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Mettre fin au «bar ouvert» des données personnelles

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L’actualité ne manque pas d’humour. Alors qu’à Québec, on était là à soupeser qui devrait témoigner en commission parlementaire sur la question des vols de données, on apprenait que les travailleurs de la santé pouvaient accéder sans contraintes au dossier médical de la vaste majorité des Québécois.

Le zona de Francine, l’oxycodone de Jean-Pierre, les fistules de Marcel... « Bar ouvert ! », titrait Le Journal

J’ai ri à m’en taper les cuisses !

Pourtant, on n’était pas encore rendu au punch, entendu hier, avant le début des auditions.

On nous informait que l’expert « indépendant » invité à se prononcer à la commission était un universitaire dont les travaux de recherche avaient reçu 1,25 million de dollars de financement de Desjardins... Pouhahaha ! Arrêtez, je vais mourir !

Commission futile

Juste à voir comment il a été mis en branle, l’exercice s’annonce futile, ce qui ne sera pas une première pour une commission parlementaire. 

Son objectif, selon les mots du ministre des Finances, Éric Girard, « est d’informer les Québécois ».

Ça dit tout.

Les Québécois savent déjà que leurs informations personnelles sont vulnérables et convoitées, qu’ils sont chaque jour un peu plus les proies potentielles de la fraude et du vol d’identité. 

Les Québécois voudraient des réponses sur les moyens qu’entendent prendre les gouvernements pour contrer cette menace grandissante. Québec a déjà signalé son intention de légiférer pour resserrer la protection des données personnelles et encadrer les agences de crédit, voilà un minimum. Il faut voir maintenant jusqu’où le gouvernement Legault est prêt à aller.

Agences de crédit

Dans le cas des agences de crédit, les « encadrer » apparaît déjà très timide. Il faut rappeler qu’Equifax et TransUnion accumulent des informations sensibles à notre sujet sans véritable consentement de notre part. Le modèle d’affaires de ces sociétés cotées en bourse repose sur la commercialisation et l’exploitation à outrance de nos informations, au même titre que Google ou Facebook, sans nous offrir le moindre service en retour, sans même être un peu aimable. 

Elles nous font payer pour avoir accès à nos scores de crédit, une information bidon. Elles ont l’odieux de faire peser sur nous la responsabilité d’éventuelles erreurs qui pourraient miner nos dossiers de crédit, des erreurs dont nous ne sommes pourtant pas responsables et qui peuvent bousculer nos vies financières.

En plus, elles sont incapables de protéger nos informations, et quand ça dérape, elles nous offrent des services d’alertes inutiles par abonnement. C’est du délire ! 

La gestion des dossiers de crédit ne devrait tout simplement pas être laissée entre les mains d’entreprises privées.

Quant à nos données personnelles, on peut bien sûr obliger les entreprises qui les entreposent à renforcer leur système de protection, notamment par la mise en place de pénalités dissuasives en cas de fuite. Ce serait certes un bon début, mais ça ne rendra pas pour autant invulnérables les réseaux et les bases de données. 

D’autant plus que les informations de 4,2 millions de personnes, incluant leur numéro d’assurance sociale, se trouvent déjà dans la nature... Il est trop tard. 

Pour atténuer le mal, Québec pourrait faire en sorte que les informations personnelles soient moins attrayantes en resserrant les processus par lesquels on peut obtenir du crédit, par exemple.

Ottawa doit s’en mêler

C’est bien que Québec s’y intéresse, mais ce serait plus rassurant de voir Ottawa s’emparer du problème.

Il serait plus logique de bannir les agences de crédit à l’échelle nationale, et le moyen le plus efficace de limiter l’intérêt pour nos informations serait d’instaurer un nouveau système par lequel chaque citoyen se verrait attribuer une identité numérique.