/entertainment/movies
Navigation

#MeToo, affaire Polanski: la critique en plein examen de conscience

#MeToo, affaire Polanski: la critique en plein examen de conscience
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Faut-il séparer l’homme et l’œuvre? Mettre plus en avant les œuvres d’artistes femmes? Ou issues de la diversité? À l’heure des débats sur J’accuse du réalisateur Roman Polanski, accusé de viol, une partie de la critique fait son examen de conscience. 

Il y a ceux comme au Masque et la Plume, émission de la radio publique France Inter du dimanche soir, qui se sont contentés d’évoquer une sortie «très chahutée» en raison de la nouvelle accusation de viol visant le réalisateur franco-polonais. Avant de s’attarder plus longuement sur la mise en scène du film consacré à l’affaire Dreyfus. 

D’autres, comme l’hebdomadaire culturel Télérama, se sont demandés comment, à la lumière des événements, «évoquer J’accuse d’un seul point de vue esthétique». Refusant l’option du boycott, le journal a estimé que le film, récompensé à la Mostra de Venise, se «nimbe d’une lumière différente», difficile à passer sous silence. 

«Quand une œuvre d’art s’inscrit dans l’actualité, on ne peut pas faire semblant de la détacher de l’actualité, car notre regard en est modifié. Le travail du critique, c’est un travail de regard. Or il faut tout prendre en compte», renchérit Augustin Trapenard, aux manettes du Cercle qui réunit chaque semaine un plateau de critiques (Canal+).  

Le témoignage de l’actrice Adèle Haenel sur les attouchements subis, à ses débuts devant la caméra, et l’accusation, quelques jours plus tard, visant Roman Polanski a donné lieu chez les critiques de l’émission télévisée à «une envie de questionner leur métier». S’en est suivi un échange stimulant sur la façon d’appréhender la sortie de J’accuse

«Prendre conscience» 

Ces réflexions s’inscrivent dans un débat plus large sur la profession, certaines voix s’élevant contre son caractère et ses goûts supposés trop uniformes. 

Une étude publiée en mai par le collectif 50/50 (pour la parité dans le 7e art) mettait en évidence des déséquilibres, avec 63% d’hommes critiques contre 37% de femmes en France, une surreprésentation masculine dans les titres de presse généraliste et une tendance à plus parler des thrillers, des films d’action et des drames. Une enquête à l’échelle européenne sera dévoilée lors de la prochaine Berlinale, en février. 

«Hommes et femmes ne regardent pas les films depuis la même rive. Et ce que l’on considère à tort comme un regard "neutre", universel, est en fait un regard masculin, tant chez les cinéastes que chez les critiques», estime la journaliste Marie Sauvion, dans une interview récemment donnée à la revue du Syndicat de la critique. 

Pour tenter de changer la donne, certains festivals de cinéma comme Toronto (TIFF) ont mis en place des initiatives pour accroître de 20% la présence de jeunes critiques issus de minorités, de la communauté LGBT ou en situation de handicap. 

«Il est important que les regards ne viennent pas toujours du même endroit. Ça ne concerne pas que les créateurs, mais aussi ceux qui vont programmer les films, les distribuer», souligne Delphyne Besse, coprésidente du collectif 50/50. 

«Dans cet écosystème, les attachés de presse (qui mettent en lien les équipes du film et les médias) ont également un rôle à jouer», souligne-t-elle.  

«Quand ils voient à un junket (interview minutée) que tous les journalistes sont de la même tranche d’âge, du même sexe et de la même couleur de peau, il faut s’interroger. Il faut prendre (en) conscience et être proactif». 

Aux États-Unis, où le débat a une longueur d’avance, des actrices comme Brie Larson (Captain Marvel) ont pris le taureau par les cornes, réclamant plus de journalistes «issus de la diversité», quitte à être prise pour cible sur les réseaux sociaux. 

Gare à ne pas tomber dans l’excès inverse, souligne Peter Bradshaw, journaliste au Guardian. «Les critiques ne peuvent pas s’excuser de ce qu’ils sont (souvent des hommes blancs, éduqués, d’un certain âge), mais ils peuvent essayer de sortir de leur propre univers». D’où la nécessité, prône-t-il, de rester ouverts et d’aller régulièrement dans les festivals chercher de nouvelles pépites. 

Une nécessité renforcée, pour Delphyne Besse, par le vieillissement du public amateur de cinéma d’art et d'essai et par la montée en puissance des plateformes de streaming, s’ouvrant «à plus de diversité» dans leur offre, et qui sont très prisées des jeunes.