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Les sportifs professionnels raffolent de l’ammoniaque

La directrice du laboratoire de contrôle du dopage à l’INRS-Institut Armand-Frappier, Christiane Ayotte, croit que les joueurs de la LNH ne montrent pas le bon exemple aux jeunes

Les sportifs professionnels raffolent de l’ammoniaque
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Voir des sportifs professionnels, en pleine télévision, inhaler de l’ammoniaque dans le but d’augmenter leurs performances sportives est devenu aussi habituel que banal. «Ça ne veut pas dire que ce n’est pas sans-génie», prévient toutefois la directrice du laboratoire de contrôle du dopage à l’INRS-Institut Armand-Frappier, Christiane Ayotte.  

• À lire aussi: Un joueur midget boit de l’ammoniaque au lieu de l’eau

Les sportifs professionnels raffolent de l’ammoniaque
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L’ammoniaque s’est retrouvée dans l’actualité cette semaine lorsqu’un jeune joueur midget de Granby a ingéré par erreur un mélange d’eau et d’ammoniac préparé par des coéquipiers qui prévoyaient en respirer les effluves dans le but de ressentir une importante dose d’adrénaline.  

Le jeune de 17 ans a subi d’importantes brûlures à la bouche et à la gorge à la suite de cet incident.  

«C’était la première game que l’on faisait ça. On niaisait. On trouvait ça drôle, mais ça n’a pas fini comme une belle histoire. On s’est dit : “s’ils [les joueurs de la LNH] font ça, ça doit être correct de le faire», a réagi Mathys, un coéquipier du jeune blessé, à TVA Nouvelles, mardi.  

C’est effectivement un comportement fort répandu dans la LNH.  

Commun  

Des compilations de vidéos existent et sont facilement accessibles où l’on voit des joueurs actuels du circuit Bettman inhaler de petits sachets de sels d’ammonium, ou smelling salts en anglais, ainsi que leur réaction après coup.  

Même les joueurs vedettes comme Connor McDavid utilisent les sels d’ammonium.
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Même les joueurs vedettes comme Connor McDavid utilisent les sels d’ammonium.

Parmi ces joueurs, on compte quelques grandes vedettes du sport, les Mitch Marner, Connor McDavid ou Johnny Gaudreau, entre autres.  

En 1990, après avoir reçu un coup de coude de Mark Messier, Denis  Savard, alors avec les Blackhawks de Chicago, a retrouvé ses esprits après qu’un préposé lui ait fait respirer de l’ammoniaque.
Capture d'écran
En 1990, après avoir reçu un coup de coude de Mark Messier, Denis Savard, alors avec les Blackhawks de Chicago, a retrouvé ses esprits après qu’un préposé lui ait fait respirer de l’ammoniaque.
Les sportifs professionnels raffolent de l’ammoniaque
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Le quart-arrière des Patriots de la Nouvelle-Angleterre Tom Brady avait lui aussi fait jaser en 2011 lorsqu’il avait été aperçu sur les lignes de côté, respirant de l’ammoniaque dans un verre.  

Tom Brady, des Patriots de la Nouvelle-Angleterre de la NFL, respirant des sels en 2011.
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Tom Brady, des Patriots de la Nouvelle-Angleterre de la NFL, respirant des sels en 2011.

Dans la LNH, les équipes en disposent allégrement et des sachets sont à la disposition des joueurs sur le banc de l’équipe lors des périodes d’échauffement. C’est notamment le cas du Canadien de Montréal.  

«Je n’en prends pas, a toutefois assuré Phillip Danault, mercredi. J’ai déjà essayé par contre. C’est fort dans le nez, très fort même. Ça réveille. Ceux qui l’utilisent, ce n’est pas nécessairement une dépendance, mais plus une routine. On peut dire que c’est un peu comme le tabac à chiquer, ce n’est pas bon pour la santé.»  

Pas banni, mais...  

Il faut dire que cette substance n’a rien d’illégal et n’est pas bannie par l’Agence mondiale antidopage, car il n’existe aucun lien scientifiquement prouvé entre son utilisation et l’augmentation des performances sportives.  

