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Sommet de l'OTAN: Trudeau devra éviter les tensions

Justin Trudeau
Photo AFP Justin Trudeau

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OTTAWA – Tout indique que le premier ministre Justin Trudeau affichera un profil bas au cours de sa première apparition dans un forum international depuis sa réélection, mardi et mercredi, à l’occasion du sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Londres.  

Ce rendez-vous, au cours duquel on soufflera les 70 bougies de l’organisation comptant 29 États membres, ne sera pas l’occasion pour le chef libéral de présenter en grande pompe ses priorités en matière d’affaires étrangères.  

Bien au contraire, il risque plutôt d’éviter d’y faire des vagues et de chercher les consensus sur des dossiers qui sont des sources de tensions et d’incertitudes entre dirigeants. En voici quatre.  

Quel avenir pour l’OTAN?  

Le président français Emmanuel Macron a récemment ravivé le débat sur l’avenir de l’OTAN en décrétant que l’organisation était «en état de mort cérébrale».  

Sa remarque était un reproche adressé aux États-Unis, qui boudent l’OTAN, et à la Turquie, qui s’est attiré les foudres de plusieurs pour avoir acheté du matériel militaire russe.  

M. Trudeau cherchera vraisemblablement à proposer des avenues rassembleuses. La modernisation de l’OTAN sera, à tout le moins, le thème principal d’une des premières rencontres bilatérales qu’il fera mardi, avec le premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte.  

Éternel débat du budget en défense  

Malgré le fiel déversé à intervalles réguliers par le président américain Donald Trump pour presser ses alliés de l’OTAN à investir davantage en défense, M. Trudeau ne devrait pas faire d’annonce en ce sens.  

En 2014, les pays membres se sont engagés à consacrer 2% de leur produit intérieur brut dans leurs investissements militaires, mais le Canada se trouve à seulement 1,3%. Cela le place au 20e rang sur 29.  

«Mais M. Trudeau va avoir d’autres alliés qui sont dans la même position», a souligné Anessa Kimball, professeure au département de sciences politiques de l’Université Laval. Seuls neuf États sur 29 atteignent cette cible, selon des données publiées vendredi dernier.  

L'expert en relations internationales Jocelyn Coulon renchérit que «l’effort est là» du côté du Canada et qu’on pourrait difficilement faire plus que de mettre en valeur ce qui est déjà déployé. En 2017, le Canada s’est engagé à augmenter de 70% le budget alloué à la défense en 10 ans.  

D'ailleurs, le premier ministre Trudeau devrait rencontrer le président Trump pour un entretien privé en après-midi, mardi.  

Huawei devrait s’inviter à la table  

Aux yeux de l’ex-ambassadeur du Canada en Chine Guy Saint-Jacques, il ne fait aucun doute que Pékin sera omniprésent durant les deux jours de sommet, même si la Chine ne siège pas à l’OTAN.  

En plus des États-Unis qui font pression pour que tous ses alliés empêchent le géant chinois des télécoms Huawei de déployer sa technologie de télécommunication 5G sur leur territoire, la chancelière allemande Angela Merkel a récemment appelé les pays européens à s’aligner ensemble sur ce dossier. Le Canada n'a toujours pas décidé ce qu'il ferait, mais M. Saint-Jacques croit qu'Ottawa ne pourra pas «retarder sa décision de façon indue»  

L'ex-diplomate rappelle par ailleurs que le 10 décembre marquera le premier anniversaire de l’arrestation de deux Canadiens en Chine, Michael Kovrig et Michael Spavor, et M. Trudeau voudra certainement refaire le plein d'appuis.  

La «patate chaude» du Brexit  

Le premier ministre Trudeau aura une rencontre bilatérale avec son homologue britannique Boris Johnson, mardi soir, à environ une semaine des élections législatives anticipées au Royaume-Uni.  

Le scrutin pourrait venir compromettre encore le Brexit ou donner un second souffle au projet de séparation de l'Union européenne.  

«Moi, si j’étais Trudeau, je traiterais ça comme une patate chaude, a tranché Mme Kimball. Je ne toucherais pas à ça.»  

Le Canada voudra sans doute réaffirmer qu’il maintiendra ses relations avec le Royaume-Uni, peu importe ce qu'il advient.