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«Mon infarctus est la meilleure chose qui me soit arrivée»

Giuseppe Gravino
Photo Chantal Poirier Après avoir frôlé la mort, Giuseppe Gravino a radicalement changé son style de vie.

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Foudroyé par une crise cardiaque à 53 ans, Giuseppe Gravino a préféré changer radicalement ses habitudes de vie plutôt que de subir une opération à cœur ouvert. Quatre ans plus tard, non seulement ce père de famille pète le feu, mais il constate que cette décision l’a sauvé.

« Ça fait bizarre à dire, mais mon infarctus est la meilleure chose qui me soit arrivée. Si ça n’était pas de ma crise cardiaque, j’aurais continué à mener la même vie qu’avant et j’aurais tout perdu. Je serais probablement mort aujourd’hui », confie ce résident de Blainville de 57 ans qui est notamment devenu végétalien depuis son hospitalisation.

Celui que tous ses proches appellent « Joe » était à l’époque copropriétaire d’une boutique de chaussures de luxe fondée à Laval par son grand-père 40 ans plus tôt. « Nos affaires allaient très bien jusqu’à l’arrivée du commerce en ligne. Ça nous a tués à petit feu. » Les retards de paiement s’accumulaient et Joe sentait une pression énorme sur ses épaules. Dormant à peine trois heures par nuit, l’homme pouvait fumer 50 cigarettes et boire 15 cafés quotidiennement.

Habitué à abattre de longues journées de travail, Joe sautait le déjeuner et le dîner pour se commander de la malbouffe tard en soirée. « J’étais un inconditionnel de viande rouge, de fromages et de charcuteries. L’été, le barbecue fonctionnait presque tous les soirs », illustre celui qui pesait 189 livres.

Pendant l’hiver 2015, Joe s’est mis à ressentir des douleurs passagères au sternum, chaque fois plus longues et plus tenaces. Début février, alors qu’il se trouvait dans son commerce, il est pris d’étourdissements et de sueurs froides. « Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je pensais que je faisais une indigestion. Ça a duré une heure et demie, puis le mal est parti. »

Au pied du mur

Une semaine plus tard, il est réveillé au milieu de la nuit par une douleur aiguë à la poitrine. « C’était comme si une épée me traversait de bord en bord. Ma femme insistait pour que j’aille à l’hôpital, mais je disais que ça passerait. » Ce n’est que huit heures plus tard, sous les insistances de son gendre étudiant de médecine, qu’il s’est rendu à l’hôpital.

Une fois à l’urgence, on a vite constaté que Joe souffrait d’un infarctus. Son aorte était bloquée, tout comme ses autres artères. Il a subi une angioplastie pour débloquer l’artère principale de son cœur dans laquelle on a installé une endoprothèse (stent). Après trois jours aux soins intensifs, il a reçu son congé de l’hôpital en attendant que son cœur soit suffisamment fort pour recevoir un triple pontage, mais en réalité, l’homme était terrifié à l’idée de subir une opération aussi délicate. « J’avais un blocage total là-dessus. Il n’était pas question qu’on m’ouvre la poitrine. »

À peine était-il rentré chez lui que la douleur thoracique reprenait de plus belle. Cette fois-ci, Joe a été transporté à l’Institut de cardiologie de Montréal où il a été gardé en observation pendant la nuit.

Avant son infarctus, Giuseppe Gravino pesait 189 livres.
Photo courtoisie
Avant son infarctus, Giuseppe Gravino pesait 189 livres.

Une rencontre marquante

La bonne étoile de Joe voulut que le cardiologue Martin Juneau soit de garde le lendemain matin. Intervenant souvent dans les médias, le Dr Juneau a fait de la promotion des saines habitudes de vie pour prévenir les maladies cardiaques, son principal cheval de bataille. « Après avoir consulté mon dossier, il m’a lancé que j’étais chanceux d’être encore en vie. »

Quand Joe lui a raconté qu’il ne voulait absolument pas se faire opérer, le Dr Juneau a expliqué qu’il était possible de renverser la maladie, mais que ce serait l’épreuve la plus difficile de sa vie. « Avant même qu’il ait terminé sa phrase, j’ai accepté. »

Sous les recommandations du cardiologue, Joe a suivi pendant six mois un programme de prévention au centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie qui reposait sur les aspects suivants : mise en forme, régime végétalien strict — appelé « régime Ornish » — élimination du tabagisme et réduction du stress. Il a également bénéficié d’un suivi serré d’un kinésiologue et d’une nutritionniste.

S’il a fini par prendre goût à l’exercice au quotidien, la diète végétalienne fut particulièrement éprouvante. « Mon alimentation se limitait à des légumes, des fruits, des légumineuses et du pain de blé entier. C’était très difficile de manger seulement pour me remplir le ventre, mais la peur de l’opération était plus forte que tout le reste. »

La maladie a été pour Joe l’occasion de revoir ses priorités. Il ne voulait plus revivre le stress lié aux problèmes de son commerce. Dans les mois qui ont suivi, ses associés et lui ont tout liquidé. « Quand il s’agit de l’entreprise familiale, tu te mets beaucoup de pression sur le dos pour ne pas décevoir. Je réalise que j’avais besoin de vivre cette épreuve pour prendre la bonne décision », affirme Joe qui travaille maintenant à son compte dans le domaine du financement automobile.

Des progrès impressionnants

Après quinze mois de régime strict et d’exercices quotidiens, Joe a obtenu des résultats impressionnants. Des tests à l’effort ont montré que le quinquagénaire avait le cœur d’un homme dans la trentaine ! Il avait également fondu de 40 livres. Quant à sa consommation de café et de tabac, elle a diminué de façon significative. D’ailleurs, Joe ne perd pas espoir d’écraser la cigarette pour de bon.

Quatre ans après son changement de cap, Joe a maintenu ses bonnes résolutions. Il continue à faire de l’exercice chaque jour et il observe un régime essentiellement végétalien tout en se permettant de manger du poulet grillé une fois par semaine ou un morceau de gâteau aux anniversaires. Il en tire de nombreux bienfaits et sent qu’il est un homme nouveau. « Grâce à mon nouveau style de vie, je me sens plus léger, j’ai plus d’énergie et j’ai un meilleur état d’esprit. Je dois beaucoup au Dr Juneau et à l’équipe du centre ÉPIC. Ça m’a sauvé la vie. »

« Un exemple probant de succès »

Pour le cardiologue Martin Juneau, le cas de Giuseppe Gravino prouve une fois de plus que la prévention porte ses fruits. « En 35 ans d’expérience, environ 10 % de ma clientèle s’engage sur cette voie, et cette tendance augmente. De ceux qui ont suivi un programme plus intensif avec un régime végétalien strict, aucun de mes patients n’a dû se faire dilater ou ponter les artères à nouveau. Il faut comprendre qu’une chirurgie sans modification des habitudes de vie ne fait que reporter à plus tard le problème. Il faut une solution globale à un problème global. »

Dr Martin Juneau
Photo Chantal Poirier
Dr Martin Juneau

Si certains de ses collègues sont plutôt sceptiques quant à l’efficacité du régime du Dr Ornish proposé au centre ÉPIC, le Dr Juneau rappelle que ce régime a été validé par les résultats d’une étude randomisée de 1 à 5 ans et que même les compagnies d’assurances privées aux États-Unis remboursent le programme intensif lié à ce régime. « L’histoire de M. Gravino est un exemple probant de succès. »