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Le développement durable, c’est du n’importe quoi

Le développement durable, c’est du n’importe quoi
Photo AFP

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Est-ce qu’on a une poignée dans le dos? 

Malgré tout, comme le disait la chanson dans mon jeune temps (pas si lointain), « faut savoir toujours garder sa bonne humeur». Pas facile, vous me direz, mais il faut au moins faire l’effort pareil. 

Comme épreuve à un niveau d’endurance à demeurer serein, j’ai vu passer cette «libre» opinion parue dans Le Devoir. L’auteur est Pierre Petelle, président de l’organisme Crop Life Canada. Le dirigeant de cette belle organisation sociale a intitulé son instructive opinion ainsi: «Les pesticides, un outil de développement de l’agriculture durable».  

Il ne faut pas que j’oublie de rester joyeux et positif en toute circonstance, alors que Louis Robert, l’agronome qui avait perdu sa job pour avoir dénoncé l’ingérence du privé dans la recherche publique sur les pesticides, a déjà prévenu que «le gouvernement du Québec ne s’est jamais tenu debout devant l’industrie des pesticides et en est même devenu le complice».  

Qui croire? Je me le demande... Voyons voir. 

Et qu’en pensent l’ONU et l’OMS 

Développement durable ou pas, en 2017, l’ONU a plutôt conclut que: «L’utilité des pesticides déboulonnée». 

Au premier paragraphe de l’article rédigé par Alexandre Shields, il est dit: «Alors que l’industrie des pesticides affirme que ses produits sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire d’une population mondiale en pleine croissance, un nouveau rapport de l’ONU conclut qu’il s’agit carrément d’un mythe. Qui plus est, ces produits toxiques posent des risques majeurs pour la santé et l’environnement».  

Il y a aussi l’Agence du cancer de l’Organisation mondiale de la santé qui ne pensent pas tout à fait comme le PDG de Crop life Canada: «Cinq pesticides classés cancérogènes “probables” ou “possibles”. Le Roundup de Mosanto [devenue Bayer après son achat par la transnationale allemande Bayer] a été classé cancérogène “probable” chez l’homme, une décision à laquelle s’oppose la multinationale».

Ça doit être du type cancérogène «durable». 

L’Autriche bannit un pesticide 

Le développement durable supposé n’a pas empêché l’Autriche, en 2019, de ne point partager l'opinion enthousiaste du dirigeant de Crop life: «Environnement. L’Autriche bannit le glyphosate. Le Parlement décrète également l’interdiction de l’utilisation des sacs de plastique [bravo] et de la privatisation de l’eau [bien fait]» (Le Devoir, 3 juillet 2019).  

Les études jovialistes de l’industrie 

Faut-il se fier aux études de l’industrie des pesticides, aux opinions expertes de ses scientifiques et à ses agronomes? Avant de répondre, puis-je vous demander de lire ces deux articles dont le premier provient du journal français Le Monde: «Glyphosate : pourquoi la cacophonie persiste sur l’herbicide controversé. Selon un inventaire inédit, presque aucune étude de l’industrie ne trouve d’effet génotoxique au glyphosate, au contraire de travaux indépendants». 

Tout de même curieux, non? Et cet autre: «Agriculture. Des agronomes payés par l’industrie prescrivent davantage d’herbicides. Le ministre de l’Environnement a rappelé à l’ordre 15 scientifiques, révèle un sous-ministre aux consultations sur l’impact des pesticides sur la santé publique et l’environnement». 

L’industrie est trop généreuse: elle finance des agronomes, des scientifiques, des universitaires et des politiciens afin de favoriser l’essor de la démocratie, de la liberté et de l’agriculture écologique. Vraiment touchant! 

Bayer et Mosanto, des développeurs «durables» 

Mosanto a une belle qualité comme grosse compagnie: la discrétion. «Des études sur le glyphosate révisées secrètement par Mosanto».  

Agriculture et développement durable, mais peut-être aussi cancérogène? En tout cas, c’est ce qu’un jury américain a conclu : «Procès Roundup : Bayer condamné à verser 2 milliards de dollars». 

Les géants des pesticides «harcelés» aux États-Unis et en Europe, mais jamais au Canada et encore moins au Québec où la CAQ donne l’impression d’être un bon partenaire. Ça se comprend, l’industrie compte dans ses rangs de bons lobbyistes et de fidèles experts agronomes et scientifiques. 

Les pesticides, c’est aussi merveilleux pour la santé de la flore et de la faune: «Les oiseaux aussi victimes des néonicotinoïdes». Selon une étude, ces insecticides aux effets anorexigènes, toujours autorisés au Canada, menaceraient la survie de centaines d'espèces migratrices. 

À quoi servent les oiseaux, les abeilles, les caribous et les grenouilles de toute façon? À absolument rien, car ils empêchent le développement économique et la création de richesses. Si vous voulez les voir, il y a toujours l’Insectarium, le Biodôme et les zoos! Il faut que ces bibittes nuisibles «clairent» les champs et les forêts et cessent d’être des entraves au progrès et à l’emploi de pesticides favorisant l’agriculture durable.  

À la CAQ, l’industrie a un ami 

Encore de bonnes paroles de la CAQ. Mais bonnes pour qui? Voilà la question: «Québec veut s’attaquer à l’utilisation des pesticides» (Le Journal de Montréal, 29 mars 2019). S'y attaquer, vraiment? 

Pour s’y attaquer, le ministre caquiste de l’Agriculture, André Lamontagne, a commencé de traiter d’ayatollahs des fonctionnaires de l’Environnement qui irritaient l’industrie: «L’environnement est-il un problème à la CAQ? Les propos du ministre de l’Agriculture choquent» (Le Journal de Montréal, 12 février 2019). Des propos qui choquent peut-être certains, mais qui font plaisir à l’industrie. Comme le dit le poète, «on ne peut pas plaire à tout le monde». 

Et le ministre caquiste récidive 

Un vrai dur de dur le ministre caquiste de l’Agriculture, qui s’est vanté d’avoir «lui-même» congédié «personnellement» Louis Robert, qui n’a fait que son devoir en décriant la mainmise de l’industrie sur les organismes publics financés par l’État: «Un ministre caquiste congédie “personnellement” un lanceur d’alerte» (Le Journal de Montréal, 30 janvier 2019).  

La CAQ s’attaque, comme elle l’avait dit, aux pesticides...  

Tout ça pour arriver, contrairement à d’autres pays, à ça: «Québec autorise un passe-droit aux pesticides “tueurs d’abeilles”».  

C’est que le premier ministre l’a dit: «Legault veut un Québec plus vert et plus riche». 

Disons surtout plus riche et plus vert «pâle».