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Des parents qui en méritent tout autant

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La semaine dernière, ce qui devait être une belle annonce du gouvernement s’est transformée en déception immense pour des milliers de familles. Malgré une promesse électorale formelle, les familles adoptives ont encore droit à trois mois de moins de congé que les familles biologiques. Une grave injustice. 

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a annoncé ce qui devait être une avancée pour les familles québécoise te le Québec : la bonification du nombre de semaines de congé parental pour les familles adoptives. Malheureusement, en ne faisant qu’une partie du chemin, la CAQ brise sa promesse et perpétue ainsi l’inégalité qui persiste entre les parents biologiques et les parents adoptants.  

Les familles biologiques ont droit à 55 semaines, incluant 32 semaines de congé parental pouvant être partagé par les deux parents, 5 semaines exclusivement pour le père, et 18 semaines exclusivement pour la mère. Ces semaines devaient, jusqu’à maintenant, être utilisées dans la première année de vie d’un enfant. 

Avec l’adoption du projet de loi 51, les familles qui adoptent passeront de 37 à 42 semaines en tout, incluant 32 semaines partageables, et 5 semaines pour chacun des parents. C’est donc 12 semaines de moins que pour des parents qui mettent un enfant au monde. Pourquoi cette iniquité? 

Le ministre se défend en arguant que son projet de loi constitue une avancée. C’est vrai. Il ajoute 5 semaines. Mais autre problème : 5 semaines aditionnelles sont disponibles uniquement pour les parents qui adoptent à l’étranger! Il existait donc deux classes de parents aux yeux de l’État québécois... on en crée une troisième en ne donnant strictement rien aux familles adoptant au Québec.  

Des parents de secondes classe 

Devant les questions de Véronique Hivon jeudi dernier, M. Boulet justifiait cet écart par les besoins physiologiques des mamans qui accouchent.  

J’ai mis deux enfants au monde. C’est la chose la plus difficile que j’ai eu à faire! Les porter, les amener au monde et m’en occuper alors qu’ils sont minuscules et sans défense, alors qu’ils ont besoin de soins 24 heures par jour. J’apprécie tellement notre régime parental. Le Québec est le meilleur endroit au monde pour avoir des enfants, je le dis régulièrement.   

Mais pour un accouchement sans complication, on se remet sur pieds assez rapidement. Je comprends qu’il y a des cas spéciaux, mais cela ne peut expliquer la différence de trois mois dans le total des semaines. De toute façon, régler l’injustice n’enlèverait strictement rien aux mamans qui accouchent. Rien! 

Une gifle pour les parents qui ont adopté 

Les enfants adoptés ont des besoins particuliers eux aussi. Parlez-en aux parents qui ont accueilli un enfant dans leur vie. Insécurité, peur de l’abandon, réveils fréquents, crises, séquelles psychologiques ou physiques héritées de mauvais traitements. Les défis sont énormes. Ces parents-là méritent l’équité. 

L’humoriste Bianca Longpré témoigne : «J’ai adopté un bébé naissant, Billy, il y a 4 ans. Billy n’a pas eu la chance de m’avoir aussi longtemps avec lui que les autres bébés naissants [...] parce qu’il était adopté. Ça ne fait aucun sens. Qu’on adopte un bébé naissant ou un enfant de deux ans, on a besoin d’autant (sinon plus) de temps avec son enfant pour créer des liens et tenter de réparer le passé difficile de son enfant. On doit avoir l’égalité».  

L’animatrice France Beaudoin témoigne, elle aussi : «Reconnaître la réalité de ces enfants adoptés n’enlève rien aux mères biologiques qui ont à se relever d’un accouchement avec tout ce que ça peut comporter. Rassurer un enfant des dizaines de fois par nuit pendant des mois, essayer de décoder ses réactions alors qu’il te manque tous ses premiers mois de vie, ramener des carences de toutes sortes, lui redonner confiance en l’adulte, adoucir l’abandon... créer l’attachement».   

Québec est en surplus, et le gouvernement de la CAQ investit beaucoup plus que les libéraux en éducation et en petite enfance. Il faut le reconnaître. Mais il me semble qu’il aurait été plus judicieux d’utiliser environ 5 millions (alors que le RQAP représente une dépense de 2 milliards de dollars!) afin de régler une injustice flagrante, dommageable pour les enfants en bout de ligne, plutôt que de se lancer dans l’implantation des maternelles 4 ans que personnes ne réclamaient.