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Vulnérables dès la maternelle

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En ce moment, on célèbre, partout au Québec, la Grande semaine des tout-petits. En avez-vous entendu parler? Un peu, pas du tout? Et pourtant, s’il y a un sujet qui devrait être discuté partout dans les médias et dans les chaumières, c’est bien celui-ci. Croyez-moi, quand on s’arrête aux statistiques sur la vulnérabilité de nos petits trésors dès l’entrée à la maternelle, on perd l’envie de célébrer. 

Lundi, j’étais invitée au rassemblement « Voir grand pour nos enfants » à Orford, en Estrie, afin de participer à une journée de réflexion. L’objectif : discuter de la situation inquiétante des tout-petits pour trouver des pistes de solution.  

Il est grand temps que l’on tire la sonnette d’alarme.  

C’est complètement déconcertant de prendre conscience qu’une large proportion de nos bambins se trouvent en situation de vulnérabilité. 

Ils ont à peine 5 ans, arrivent à la maternelle, et sont déjà en retard!   

C’est encore plus troublant de constater que la situation ne s’améliore pas. Au contraire, elle semble se détériorer.   

Près d’un enfant sur trois  

Le directeur de la santé publique de l’Estrie, le docteur Alain Poirier, a présenté les statistiques sur la vulnérabilité des tout-petits dans sa région. 

29 % des petits cocos de 5 ans sont vulnérables dans au moins un domaine de développement. Les garçons sont particulièrement représentés.  

En 2012, c’était 27 %. 

Ça veut dire quoi « domaine de développement »?   

  • la santé physique et le bien-être 
  • les compétences sociales 
  • la maturité affective 
  • le développement cognitif et langagier 
  • les habiletés de communication et les connaissances générales.  

Matière à s’indigner 

Que la proportion d’enfants présentant des vulnérabilités augmente entre les deux périodes d’évaluation (2012 et 2017), c’est déjà troublant. Mais, quand on regarde les statistiques de plus près, on remarque en plus que le pourcentage des enfants qui cumulent des vulnérabilités est aussi en hausse.  

Le nombre d’enfants vulnérables dans les cinq sphères de développement a, quant à lui, doublé, passant de 3 à 6 %! 

La proportion de ceux qui ont trois vulnérabilités et plus est passée de 24 % à 32 %. 

C’est beaucoup de chiffres, mais retenez une chose, il faut s’indigner, agir vite et avec bienveillance. 

« Ces vulnérabilités combinées nous prédisent qu’il y aura plus de problèmes de réussite éducative et de développement de l’enfant. », souligne le directeur de la santé publique de l’Estrie. 

Et si vous pensez que cette situation ne s’applique qu’à l’Estrie, détrompez-vous. Que les tout-petits vivent à Québec, à Montréal, en Gaspésie ou au Saguenay, la situation est relativement la même partout.  

J’en entends déjà certains râler contre les parents prétendument trop mous et égoïstes. C’est si facile de jeter la pierre aux pères et aux mères. Avec des chiffres loin d’être anecdotiques, on parle ici d’un problème de société à prendre à bras-le-corps. 

« On a beaucoup d’hypothèses pour tenter d’expliquer les vulnérabilités que l’on retrouve chez les petits, mais pas tant de réponses. », souligne le docteur Alain Poirier. 

Parmi elles, le temps d’écran, la pression que l’on met sur les parents, leur anxiété, ainsi que les compressions budgétaires dans les milieux de la santé et de l’éducation.   

Près de 30 ans après le dépôt du rapport « Un Québec fou de ses enfants », c’est à nous, les adultes, de passer à l’action, de faire nos devoirs et de trouver des solutions à cette situation inadmissible. Autrement, quand cette génération de tout-petits sera devenue adulte, elle pourra dire, non pas que nous ayons été fous de nos enfants, mais que nous nous en sommes foutus. 

Le rassemblement estrien « Voir grand pour nos enfants » était organisé par trois partenaires qui ont le développement des enfants à coeur : le Collectif estrien 0-5 ans, la direction de santé publique du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et le Projet Partenaires pour la réussite éducative en Estrie (Projet PRÉE).