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SNC-Lavalin faisait bande à part en Libye

Bloc SNC-Lavalin
Photo d'archives

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SNC-Lavalin était une des rares entreprises multinationales qui acceptait de brasser des affaires en Libye malgré l’omniprésence de la corruption, selon un expert.  

Dirk Vandewalle, un professeur au Dartmouth College aux États-Unis qui est une sommité sur la Libye moderne, témoignait hier et aujourd’hui (jeudi) au Palais de justice de Montréal au procès de Sami Bebawi, un ex-cadre de SNC accusé de fraude et de corruption.   

On reproche notamment à Bebawi d’avoir participé au versement de pots-de-vin à Saadi Kadhafi, le fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, en échange de contrats pour SNC-Lavalin.   

Selon le professeur Vandewalle, très peu d’entreprises internationales étaient désireuses de faire affaire en Libye au début des années 2000, lorsque le régime Kadhafi a commencé à ouvrir le pays aux investissements étrangers. «À l’exception du secteur pétrolier, la réponse a été très mitigée», a-t-il expliqué.    

C’était, selon lui, parce que «rien ne pouvait être fait sans pots-de-vin» en Libye.   

Selon le professeur, plusieurs grandes entreprises internationales ont décidé de se retirer du marché libyen lorsqu’elles se sont fait demander des pots-de-vin dans les années 2000.   

Dans un rapport présenté en Cour, il a donné l’exemple d’une banque non identifiée qui s’est retirée de la Libye après s’être fait dire qu’il lui faudrait verser des pots-de-vin pour obtenir le renouvellement d’un permis.   

Le professeur a aussi évoqué le cas de Coca-Cola qui a renoncé à entrer sur le marché libyen après que son implantation eut fait l’objet d’une dispute entre deux enfants du dictateur pour savoir qui des deux en profiterait.    

Il a aussi parlé d’une firme financière américaine, Och-Ziff, condamnée à une amende de 412 millions $ US aux États-Unis pour avoir versé des pots-de-vin en Libye.   

Comme la mafia   

Le professeur a décrit le régime libyen dans les années 2000 comme une dictature militaire totalitaire où tout était décidé par une poignée d’individus proches de la famille Kadhafi. Il n’y avait pas de réel contrepouvoir, selon l’expert. Le Parlement libyen ne faisait qu’approuver des décisions prises d’avance.   

«La réalité est que c’est Mouammar Kadhafi qui prenait toutes les décisions», a-t-il résumé.   

Selon le professeur, même si des règles existaient sur papier et qu’il y avait même une charte libyenne des droits de l’homme, en pratique ce sont «les règles informelles qui étaient importantes».   

Le professeur Vandewalle a comparé le fonctionnement du régime Kadhafi à celui d’une mafia, reprenant l’expression d’un ambassadeur américain sur place. «Même si rien n’est expliqué, tout le monde sait ce qui est attendu», a-t-il résumé.