/opinion/columnists
Navigation

Labeaume et la dette

Le maire de Québec, Régis Labeaume
Photo Jean-François Desgagnés Le maire de Québec, Régis Labeaume

Coup d'oeil sur cet article

C’est loin d’être un hasard si le maire Régis Labeaume a autant insisté sur la dette lundi, lors de son point de presse sur la présentation du budget et du nouveau plan d’investissements sur cinq ans de la Ville de Québec. 

• À lire aussi: Ville de Québec: la pédale à fond sur les investissements

Régis Labeaume sait très bien que ses opposants, en mal de poignes pour critiquer un budget au cadre financier bien établi, vont sauter sur l’occasion pour le dépeindre en maire dépensier qui taxe à outrance. 

«Si on était dépensier à ce point-là, comment se fait-il qu’on soit rendu dans les villes les moins endettées, alors qu’on était dans les plus endettées ? C’est le contraire de quelqu’un qui est dépensier», s’est-il défendu lundi. 

Pour en juger, encore faut-il voir où vont les dépenses de la Ville, prévues dans le budget, dont le contenu relève essentiellement d’orientations politiques. L’examen des principales dépenses ne révèle rien qui soit frivole, bien au contraire. 

Le maire a souvent énoncé, dans le passé, qu’à son arrivée à la tête de la Ville de Québec, il avait hérité «de ruines». Il faisait référence à un taux de taxation élevé, une dette nette d’un peu plus d’un milliard en 2007, et des infrastructures pourries. Il n’avait pas tort. 

Invoquant ces raisons, l’administration Labeaume a omis de rembourser la dette jusqu’en 2011. Un plan de diminution a ensuite été adopté, en vertu duquel la dette devrait être moins élevée de 67,3 M$ en 2020. 

S’il en est autrement, c’est que la Ville continue d’investir massivement. Cette fois, la part du lion ira au système de transport structurant, et il est difficile de ne pas applaudir. Ce projet permettra à la Ville de rejoindre enfin le 21e siècle. 

Éviter de pelleter 

Puis, afin d’éviter de pelleter des infrastructures dans un état désastreux aux générations futures, le maire a préféré y investir en masse. La Ville a ainsi pu – et peut toujours – profiter des programmes d’investissements gouvernementaux. 

La bonne situation économique dans la région, et plus globalement au pays, a aussi facilité la tâche. La Ville bénéficie aussi des taux d’intérêt les plus bas de son histoire. 

M. Labeaume y voit de «l’opportunisme financier». Ainsi 92 % des infrastructures de Québec sont en bon état. Peu de villes peuvent en dire autant, et malgré cela, un rattrapage est encore nécessaire. 

Si la marge de manœuvre est toujours bonne, selon le directeur général et le service des Finances de la Ville, il faudra néanmoins se méfier des hausses de taux d’intérêt à venir. Une possible détérioration de la situation économique pourrait aussi venir brouiller les cartes. 

Par ailleurs, la Ville a fait le choix de présenter à l’avenir des programmes d’investissements en immobilisations sur cinq ans, et non trois. Le PIQ, idée qu’a importée le directeur général Luc Monty, ancien sous-ministre des Finances du Québec, pourrait permettre une meilleure planification des projets. 

Il faudra toutefois, pour ce faire, agir plus efficacement que dans le cas de la centrale de police, dont les coûts ont fini par exploser après une décennie d’essais-erreurs inutiles.