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Un congé d’hôpital qui scandalise

Une femme suicidaire est passée à l’acte quelques heures après avoir été retournée à la maison

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Les sœurs d’une femme qui s’est enlevé la vie après avoir été retournée à la maison par l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, malgré une « bonne douzaine de sonnettes d’alarme », dénoncent ne jamais avoir été averties de la situation précaire dans laquelle celle-ci se trouvait.   

Séparation, perte d’emploi et problèmes financiers, conflit avec ses enfants, alcoolisme et idées suicidaires, Suzie Aubé était dans un état mental très précaire lorsqu’elle est entrée à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec en janvier 2019.       

Hospitalisée pendant neuf jours, la femme de 55 ans avait eu une permission de sortie la veille de son congé officiel pour préparer son retour chez elle. Un essai qu’elle a lamentablement échoué, se faisant arrêter pour conduite avec les facultés affaiblies en pleine nuit.       

À son retour à l’Institut le lendemain matin, Suzie disait faire de l’anxiété à cause de son retour à domicile et mentionnait qu’elle avait besoin d’une thérapie pour régler son problème d’alcool.       

Malgré « une douzaine de sonnettes d’alarme », selon sa sœur Josée Bilodeau, les intervenants lui donnent tout de même son congé, et ce, sans jamais avertir ses proches pourtant très impliqués auprès d’elle.       

Libérée à 10 h 30, Suzie est retrouvée sans vie, chez elle, vers 20 h 30 par les policiers de Québec.        

Rapport du coroner   

Dans un rapport où le coroner Jean-François Turcotte se pose plusieurs questions, il est relevé qu’« aucun membre de la famille n’a été impliqué dans la prise de décision concernant le congé ou dans la mise en place d’un filet de sécurité ».       

Sans remettre en cause « la bonne foi » des intervenants, le coroner se demande pourquoi le congé n’a pas été retardé à la suite de l’épisode d’alcool au volant de la veille.        

Une recommandation a été faite par le coroner Turcotte pour que l’IUSMQ révise ses conditions de congé et assure la participation de la famille dans de tels cas, mais les proches de Suzie se disent « scandalisés » par le travail de l’institut.        

« On est outré que, malgré toutes les lumières rouges qui s’allumaient sur le tableau de bord, il n’y a pas eu de prise de conscience de la part d’un spécialiste en santé mentale », s’offusque Josée Bilodeau.       

« Elle était encore en boisson à la suite d’une solide “dérape” qu’elle avait pris la veille et ils l’ont laissée partir », ajoute son autre sœur, Linda.       

« Incluez-nous ! »  

Ce qui désole encore plus les deux sœurs de Suzie c’est que, malgré leur implication, jamais l’Institut ne les a prévenues du retour en société de Suzie.       

« Moi, j’ai appelé deux jours avant sa sortie. On était prêt pour faire une espèce de conseil de famille et l’accueillir. Je l’ai fait cette démarche-là et on m’a dit non », poursuit la sœur endeuillée.        

« Ça fait longtemps qu’on le sait que la famille fait partie de la solution, incluez-nous ! » ajoute Josée avec véhémence.        

La famille souhaite une enquête publique élargie       

Convaincues qu’il y a de meilleures façons d’impliquer les familles de proches suicidaires, les sœurs de Suzie Aubé veulent se faire entendre par le coroner dans le cadre de l’enquête publique sur le cas de Mikhael Ryan.       

Les sœurs de Suzie trouvent des similitudes marquées entre ce suicide et celui de Mikhael Ryan, dont le père Jean-François a demandé et obtenu une enquête publique du coroner après que son fils eut tué sa mère avant de se suicider en mai 2017.       

« Comme mon fils, Mme Aubé venait d’avoir un problème de comportement. On l’a sortie, mais on n’a pas averti ses proches. C’est la même histoire », a commenté M. Ryan, aussi interpellé par les circonstances de la mort de Suzie.        

Devant cette triste réalité qui touche les proches de personnes suicidées, les sœurs de Suzie interpellent la coroner en chef afin d’être invitées comme intervenantes et que leur cas soit étudié dans le cadre de cette enquête publique.       

« Sauver des vies »  

« Ce n’est pas pour trouver des coupables, mais pour identifier où il y a eu des manquements et ultimement sauver des vies », fait valoir Josée Bilodeau.        

Jean-François Ryan est aussi en faveur de l’élargissement de l’enquête publique sur le décès de son fils.       

Pour sa part, le Bureau du coroner n’a pas voulu commenter spécifiquement la situation de Mme Aubé.       

Par contre, la coroner en chef Pascale Descary a indiqué dans un communiqué que l’enquête aura « une large portée en matière de prévention du suicide ».       

La date du début de l’enquête n’est toujours pas connue.        

D’autres cas troublants  

Mikhael Ryan  

Le 10 mai 2017, Mikhael Ryan tue sa mère qui habite Québec avant de se suicider . En psychose. Mikhael avait quitté le Centre de thérapie Le Rucher de Saint-Augustin sans que ses parents soient mis au courant. Grâce à ses interventions, Jean-François Ryan a obtenu une enquête publique du Bureau du coroner.       

Marc Boudreau  

En septembre dernier, la coroner en chef a annoncé l’élargissement de cette enquête publique au cas de Marc Boudreau. Ce dernier s’est suicidé alors qu’il se trouvait au Centre de traitement des dépendances Le Rucher en septembre 2018.      

  

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