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Pourquoi François Legault a-t-il l’air si triste?

Le ciment craque au Conseil de la fédération...

Pourquoi François Legault a-t-il l’air si triste?
Photo Simon Clark

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Le ciment craque au Conseil de la fédération...  

Vous avez vu les images du PM du Québec à la conférence des premiers ministres des provinces à Mississauga, en Ontario? Il n'avait pas l'air dans son assiette le PM du Québec! François Legault devait avoir hâte de quitter Mississauga hier afin de se rendre dans Jean-Talon pour le dévoilement des résultats de la partielle qui s’y tenait. Tous les indicateurs pointaient vers une victoire de sa candidate, un 76e siège à l’Assemblée nationale pour lui.      

La nouvelle députée Joëlle Boutin, accompagnée du premier ministre François Legault, a remercié les électeurs de Jean-Talon pour cette «victoire historique», dans un comté qui était représenté depuis plus de 50 ans par les libéraux.
Photo Jean-François Desgagnés
La nouvelle députée Joëlle Boutin, accompagnée du premier ministre François Legault, a remercié les électeurs de Jean-Talon pour cette «victoire historique», dans un comté qui était représenté depuis plus de 50 ans par les libéraux.

Aussi, comme l’ont rappelé plusieurs militants et employés politiques de la CAQ, «Québec était libérée des libéraux». Pas certain que Loco Locass appuierait l’emploi de son slogan dans ce contexte, mais bon.       

Un peu de contexte quand même, la CAQ a remplacé le Parti libéral dans un comté résolument fédéraliste où plus de 67% des électeurs ont appuyé l’un des deux partis fédéralistes.        

Mais François Legault avait toutes les raisons de pavoiser, hier. À partir du moment où il a quitté l’Ontario. Pas avant.       

Quelle «unité»?   

On le sait, les premiers ministres des provinces ont tout fait lors du Conseil de la fédération pour tenter d’imposer la perception que ceux-ci étaient unis, qu’ils avaient réussi à s’unir au moyen des éléments de convergence, lesquels seraient plus importants que les points de divergence.       

Bien naïfs ceux qui ont cru à ça. Et le premier à ne pas y croire, c’est le PM du Canada lui-même. Il ne le dira pas, mais il sait que ses collègues provinciaux sont loin d’être prêts à parader bras dessus, bras dessous.       

Si, à propos des revendications communes habituelles — santé, infrastructures, économie —, les premiers ministres ont trouvé un terrain d'entente, deux éléphants dans la pièce minent cette belle apparence d’unité: la laïcité et les oléoducs.       

Dès que l’on quitte le confort douillet des revendications convenues, le ciment craque de partout. Et ça, François Legault le sait.       

La loi 21   

Bien sûr que François Legault désire à tout prix éviter toute confrontation avec ses homologues provinciaux à propos de la loi 21. Son entourage a insisté là-dessus. «Ce n’est pas au programme, même lors des discussions en marge du Conseil de la fédération.»       

Toutefois, quand on a questionné le PM du Manitoba, Brian Pallister, à propos de la loi 21, ce dernier ne s’est pas retenu du tout... «Les Québécois sont trop intelligents, trop des bonnes personnes pour voter une telle loi». On comprendra aisément que le fait de rompre avec le multiculturalisme ne peut être accompli par des «bonnes personnes».       

Belle façon de se moquer et de mépriser les Québécoises et les Québécois qui, très majoritairement, appuient le principe de la laïcité, bien avant toute caution du multiculturalisme canadian...      

Faque François Legault fait comme si de rien n’était. Et il évite de jeter de l’huile sur le feu. Derrière lui, ses homologues les plus militants contre le projet de loi 21, eux, ne retiennent rien.       

  

Pourquoi François Legault a-t-il l’air si triste?
Photo d'archives, Dominic Chan

Pas de pipelines? Pas d’hydroélectricité!  

Aussi, ce qu'on retiendra de cette rencontre, c’est la deuxième rebuffade qu’ont servie les premiers ministres d’autres provinces à François Legault concernant la vente d’hydroélectricité. Ma collègue Emmanuelle Latraverse parle, dans son texte d’aujourd’hui, d’une «leçon de realpolitik».       

«Le rêve d’exporter massivement l’hydroélectricité québécoise vers les autres provinces a encore une fois frappé un mur.  

«Celles-ci ont trouvé une voie bien plus intéressante, une avenue qui permettrait de réduire les GES et qui deviendrait un nouveau moteur économique pour ces provinces.  

«Le nouveau pacte nucléaire entre l’Ontario, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick est simple: pourquoi créer des emplois au Québec en achetant son hydroélectricité, quand ces provinces pourraient être à l’avant-scène de la technologie nucléaire de demain, celle des petits réacteurs modulaires?»      

Quin toué, mon François! Tu ne veux pas de nos pipelines, ben ton hydroélectricité là...      

Voilà ce qu’on croirait que ces autres provinces ont répondu au PM du Québec.       

C’est peut-être pour ça que François Legault a l’air si triste sur la photo officielle des premiers ministres des provinces et des territoires!       

Pas facile de clamer haut et fort le «nationalisme québécois dans un Canada uni» et de se faire rabrouer et attaquer sans cesse dès qu’il est question des préférences et des choix, légitimes, du Québec, sur le vivre-ensemble, sur l’environnement, etc.      

La leçon de realpolitik, c’est peut-être aussi un peu ça, les limites, toujours plus étroites, du nationalisme québécois DANS le Canada.        

Un boys' club  

Sur les photos officielles qui montrent les 13 premiers ministres des provinces et territoires du Canada, vous remarquerez qu’il y a une femme. Pour ceux qui ne la connaissent pas, il s’agit de la PM des Territoires du Nord-Ouest, Caroline Cochrane. Celle-ci représente 0,001% de la population du Canada et son territoire abrite une circonscription sur les 338 au fédéral.       

Oui, on peut, incontestablement, parler d’un boys' club quand on traite de cette rencontre entre premiers ministres des provinces et territoires...