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Tolérant longtemps

Tolérant longtemps
Photo Simon Clark

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Je partage tous les ressentiments qui ont pu être exprimés ces derniers jours à l’égard du premier ministre manitobain pour ses actions et sa publicité baveuse. J’ai autant de répulsion pour l’assemblée législative ontarienne qui a adopté à l’unanimité une motion contre la loi québécoise sur la laïcité. Nous n’avons pas de leçons à recevoir de ces descendants de lord Durham qui rêvent encore d’assimiler les francophones et de les voir réduits à un état folklorique.

Toutefois, je suis plus perplexe pour la suite des choses, alors que quelques bons collabos québécois francophones considèrent et proclament que c’est le gouvernement caquiste avec sa loi 21 qui est responsable de la véhémence du Canada anglais multiculturaliste. Il s’est toujours trouvé dans notre histoire des francophones de service dans la lignée des Laurier, Saint-Laurent et Trudeau pour cataloguer nos aspirations nationalistes de régression tribale contraire à l’évolution du monde. 

Avec la complicité des tribunaux, nous avons assisté impuissants au charcutage de certaines de nos lois dont, la plus fondamentale, celle sur la langue. Après qu’il eut reculé avec sa loi 1, devenue la loi 101, le docteur Laurin a vu s’émousser les griffes qu’il avait posées pour assurer le caractère français du Québec. Aujourd’hui, nous pouvons anticiper le même scénario avec la loi sur la laïcité de l’État, dont l’application sera fort probablement suspendue par la Cour d’appel. C’était de mon point de vue encore plus ahurissant d’entendre plaider cette demande de suspension en anglais par des gens venus de l’Ontario devant la Cour d’appel du Québec.

Comme bien d’autres, j’en ai soupé de la dramatisation excessive. À entendre les arguments des opposants, nous pourrions croire qu’ils sont opprimés comme les Ouïghours de Chine ou les Rohingyas du Myanmar. Les médias laissent même croire à une perte d’emploi pour des suppléantes qui ne peuvent plus travailler dans les écoles à cause de leur tenue vestimentaire religieuse. Pourtant, il n’y a aucun employé régulier qui ait perdu son emploi, car les dispositions sur les droits acquis les maintiennent dans leur poste. Une suppléante n’a pas le statut d’employé régulier.

Le gouvernement caquiste a cru bien faire en jouant la modération, en restreignant la loi qu’à certaines catégories d’employés de l’État et en y ajoutant des dispositions protégeant les droit acquis. Les adversaires se servent maintenant de ces exceptions pour amplifier leur argumentaire sur le supposé caractère discriminatoire de la loi et sur son inutilité, car elle permet à certains de continuer à porter leurs signes religieux.

La suspension prévisible de la loi 21 par la Cour d’appel s’avèrera le premier véritable test pour la CAQ et ses prétentions nationalistes. Ce sera l’occasion pour les Québécois d’en mesurer la profondeur. Un nationalisme d’apparence aura tôt fait de s’étioler et de nous révéler un gouvernement rampant. Un nationalisme affirmé devrait entrainer une riposte virulente du gouvernement avec le dépôt d’un projet de loi qui affirmerait avec plus d’insistance le caractère laïque du Québec et l’obligation de neutralité pour tous les employés de l’État, sans exception. 

Entre un Bourassa qui clamait le soir de l’échec du Lac Meech, « Quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement » et un Parizeau qui prônait l’indépendance pour avoir la pleine maitrise de notre destin, où se situera François Legault?