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L’enfer de la schizophrénie

JM 1201 Psycho Livre
Photo courtoisie

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Avec beaucoup de sensibilité, de lucidité et d’intelligence, l’écrivaine montréalaise Susan Doherty dépeint le monde méconnu et très déroutant des personnes aux prises avec la schizophrénie dans un ouvrage nouvellement traduit en français, Le jardin des fantômes.

À ses côtés, les lecteurs la suivent dans les corridors de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, où elle s’est rendue, à de nombreuses reprises. Elle raconte la vie quotidienne d’hommes et de femmes, leur enfermement, le peu d’espoir qu’ils ont.

En parallèle, elle raconte la triste histoire de Caroline, une femme qui a développé à l’adolescence une forme sévère de schizophrénie. Elle s’est mise à entendre des voix, à dire que des espions surveillaient sa maison, qu’il fallait « tuer le diable ». Et elle a fini par verser de l’eau bouillante dans l’oreille de sa coloc, Hilary. Une histoire terrifiante.

Susan Doherty a été profondément bouleversée par les témoignages et les confidences recueillis pour écrire son livre, qui vient d’être récompensé d’un prix prestigieux du Quebec Writers Federation en version anglaise.

« En 2016, j’ai eu un cancer du sang et une greffe de moelle osseuse. J’ai eu une sorte d’épiphanie, quand j’étais à l’hôpital. J’ai pris une décision : si j’allais survivre, j’allais écrire ce livre », confie Susan Doherty, en entrevue.

« J’ai passé 50 jours en isolement et j’ai réalisé que j’allais sortir un jour. Mais pour ceux qui sont aux prises avec la schizophrénie, l’enfermement, c’est pour toujours. »

Idées délirantes

« Je suis capable d’oublier les délires et me concentrer sur les émotions derrière les propos des gens. Je travaille avec des gens qui ont tous les symptômes de la schizophrénie. Une femme, par exemple, m’a dit que Mick Jagger est passé par sa fenêtre et l’a violée. »

« Une autre femme, Chantal, m’a confié qu’elle était enceinte de onze mois. Pas dix, pas neuf, pas huit. Et que le père de l’enfant était le directeur du FBI. Bien sûr, c’est fou. Mais en réalité, elle veut être comme sa sœur jumelle : elle veut se marier et avoir des enfants. Dans mon travail, il faut que je mette les symptômes de côté et que je voie l’être humain derrière ces symptômes. »

Ça fait peur. « Au Canada, 1 % de la population est aux prises avec la schizophrénie. C’est là, mais c’est caché. Personne n’en parle. D’abord, parce que les gens ont honte, ensuite, parce qu’il n’y a pas de traitement. C’est incurable. »

Reconnaître l’humain

Susan ajoute ceci, en français pendant l’entrevue. « Bien que la recherche scientifique continue d’évoluer sur le sujet, les méthodes se résument à la bonté, l’écoute, le toucher, offrir de l’espoir et apprécier l’importance de la place que le rêve a dans leur vie. »

Et elle tient à ajouter ceci : « Mon livre est une tentative pour montrer l’humanité de chaque personne, malgré le fait qu’elle a des idées délirantes et un comportement psychotique ».

En d’autres mots : on ne peut pas « réparer » ces gens. « Il faut les prendre dans nos bras, reconnaître qu’ils ont ces symptômes, et il faut leur faire de la place dans la société. »

JM 1201 Psycho Livre
Photo courtoisie, Kathy Slamen
  • Susan Doherty est diplômée des universités Concordia et Ryerson. Elle est journaliste et auteure.
  • Elle a publié un roman en anglais, A Secret Music.
  • Elle habite à Montréal et parle aussi le français.

EXTRAIT

<b><i>Le jardin des fantômes</i></b><br>
Susan Doherty, Les Éditions de l’Homme, 352 pages
Photo courtoisie, Les Éditions de l'Homme
Le jardin des fantômes
Susan Doherty, Les Éditions de l’Homme, 352 pages

« En 2019, les scientifiques croient que la schizophrénie est, entre autres choses, une combinaison colossale de vulnérabilité génétique, de réaction inefficace au stress, de neuro-inflammation et d’un milieu hostile. Le stress est un indicateur puissant de maladie physique et mentale. Lorsqu’une personne sent un danger, réel ou imaginaire, le corps y réagit. »