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Un faux prêt pour maquiller un pot-de-vin de 4 millions $

Sami Bebawi
Photo d'archives, Chantal Poirier Sami Bebawi

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Pour éviter d’éveiller les soupçons, un ex-cadre de SNC-Lavalin et son avocat prévoyaient de verser sous forme de faux prêt un pot-de-vin de 4 millions $ à un autre ex-cadre de l’entreprise arrêté en Suisse.

Sami Bebawi et son avocat, Constantine Kyres, auraient élaboré une stratégie minutieuse et sophistiquée pour verser de l’argent à Riadh Ben Aïssa afin qu’il modifie sa version des faits.

C’est ce qu’a relaté hier un agent d’infiltration de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), au deuxième jour de son témoignage au procès de Bebawi, accusé de fraude et corruption.

On reproche notamment à Bebawi d’avoir participé au versement de pots-de-vin en Libye en échange de contrats pour SNC.

L'objectif du pot-de-vin, selon l'agent, était que Ben Aissa modifie sa version des faits pour ne pas incriminer Bebawi.

Plutôt que de payer directement Ben Aïssa, Bebawi et Me Kyres avaient préparé un contrat de prêt de 4 M$ à l’ex-cadre de SNC pour prétendument l’aider à payer ses frais d’avocat.

Le hic, selon l’agent d’infiltration, c’est qu’il était prévu dès le départ que ce prêt ne soit jamais remboursé. Un document séparé aurait été préparé où Bebawi disait accepter que le prêt ne soit pas repayé.

Échanges à voix basse

Selon ce qu’a relaté l’agent d’infiltration hier, Bebawi lui aurait confirmé qu’il n’appellerait jamais Ben Aïssa « pour le prêt ». L’avocat de Bebawi aurait aussi confié à l’agent à voix très basse dans un bureau que ce prêt « ne serait pas remboursé ».

Dans des extraits d’écoute électronique diffusés hier, on entend Bebawi, Kyres et l’agent d’infiltration discuter des modifications que Ben Aïssa devra apporter à son témoignage en échange du pot-de-vin.

Il s’agit de faire dire à Ben Aïssa que Bebawi et lui ont des projets commerciaux en Égypte et que c’est pour cette raison qu’ils ont des fonds dans une société-écran en Suisse.

« J’espère que ces nuages noirs vont passer le plus vite possible », lance à un moment Bebawi sur Skype. Bien que décrit comme « paranoïaque » par son avocat, Bebawi ne semble jamais se douter qu’il parle à un agent d’infiltration.