En d’autres mots, les sels d’ammonium n’augmentent pas les performances sportives et il est là, le problème, selon la Dre Ayotte.  

«Ce n’est pas parce que ce n’est pas banni que c’est raisonnable, mentionne-t-elle. Quand on le respire, c’est tellement irritant qu’on a l’impression tout d’un coup d’être énergisé et notre cœur se met à battre rapidement. Par contre, ça irrite fortement les muqueuses du nez, de la gorge et des bronches. C’est une pratique archaïque qui survit dans le temps. Ç’a l’air fou.»  

Responsabilité  

La chimiste se questionne d’ailleurs sur l’image que projettent les athlètes professionnels lorsqu’ils inhalent ce genre de produit nocif pour la santé au su et au vu de plusieurs jeunes sportifs qui les idolâtrent.  

«Les joueurs de hockey doivent se regarder dans le miroir et arrêter d’utiliser ces produits. Il faut que la Ligue nationale de hockey envoie un message clair et l’interdise à ses équipes. Il n’existe aucun bienfait à inhaler de l’ammoniaque et en plus, ça projette une très mauvaise image.»  

La scientifique se désole du peu d’information disponible au sujet de ces sels d’ammonium.  

Scott Laughton, des Flyers, tenant un sachet de sels d’ammonium sous le nez de son coéquipier Michael Raffl, le 9 octobre dernier, à Philadelphie.
Photo Martin Chevalier
Scott Laughton, des Flyers, tenant un sachet de sels d’ammonium sous le nez de son coéquipier Michael Raffl, le 9 octobre dernier, à Philadelphie.

«C’est dommage parce que les jeunes, les parents et les entraîneurs regardent ça et se disent que c’est une bonne idée et qu’ils vont le faire aussi.»  

Plusieurs haltérophiles utilisent aussi les sels d’ammonium lors de compétitions avant de soulever d’importantes charges.  

Produit interdit dans la LHJMQ  

Contrairement à la LNH, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) interdit à ses joueurs d’utiliser de l’ammoniaque sous peine d’amende.  

La directive a été adoptée en juillet 2016 et un rappel est fait annuellement aux 18 formations du circuit Courteau, a indiqué le directeur des communications de la LHJMQ, Maxime Blouin.  

«Même s’ils ne sont pas considérés comme des produits dopants par l’agence mondiale antidopage, l’utilisation d’ammoniaque et de sels d’ammonium sera strictement interdite dans l’entourage de l’équipe tant lors d’un entraînement que d’une partie, et ce, effectif immédiatement», pouvait-on lire dans le premier mémo envoyé aux équipes en 2016.  

Inefficace  

«Ces produits contiennent un gaz qui est dissous dans du liquide qui dégage une odeur très forte, stimulant la muqueuse nasale et provoquant une stimulation très brève du système nerveux central. Il n’est aucunement démontré que cette stimulation ait un impact positif sur une augmentation durable de la vigilance et encore moins de la performance. Cependant, il s’agit quand même de produits irritants pour les muqueuses nasales, dont l’utilisation est néfaste pour la santé de nos joueurs, même si, à ce jour, la médecine ne connaît pas tous les effets négatifs d’une utilisation répétée», ajoute-t-on avant de conclure qu’une amende de 1000 $ sera imposée à toute formation prise en défaut.  

Midget AAA et LBJEQ  

Ni la Ligue de hockey midget AAA du Québec ni la Ligue de baseball junior élite du Québec n’ont adopté une politique précisément axée sur l’utilisation des sels d’ammonium. On assure toutefois chez les deux circuits que ce n’est pas une pratique répandue chez eux.  

«On a une politique claire sur la santé de nos joueurs et les équipes sont sensibilisées, et adoptent des comportements afin de s’assurer de la bonne santé des joueurs», a mentionné le directeur adjoint de la Ligue midget AAA, Yanick Gagné, mercredi.  

«Avec ce qui s’est produit récemment, est-ce qu’on va s’informer auprès de nos équipes? Probablement. Par contre, on n’a jamais eu cette problématique dans notre ligue», a-t-il conclu.