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Les libéraux au purgatoire

Alexandre Cusson, le « gars des régions », est d’un vide sidéral dans le département des idées.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Alexandre Cusson, le « gars des régions », est d’un vide sidéral dans le département des idées.

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À 152 ans d’existence bien sonnés, le Parti libéral du Québec n’est pas tuable. Il aura survécu à tout, incluant deux référendums sur la souveraineté et une brochette d’enquêtes en queue de poisson de l’UPAC. Même sa défaite cinglante de 2018 n’annonce en rien sa disparition imminente.

Condamné à quelques années de purgatoire à l’opposition, son sort est certes plus enviable que celui du Parti québécois. Aussi longtemps que la CAQ et Québec solidaire lui grugeront sa base, donc pour un sacré bail, le PQ sera incapable de prendre le pouvoir. La réalité mathématique est implacable.

Chez les libéraux, quoique déboussolés par leur défaite, l’avenir est moins sombre. Leur parti est le seul pouvant se présenter comme l’alternative à la CAQ. Dans la mesure où le gouvernement Legault fera fort possiblement deux mandats et qu’un jour, son étoile pâlira, le PLQ n’aura qu’à ronger son frein jusqu’aux élections de 2026.

À qui les « régions » ?

Le PLQ peut aussi compter sur son bloc inconditionnel d’électeurs anglophones et d’une bonne part des allophones. Il lui restera à reconquérir peu à peu sa part du vote francophone. Or, parce que cette part a fondu à 10 % seulement, la commande s’annonce costaude.

D’où la quête d’un nouveau chef capable de parler aux « régions ». En langage codé libéral, cela veut dire aux « francophones de souche ».

Une expression que le nouveau candidat à sa chefferie, Alexandre Cusson, maire sortant de Drummondville, a lui-même lancée dans l’arène. Ne manquait plus qu’un pot de sirop d’érable pour baptiser son arrivée.

D’où aussi ces libéraux nerveux qui, dans l’anonymat, susurrent aux journalistes que l’autre candidate à la chefferie, l’ex-ministre Dominique Anglade, étant « noire » et « montréalaise », ferait patate dans les « régions ». Comme analyste politique, j’aurai donc vécu assez longtemps pour voir des libéraux trembler à la seule idée qu’une « femme » « noire » « montréalaise » puisse prendre la tête de leur parti.

Reconstruire

Faut croire que ces gens-là imaginent les « régions » comme de lugubres repaires de culs-terreux terrorisés par les « étranges ». N’est-ce pas pourtant les mêmes qui, depuis des lustres, traitent les péquistes de méchants xénophobes ?

On entend même dire que Mme Anglade serait « trop » montréalaise ! Un Montréalais du nom de Robert Bourassa leur a pourtant déjà donné quatre mandats majoritaires au pouvoir. Un autre Montréalais, le premier ministre caquiste François Legault, dirige un gouvernement non moins nationaliste.

Le fait est que M. Cusson, le « gars des régions », est d’un vide sidéral côté idées. Du moins, pour le moment. Pour un parti qui ne cesse d’accuser ses adversaires de « diviser » le Québec, verser de la sorte dans la politique généalogique et opposer artificiellement Montréal aux régions est une très mauvaise idée.

Le code postal, l’origine des ancêtres ou la couleur de la peau de sa ou de son prochain chef n’a aucune importance. Ce dont les libéraux ont véritablement besoin est de reconstruire leur programme sur des bases nettement plus solides que celles, désastreuses, des ères Charest et Couillard.