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Claude Béland, l’incontournable

Avenire de l'énergie du Québec / 3 mars 2011
Photo Agence QMI, Joêl Lemay La mort de Claude Béland rappelle l’inévitable disparition d’une génération exceptionnelle d’hommes et de femmes.

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Nous devons beaucoup à Claude Béland. Décédé à l’âge de 87 ans, l’ancien président du Mouvement Desjardins était un homme intègre et visionnaire. Homme de partage et de justice sociale, sa contribution passionnée à la modernisation et l’avancement de la société québécoise est monumentale. 

Homme à la main de velours dans un gant de soie, Claude Béland était doux, chaleureux et souriant. Sa détermination à promouvoir l’immense pouvoir de la solidarité sociale comme valeur fondatrice n’en était pas moins dure comme le fer.  

Pour ce « vrai coopératif », la « seule économie du bien-être individuel, disait-il, ne convient pas à notre collectivité. Nous réussissons mieux quand nous travaillons ensemble au bonheur de tous ». Pour Claude Béland, l’enrichissement se doit d’être avant tout un outil d’épanouissement collectif. 

Le « vivre-ensemble », pensait-il, n’est possible que s’il repose sur trois pouvoirs essentiels : celui des citoyens, des élus et de l’économie. D’où l’importance primordiale de l’éducation. Lucide, il constatait toutefois que le tout-à-l’économie avait eu raison des pouvoirs citoyen et politique.  

Génération exceptionnelle 

Sur le terrain plus politique, Claude Béland était souvent sollicité. Il fut de tous les débats. C’est avant tout pour le bien commun des Québécois qu’il avait fini par appuyer l’option souverainiste. En vain, le premier ministre Jacques Parizeau le voulait d’ailleurs comme ministre.  

Dans la biographie de Jacques Parizeau signée Pierre Duchesne, Claude Béland confirmait qu’en 1991, Lucien Bouchard, alors chef du Bloc québécois, lui proposa même de diriger un nouveau parti au Québec visant à concurrencer le PQ jugé « trop militant » par M. Bouchard. Il refusa. 

La mort de Claude Béland rappelle aussi l’inévitable disparition d’une génération exceptionnelle d’hommes et de femmes. Sûrement la plus influente des cent dernières années dans l’édification d’un Québec plus juste et plus ouvert. Cette génération était celle des préboomers--- nés autour des années 1920 et 1930. Plus précisément encore, d’une petite minorité d’entre les Canadiens français qui, parfois même d’origine modeste, avaient eu accès aux collèges classiques et aux études supérieures, ici ou à l’étranger.  

Ne pas oublier  

Au lieu de travailler égoïstement à s’enrichir sur le plan personnel, ces femmes et ces hommes ont fait un tout autre choix. Celui de redonner à leur propre société de langue française, dont les multiples retards face au reste du continent étaient dramatiques. Brillants, esprits libres, volontaristes et porteurs de valeurs foncièrement humanistes, cette génération fut celle des vrais bâtisseurs du Québec moderne.  

On y comptait entre autres les Jacques Parizeau, Claude Béland, Claude Castonguay, Guy Rocher, Camille Laurin, Paul Gérin-Lajoie, Marie-Claire Kirkland, Michel Chartrand, Simonne Monet-Chartrand, René Lévesque, Pierre Bourgault, André D’Allemagne, Bernard Landry, François Aquin, Gérald Godin, Robert Bourassa, Jacques-Yvan Morin. La liste est loin d’être exhaustive.  

Les années faisant leur œuvre, la plupart d’entre eux ne sont plus de ce monde. Nous leur devons plus qu’on ne le saura jamais. Les générations montantes seraient sages de s’en inspirer et les nôtres, de ne pas les oublier.