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François Legault, Terminator

François Legault est un premier ministre heureux. Très heureux.
Photo Agence QMI, Simon Clark François Legault est un premier ministre heureux. Très heureux.

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En politique québécoise, François Legault prend de plus en plus des airs de Terminator. Rien ne lui résiste, ou presque. Même la forteresse libérale de Jean-Talon tombait lundi soir aux mains de la CAQ. De toute évidence, l’homme est un premier ministre heureux et bien ancré sur son « x ».

Pour son gouvernement, tout baigne dans l’huile. Malgré ses erreurs d’aiguillage dans les dossiers chauds de l’immigration et des commissions scolaires, son téflon est d’une résistance hallucinante. Le taux de satisfaction envers son gouvernement atteint même les 70 % chez les francophones.

Inévitablement, le jour viendra où sa popularité diminuera. C’est dans la nature du pouvoir. D’ici là, force est de constater que sa marque de commerce nationaliste post-souverainiste lui permet d’élargir son terrain de chasse. Pour les partis d’opposition, l’impact est dévastateur.

Même si les élections partielles sont souvent des microclimats passagers, les résultats dans Jean-Talon sont néanmoins le reflet parfait de l’état actuel des lieux. Avec 43 % des voix, la victoire de la caquiste Joëlle Boutin est solide.

Bastion perdu

Loin derrière, à 25 %, la revenante Gertrude Bourdon échappe un bastion libéral de très longue date. Pis encore, le PLQ perd son seul siège restant à l’est de Montréal. Ouch.

Son chef intérimaire, Pierre Arcand, « rationalise » le tout. Les gens de Jean-Talon, dit-il, préféraient être du côté du pouvoir. Or, ce n’était pas le cas auparavant.

Pour les deux seuls candidats déclarés à la chefferie libérale — Dominique Anglade et Alexandre Cusson —, cette défaite crève-cœur résonne comme une alarme en temps de guerre. D’où leurs tentatives malhabiles, déjà entamées avant la partielle, de ressusciter la fibre nationaliste bourassienne du PLQ. Question de mieux concurrencer la CAQ auprès des francophones, dont 15 % seulement appuient le PLQ.

À 17 % d’appuis, après le coton-ouaté-gate et son virage ultra indépendantiste déconnecté du réel, Québec solidaire doit se contenter de peu. Fermant la marche à 9 % des voix, le Parti québécois disparaît presque du radar. Sans surprise, la remontée du Bloc québécois au fédéral, parce qu’elle était tributaire de son positionnement nationaliste-caquiste, ne lui fut d’aucun secours.

Cadeau

La victoire dans Jean-Talon tombe à point pour François Legault. Elle lui permet d’entamer sa deuxième année au pouvoir sur des voies ensoleillées, comme disait l’autre. Au sortir, lundi, du Conseil de la fédération, il s’est même permis de rejoindre ses homologues provinciaux dans leur souhait concerté de mieux travailler à l’« unité nationale » canadienne.

Au summum de sa popularité, son nationalisme s’annonce également compatible avec le lien fédéral. Pour le moment, un seul nuage se pointe à l’horizon. Quel sort les tribunaux réserveront-ils à sa Loi sur la laïcité de l’État ? À court terme, sera-t-elle ou non suspendue par la Cour d’appel ? Si oui, quel sera le plan B du gouvernement Legault ?

Cela dit, lorsqu’un ciel est aussi bleu que celui de la CAQ en ce moment, un petit nuage, ce n’est pas la fin du monde non plus.