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Mais pourquoi, Maripier?

Maripier Morin anime la série documentaire «Mais pourquoi?» sur la chaîne Z.
PHOTO AGENCE QMI, TOMA ICZKOVITS Maripier Morin anime la série documentaire «Mais pourquoi?» sur la chaîne Z.

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C’est le 30 octobre dernier que la docu-série Mais Pourquoi? mettant en vedette Maripier Morin a pris l’antenne à Z Télé. J’ai accepté avec grand plaisir de participer, à titre de blogueur critique des religions et membre des Sceptiques du Québec, à l’épisode consacré aux religions. J’étais enchanté de voir qu’enfin une émission avec un potentiel de grande diffusion aborde ce sujet jugé par plusieurs comme tabou.   

L’enregistrement de l’entrevue a eu lieu l’hiver dernier au sein même de l’église où j’ai été baptisé à ma naissance et qui est, aujourd’hui, devenue une école de cirque. À peu près au même moment, je venais tout juste de compléter mon processus d’apostasie auprès de l’Archidiocèse catholique de Québec. Mon baptême venait donc d’être annulé. Et mon église de jeunesse était aussi, elle-même, défroquée.   

Nous avons dû faire en tout et pour tout une vingtaine de minutes d’entrevue où je me suis présenté comme un athée assumé et j’ai également fait un exposé à propos des absurdités et des contradictions contenues dans la Bible. Le tout, bien sûr, accompagné d’un plaidoyer en faveur de la pensée critique, de la science et de l’attachement à la réalité.   

L’épisode sur la religion a finalement été diffusé le mercredi 27 novembre dernier. J’étais fébrile de voir le résultat du montage final de l’épisode. Je ne l’avais pas vu au préalable et je ne savais pas trop à quoi m’attendre, outre les grandes lignes qu’on m’avait communiquées lorsque j’ai été approché pour y participer.   

Je dois avouer que j’ai été passablement déçu du traitement en général, mais surtout surpris du préambule que Maripier Morin a fait pour me présenter dans la narration. Elle dit essentiellement que mon discours est aussi extrême que quelqu’un qui est 100% dédié à la religion! Les deux bras m'en sont tombés. De plus, l’auditoire disposait de moins de trois petites minutes de l’entrevue, coupée au montage, pour se faire une opinion éclairée sur l’affirmation de Maripier à mon sujet.   

Comment faire l’apologie de la pensée critique et de la science, et faire ressortir les contradictions d’un système de croyances exclusivement basé sur la foi aveugle peut être catalogué d’extrémiste?    

Va-t-on m’étiqueter d’extrémiste si je fais remarquer à un défenseur du mouvement de la «théorie» de la Terre plate que la science a parlé haut et fort à ce sujet et que la Terre est bel et bien ronde? Bien sûr que non. Les données empiriques et les preuves sont tellement accablantes qu’il est insensé de vouloir les contredire. Il est permis de critiquer le mouvement «terreplatiste» dans ce contexte et même de s'en moquer.   

Pourquoi en serait-il autrement avec les religions? Les prétentions des religions ne font pas le poids lorsqu’elles sont confrontées à l’épreuve des faits sur tous les fronts. La minceur des preuves en faveur d’un Dieu personnel transcendant, omniprésent, omniscient et omnipotent rend cette hypothèse très improbable. Et il est tout à fait acceptable de faire un appel à la Raison, de faire une critique et même s’adonner à la moquerie sans être tagué d’extrémiste.   

La Foi est tout ce qui reste aux croyants. Et quand on sait que la Foi est la suspension délibérée de la pensée critique, le déni, la colère et toutes les phases du deuil font partie de l’arsenal de défense de ceux qui tiennent à croire. Comme l’enfant qui se met en colère contre ses parents quand ils lui font comprendre que le père Noël n’existe pas.   

J’ai le sentiment que Maripier Morin s’est réfugiée derrière ce vieux réflexe, faute d’arguments, ou tout simplement par une peur inconsciente de faire face à la réalité.   

Le phénomène mystique est l’un des derniers vestiges primitifs de notre évolution. Il est temps de devenir adulte en tant qu’espèce. De vouloir maintenir le tabou et la valeur sacrée de cette caractéristique humaine est superflu.    

À moins que le «crime» ne profite à quelqu’un. Le philosophe romain Sénèque disait: «La religion est considérée par le peuple comme vraie, par les sages comme fausse et par les dirigeants comme utile.»   

Ça me rappelle le vieux gag de Groucho Marx qui disait: «Mon frère pense qu'il est un poulet. Nous n’essayons pas de l’en dissuader parce que nous avons besoin des œufs.»   

Dans le débat entourant le multiculturalisme et l’imposition du respect quasi absolu des croyances religieuses par les apôtres de la rectitude politique, il est à se demander si les œufs ne sont pas simplement des votes.   

Guy Perkins est blogueur critique des religions et membre des Sceptiques du Québec