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MeToo... pour les entraîneurs

La relation entre Michel Therrien et Daniel Brière a été houleuse chez le Canadien. L’ancien attaquant a évoqué dans sa biographie que l’ex-entraîneur avait été « d’une méchanceté incroyable » avec lui.
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin La relation entre Michel Therrien et Daniel Brière a été houleuse chez le Canadien. L’ancien attaquant a évoqué dans sa biographie que l’ex-entraîneur avait été « d’une méchanceté incroyable » avec lui.

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Faudra-t-il réécrire l’Histoire de l’humanité ? Faudra-t-il censurer les plus grands nus de l’histoire de la peinture ?

Oublier les femmes bien en chair de Botticelli ? Mettre à l’index les plus grands chefs-d’œuvre de la littérature parce qu’ils contiennent des passages que les gens d’aujourd’hui ne peuvent tolérer ?

Tintin au Congo ? Bien sûr que toute la célèbre bande dessinée est raciste. Elle date des années 1930, alors que les pays africains n’étaient encore que des colonies des puissances européennes.

On fait quoi ? On brûle les Tintin de Stéphane Laporte ? Mais surtout, on détruit tous les livres d’histoire qui racontent la période coloniale en Afrique pour effacer une réalité ? Et on ne raconte pas la déportation des Acadiens ?

ET DANS LE HOCKEY ?

Et on arrive à Bill Peters. Il a confessé avoir utilisé un terme raciste envers un de ses joueurs dans la Ligue américaine. Il y a une dizaine d’années. Faudrait peut-être enquêter pour voir combien de « fucking frogs » ont été lâchés par des coachs et des joueurs dans l’histoire de la Ligue nationale et du hockey professionnel. On aurait honte d’avoir été aussi lâches avant que Patrice Brisebois ne se tienne debout et porte plainte à la LNH.

Tous les termes racistes sont inacceptables. Et on a bien fait de crucifier Bill Peters sur la place publique. Et en passant, « frog » est un terme raciste.

Comme sont inexcusables les insultes fondées sur la religion, la race, la langue et le sexe.

Mais on fait quoi maintenant avec toutes les dénonciations d’intimidation psychologique et d’humiliation qui vont sortir des placards ?

Est-ce que Mario Tremblay, Pierre Bouchard et Brian Engblom devraient dénoncer le traitement que Scotty Bowman leur réservait quand ils jouaient pour le Canadien ? Et les journalistes francophones, certains en tous les cas, devraient-ils crier haut et fort que Bowman les a déjà traités de « f... separatists » ?

LES COLÈRES DE JACQUES DEMERS

Et que faire avec les colères de Jacques Demers, qui jetait des hockeys sur la patinoire et qui lançait ses lunettes sur la glace ou aux arbitres ? Ou les discours enflammés de Bob Hartley ? Ou les manières de diriger les joueurs de Mike Keenan, dit « Iron Mike », de Dick Irvin, de Toe Blake ou de Michel Therrien ?

Michel Therrien a-t-il commis des abus psychologiques à l’endroit de Daniel Brière à Montréal ? Ça se peut fort bien. Ou bien n’avait-il pas confiance en lui, tout simplement ? Ou pire, peut-être était-il incapable de le piffer ? Ça arrive, malheureusement. Mais quand t’as un match de hockey dans un moment décisif, un coach fait quoi ? Il se tourne vers les hommes en qui il a confiance. Daniel Brière ne faisait pas partie de ces hommes.

Malheureux, mais c’est la business.

Et soit dit en passant, comment on qualifie un coach qui laisse Patrick Roy sur la patinoire pour neuf buts contre les Red Wings de Detroit pour l’humilier bien correct ? Pour le casser et le mettre à sa place. Roy devrait-il se plaindre et dénoncer Mario Tremblay?

TRACER LA LIGNE

C’est certain que dans le monde conservateur et à philosophie militaire qu’est le hockey, il y a eu des abus. Comme il y a des abus dans l’armée. Comme certains sergents ont littéralement martyrisé des recrues chez les Marines pour en faire des soldats d’exception et des machines à tuer.

Mais comment un coach doit-il s’y prendre pour former un collectif capable de se surpasser 82 soirs par année contre des adversaires féroces et bien préparés ?

Le coach se retrouve avec de jeunes hommes riches à craquer, moyenne de salaire à 3 millions par année. Les 20 joueurs ont grandi en étant les meilleurs dans leur équipe pee-wee, bantam, midget et junior, que ce soit au Québec, au Canada, aux États-Unis, en Finlande, en Russie, en Suède ou en Slovaquie. Ils ont été couvés et encouragés par des pères et des mères qui souvent engueulaient le coach pour que leur lapin adoré ait plus de glace.

Le coach se retrouve avec 20 de ces petits princes et doit les convaincre de risquer leur peau pour gagner un match de hockey... contre un coach qui demande à ses petits rois de faire la même chose de l’autre côté de la patinoire. Vous savez ce qui est normal et naturel pour un homme de 25 ans quand il se retrouve dans le coin d’une patinoire et qu’un adversaire de six pieds et trois pouces et 230 livres fonce à toute allure sur lui pour l’écraser dans la bande ?

Le réflexe normal est de se tasser et d’éviter la charge. Mais ça prend un entraîneur et un leader pour le convaincre de rester en place, d’encaisser le coup et de sortir avec la rondelle.

Comment on s’y prend ? Pas toujours avec des mots doux de calinours.

ENVOYER AU BÛCHER

Pris hors de leur contexte culturel et temporel, les mots, les actions et les comportements de certains coachs méritent d’être dénoncés.

Tout le comportement de Jacques Mercier dans la première saison de Lance et compte devrait être réécrit si la série était présentée de nos jours. Mais le personnage de Mercier était inspiré par des coachs des années 1960, 1970 et 1980. Et j’aurais pu ajouter une petite pincée de Pat Burns et de son célèbre : « Corson, qu’y mange de la marde ! »

Mais la société change. Les jeunes changent et les coachs d’aujourd’hui doivent s’ajuster. La très grande majorité le fait d’ailleurs avec succès.

Claude Julien survit avec l’aide de relationnistes et d’une direction qui l’encadrent avec soin. J’espère que ça ne l’empêche pas de vouloir gagner. Et de passer ses vrais messages et de motiver ses 20 jeunes princes à s’oublier pour l’équipe.

Le hockey va évoluer dans cette direction prise par sa société, et c’est tant mieux. Elvis l’a chanté... Tomorrow is a Long Time...