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L’histoire récente en couleurs

La couleur du temps, Dan Jones et Marina Amaral, Éditions Flammarion Québec, 432 pages
Photo courtoisie La couleur du temps, Dan Jones et Marina Amaral, Éditions Flammarion Québec, 432 pages

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Je vous parle aujourd’hui d’un album à la fois magnifique et instructif.

Deux cents photographies, prises entre 1850 et 1960, ont été colorisées avec beaucoup de dextérité pour redonner ses couleurs à cette tranche d’histoire qui a connu plusieurs grandes et petites guerres, y compris la guerre froide, la machine à vapeur et le début de la conquête de l’espace, des constructions mémorables comme la statue de la Liberté et la tour Eiffel, la Commune de Paris et les premières luttes de libération. Vaste programme, aurait dit le général de Gaulle.

Il y a les photos, mais il y a aussi le texte qui les accompagne. Car il y a une trame derrière cette sélection de photos. Il ne s’agit pas d’une histoire exhaustive, soulignent les deux auteurs, l’un historien et l’autre artiste spécialiste en colorisation de photos anciennes. « Les événements qui n’y figurent pas l’emportent largement sur ceux qu’elle illustre. »

Ainsi, je découvre, au hasard, la photo de Guiseppe Garibaldi, avec sa légendaire chemise rouge, qui date de 1864. Auparavant, cette photo n’existait qu’en noir et blanc. D’ailleurs, on appelait les partisans de Garibaldi « les Chemises rouges ». Après avoir participé à divers mouvements insurrectionnels en Amérique du Sud, cet « aventurier romantique » revient en Italie pour poursuivre le combat qu’il avait déjà entrepris quelques décennies plus tôt, celui de l’unification de son pays. Mon père papiste nous avait appris à détester Garibaldi parce que ce guérillero avait réussi, après une ou deux tentatives, à s’emparer de Rome pour la rattacher au reste de l’Italie, un crime de lèse-papauté de toute évidence. L’Italie fut finalement unifiée le 20 septembre 1870. On a droit à la spectaculaire photo coloriée du pont Salario, en banlieue de Rome, que les troupes françaises alliées au pape ont fait s’écrouler, en 1867, « pour freiner les Chemises rouges de Garibaldi ».

Chemin faisant, au fil des pages, j’apprécie la photo du guérillero mexicain Pancho Villa, « voleur génial, inlassable coureur de jupons et bandit charismatique », accompagné de sa femme courageuse, Luz Corral. Après avoir tenu tête aux États-Unis qui ont mis sa tête à prix, alors qu’il a envahi le Nouveau-Mexique — c’est la seule invasion qu’ont connue les États-Unis —, il sera assassiné en 1923.

Tragédies

Les famines dues aux grandes sécheresses dans la jeune Russie communiste, le krach de Wall Street, la Grande dépression à la fin des années vingt, les multiples guerres aux quatre coins de la terre, les catastrophes, épidémies et désastres comme l’écrasement spectaculaire du dirigeable en feu Hindenburg, en 1937, un Winston Churchill avec chapeau melon, cigare au bec et mitraillette à la main, le même Churchill qu’on retrouve à Postdam, en juillet 1945, en compagnie du président des États-Unis Harry Truman et de Joseph Staline, dirigeant de l’Union soviétique, autant d’événements qu’on a pu voir, auparavant, en noir et blanc, mais les voici en couleurs, ce qui n’atténue en rien le malheur ou le tragique, mais peut-être le rend plus près de nous.

Mais, fort heureusement, il y a aussi des événements moins tragiques qui ont jalonné ces cent dix ans d’histoire. La comédienne Sarah Bernhardt, les frères Lumière, inventeurs de la caméra cinématographique, Marie Curie, « la plus brillante physicienne de son temps », les merveilleuses danseuses javanaises en costume traditionnel au moment de l’Exposition universelle de 1889, la construction de la statue de la Liberté — son nom exact : La Liberté éclairant le monde —, entreprise en France en 1865 et inaugurée à New York en 1886, et tant d’autres événements heureux et figures légendaires font partie de ce catalogue surprenant.