étranger, sa mère est malade, il a des ennuis de santé. 

Pour certaines féministes, l’homme blanc hétéro occidental de 50 ans n’est rien d’autre qu’un privilégié. De quoi il se plaint, lui qui a tout ? 

Cet album rempli de tendresse et de bienveillance de Michel Rabagliati est une fabuleuse réponse à toutes ces rabat-joie qui n’ont que les mots « hommes privilégiés » ou « masculinité toxique » à la bouche. Le personnage de Paul souffre profondément de sa séparation, il a le cœur broyé par le départ de sa fille, il est bouleversé par la disparition prochaine de sa mère. Il est perdu, sans repères, seul dans sa maison abandonnée. Vulnérable et fragile. Y’a pas grand oppresseur patriarcal privilégié dans cet album-là... 

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À un moment, Paul se regarde dans le miroir et s’exclame : « Hostie que j’fais dur ». Tout seul dans sa cour, dont les arbres meurent, dont la piscine hors terre est kaput, il s’exclame : « Tout est mort ici ». 

« OK boomer ! » lui lanceraient sûrement des petits baveux de 20 ans qui trouvent très très vilain de juger les gens selon les apparences, qui sont contre l’âgisme, contre les étiquettes, mais qui méprisent les gens de plus de 50 ans. 

L’HOMME QUI A PEUR 

Quand je lisais Paul à la maison, je n’arrêtais pas de penser à la chanson Tout va bien de Michel Rivard (à l’époque de Beau dommage) : « Perdu dans ses rêves pendant tant d’années/À pas pouvoir les dire, à se les raconter avant de s’endormir/Lancé en amour, pogné dans le détour/(...) 

Ayez pitié de l’homme qui a peur/Prenez-lui la main quand il pleure/Amenez-le doucement danser/Jusqu’au petit matin 

Donnez-lui le goût de croire/Que tout va bien ». 

Allez, Paul, Michel, et tous les autres... Je vous prends la main... Tout va bien. Tout va bien aller. 

Et bonne Journée des hommes en retard.

ÉDITORIAL DE SOPHIE DUROCHER