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Jean Chrétien veille sur Trudeau

Jean CHRÉTIEN
Photo d'archives, AFP

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Dans ma chronique d’hier, j’ai rappelé que Justin Trudeau fraîchement élu en 2014 s’était entouré de gens de sa génération, excluant tous les libéraux d’expérience associés à son père. C’est bien connu, Sigmund Freud parle du désir d’affirmation du fils comme du « meurtre du père ».

Toutes ces têtes blanches auraient pu rétrospectivement éviter à Justin Trudeau ses dérapages tous azimuts qui l’ont conduit à un fil de perdre le pouvoir pour se retrouver à la tête d’un gouvernement minoritaire. À l’évidence, ce statut ne correspond ni à ses aspirations narcissiques ni à sa conception d’exercer le pouvoir suprême. Le premier ministre se retrouve dans l’obligation de pratiquer l’humilité, ce qui ne lui est pas naturel, c’est le moins que l’on puisse dire.

Hier, l’on apprenait que le vénérable, mais toujours fringant Jean Chrétien a rendu visite au premier ministre élu au parlement d’Ottawa. Ce dernier a déclaré à une consœur de La Presse qu’il n’y avait aucun mal pour les libéraux à travailler en partenariat avec le Bloc québécois pour faire adopter leurs projets de loi. Il s’est gardé une petite gêne en ajoutant qu’il n’avait pas de conseils de survie à donner à Justin Trudeau.

Cela ne l’a pas empêché de trouver également « judicieuse » la décision de recréer le poste de vice-première ministre comme celui de lieutenant québécois. Ce qui existait à son époque.

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Repoussoirs

Jean Chrétien n’a jamais reculé devant ses adversaires « séparatisses », qu’il avait utilisés politiquement comme des repoussoirs tout au long de sa remarquable carrière. Durant le premier mandat de Justin Trudeau, on sait que les anciens collaborateurs et ministres libéraux ont souffert en silence, car cet establishment historique vivait comme une régression politique les années de voies lumineuses, de déguisements, de sanglots et de fascinations postmodernes de leur parti revisité par Justin et ses amis.

Le Bloc québécois dirigé par son chef au tempérament sanguin doit comprendre qu’une certaine instrumentalisation par le gouvernement libéral minoritaire peut se transformer en traquenard pour eux.

Trop de complaisance des libéraux à leur endroit afin de se maintenir au pouvoir, conjugué à des positions d’affrontement envers le gouvernement Legault pour calmer la colère de l’Ouest, peut nuire aux bloquistes.

Machiavélique

Jean Chrétien avec ses conseils ou encouragements à Justin Trudeau sait le rassurer. Ce vieux renard à l’esprit machiavélique, qu’il masque par des blagues comme un acteur cabotin, est un politicien redoutable.

Trudeau n’aurait pas consenti à ces changements si le Bloc québécois n’avait obtenu qu’une dizaine de députés. Les plus jeunes ignorent sans doute la force de frappe des Jean Chrétien et autres fédéralistes québécois qui ont vaincu les séparatistes en appliquant l’adage « la fin justifie les moyens », attribué à Machiavel, mais qu’on ne retrouve pas dans Le Prince.

Le retour de Jean Chrétien autour du parlement d’Ottawa indique aussi que le Québec avec les caquistes et les bloquistes a repris du poil de la bête aux yeux de ses adversaires historiques, inquiets également de la débandade actuelle du PLQ. Les Québécois ne sont donc pas matés.