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Steven Guilbeault : la fin des illusions

Est-ce que Steven Guilbeault ne peut être utile que dans la chaise de ministre de l’Environnement?

Steven Guilbeault : la fin des illusions
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Depuis lundi, la rumeur de la nomination de Steven Guilbeault comme ministre du Patrimoine canadien fait couler salive et encre . Oh, scandale! l’environnementaliste ne sera pas ministre de l’Environnement.

La rumeur s’est confirmée, mercredi après-midi Steven Guilbeault est devenu le 10e ministre du Patrimoine canadien. Les commentateurs sont outrés. 

Un privilège

C’est bien amusant de lire tous ceux et celles qui sont outrés du choix du premier ministre. Pour certains, c’est un désaveu de Guilbeault, pour d’autres c’est une preuve que Justin Trudeau n’a jamais vraiment souhaité s’attaquer réellement aux enjeux climatiques et pour d’autres, c’est la preuve que Guilbeault a été élu sous de faux prétextes. 

Mais quand est-ce que le premier ministre a promis de nommer Guilbeault à l’environnement? 

D’ailleurs, quel premier ministre ferait une telle promesse sans savoir lesquels de ses candidats seront élus?

On peut prétendre connaître les discussions qui ont mené à la candidature de Steven Guilbeault, mais ni vous ni moi n’y avons assisté.

Le simple fait d’accéder au conseil des ministres du gouvernement, peu importe la position occupée, devrait être perçu comme un privilège et on semble perdre de vue cet aspect fondamental.

La fin des illusions

Ceux qui ont pensé que l’élection de Steven Guilbeault lui mériterait le poste de ministre de l’Environnement sont bien naïfs et ne comprennent pas grand-chose à la politique. 

D’une part, un vote est beaucoup trop important pour le faire reposer sur une promesse d’un avenir moins que certain. Est-ce que tous ces déçus auraient pleuré en boule si les libéraux s’étaient retrouvés dans l’opposition, sans aucun poste pour Guilbeault au cabinet? 

D’autre part, ceux et celles qui se disent floués parce qu’ils croyaient que Guilbeault allait automatiquement devenir ministre de l’Environnement sont les mêmes qui ne manquent jamais l’occasion de parler des «p’tits amis», de favoritisme et de conflits d’intérêts. Qu’on se rappelle seulement ce que ces mêmes observateurs criaient quand Gaétan Barrette est devenu ministre de la Santé au Québec. «On sait ben! Il va faire des cadeaux à ses amis, leur trouver des passe-passe, de toute façon, il prépare son propre avenir et son retour à la pratique.»

Ce sont ces mêmes observateurs qui dénoncent ce qu’ils perçoivent comme des retours d’ascenseurs pour services rendus chaque fois qu’ils le peuvent. 

À un moment donné, faudrait se décider. 

Est-ce qu’on pense vraiment qu’un esprit brillant n’est capable que d’une seule chose? Est-ce que Steven Guilbeault ne peut être utile que dans la chaise de ministre de l’Environnement? 

Qu’auriez-vous dit, alors, s’il avait octroyé des subventions à des organismes avec lesquels il a collaboré dans le passé? 

Qu’auriez-vous dit, aussi, s’il avait échoué à trouver une solution parfaite dans des négociations avec les industries minières et pétrolières?

Enfin, si, par manque d’expérience, il avait fait un faux pas dans un dossier environnemental, combien d’entre vous vous seriez insurgés en hurlant qu’il avait été muselé par son premier ministre plutôt que de reconnaitre qu’être ministre, ça ne s’apprend pas du jour au lendemain?

Steven Guilbeault est passionné et talentueux. Il a choisi de quitter le clan de ceux qui critiquent les politiques publiques pour passer du côté de ceux qui les font. Plutôt que de chialer, il s’est engagé directement, il a «mis sa face sur un poteau». C’est facile, aujourd’hui, de le traiter de carriériste. Son pari était beaucoup plus risqué que de rester bien confortablement dans son rôle d’observateur.

Quel que soit le poste que lui confie Justin Trudeau, on devrait se réjouir qu’il puisse se faire entendre à la table du conseil des ministres, là où se prennent les décisions qui influenceront notre avenir.