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Un combat charnière pour Yves Ulysse Jr

Une victoire du boxeur québécois jeudi soir lui ouvrirait les portes pour un titre mondial

SPO - YVES JUNIOR ULYSSE BOXER
Photo Martin Alarie Yves Ulysse Jr était relax lorsqu’il a accordé une entrevue au Journal de Montréal.

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Pendant que ses coéquipiers d’Eye of The Tiger Management se préparent pour le gala de samedi au Centre Bell, Yves Ulysse Jr disputera un combat de la plus haute importance, ce soir en Californie. 

Le Montréalais (18-1, 9 K.-O.) affrontera le Vénézuélien Ismael Barroso (21-3-2, 20 K.-O.) dans une carte présentée par Golden Boy à Costa Mesa, une ville qui est située dans Orange County. 

Son titre Gold de la World Boxing Association (WBA), qu’il a remporté contre Steve Claggett en mai dernier, sera à l’enjeu. Une victoire et il pourrait se retrouver dans un combat de championnat du monde en 2020. 

Plusieurs observateurs disent de
Barroso qu’il est le Darnell Boone des 140 lb. Un passage obligé dans la carrière des boxeurs qui aspirent à un combat de championnat du monde. Le vétéran a affronté plusieurs grosses pointures et il est parvenu à freiner plusieurs boxeurs qui étaient en pleine ascension. 

« C’est plus qu’une simple étape », indique Yves Ulysse Jr lors d’une entrevue avec Le Journal de Montréal. Les dirigeants de Golden Boy veulent savoir si je fais partie de l’élite ou pas.

« Barroso a déjà été champion du monde. Une victoire pourrait me permettre d’obtenir un combat significatif en 2020. »

Premier gaucher

Ce sera également le premier gaucher qu’Ulysse affrontera chez les professionnels. 

« J’en ai affronté chez les amateurs, dont plusieurs qui faisaient partie de l’élite, confirme le protégé de Rénald Boisvert. Un de mes partenaires
d’entraînement durant mon camp a été Arthur Biyarslanov. 

« C’est lui qui m’a permis de faire une mise à jour avec les gauchers. J’étais vraiment rouillé. En plus de mes rounds dans le gymnase, je suis allé revoir quelle approche j’adoptais avec les gauchers chez les amateurs. »

Trois reports

À l’origine, le duel contre Barroso lui avait été offert en septembre avec seulement deux semaines de préavis. Toutefois, après avoir consulté ses entraîneurs, Ulysse Jr a décidé de repousser le choc pour se donner le temps de retrouver ses repères face à un boxeur gaucher. 

Par la suite, ce fut le clan Barroso qui a demandé plus de temps de préparation. En tout, ce fut un total de trois reports.

Comment un entraîneur fait-il pour garder son boxeur motivé dans de telles circonstances ?

« Ça dépend du boxeur, mais tu peux lui donner une pause d’une semaine, affirme Rénald Boisvert. Ce fut le cas de Junior. Les vétérans savent que ça ne changera pas grand-chose s’il stoppe l’entraînement pendant quelques jours. »

Inconnu

Dans ce combat contre Barroso, Ulysse pourrait vivre de l’inconnu. Il se battra pour la première fois de sa carrière dans un duel de 12 rounds. Une étape importante pour chaque boxeur. 

« Barroso va sûrement se dire qu’il a fait plusieurs combats de 12 rounds durant sa carrière, mais pas son adversaire, mentionne Boisvert. Le premier 12 rounds, c’est quelque chose. Pour un boxeur, passer de 10 à 12 rounds, c’est l’enfer. 

« Chaque fois qu’on ajoute deux rounds, c’est beaucoup pour le corps. Celui-ci finit par s’habituer, mais ça demande du temps dans le gymnase. Notre dosage d’énergie finit par s’ajuster à cette nouvelle charge de travail. Même chose pour le mental. »

Le principal intéressé n’est pas inquiet s’il devait disputer les rounds 11 et 12 contre Barroso. 

« Le camp a été fait en fonction que je vive l’enfer sur le ring, affirme Ulysse. Mon préparateur physique, Fred Laberge, m’a aidé à repousser mes limites et je ne compte plus le nombre de fois que je l’ai envoyé promener pendant le camp. J’ai été surpris par mes capacités athlétiques. Ce fut la clé de ce camp d’entraînement. »

Ulysse a souffert durant les dernières semaines. Toutefois, il savait que c’était le prix à payer pour savourer une victoire fort importante pour sa carrière. 

La légende de « Flashy Flash »

SPO - YVES JUNIOR ULYSSE BOXER
Photo Martin Alarie

Au sein de l’équipe nationale de boxe amateur, Yves Ulysse Jr était surnommé « Flashy Flash » en raison de sa rapidité dans le ring. Ses performances ne laissaient personne indifférent, dont son coéquipier Samir Elmais. Rencontré au gymnase Canada Fighting, Elmais était aux premières loges pour assister au développement d’Ulysse dans les rangs amateurs. Bien sûr, il a été témoin de plusieurs combats du Montréalais. 

« C’était un boxeur qui avait quelque chose de spécial, mentionne l’ancien pugiliste. Je me souviens notamment d’un tournoi qu’on avait disputé contre l’Irlande. Il avait perdu son premier combat. Toutefois, Yves s’était ajusté très rapidement et il avait remporté le deuxième duel contre le même gars. Il a toujours eu une attitude de gagnant. 

« Il était tellement rapide qu’on l’a surnommé “Flashy Flash”, et je l’appelle encore comme ça aujourd’hui. »

Elmais croit qu’Ulysse est un secret bien gardé dans la boxe. Au cours de sa carrière amateur, il est parvenu à battre quelques grosses pointures. 

« Il a toujours été sérieux à l’entraînement et il avait des habiletés athlétiques au-dessus de la moyenne, ajoute-t-il. Lors de sa dernière année avec nous, il avait atteint son plein potentiel. 

« Il avait battu un Mexicain qui avait été médaillé aux mondiaux et [qui avait] participé aux Olympiques. Peu importe qui il a affronté sur la scène internationale, personne n’est parvenu à l’arrêter. »

À lui de décider

Elmais aime bien ce qu’il voit de son ami depuis qu’il est passé chez les pros. 

« Il fait attention à son poids et à ce qu’il mange », mentionne-t-il. Il est prudent avec les personnes qui l’entourent. Des atouts importants pour devenir champion du monde. 

« Est-ce qu’il le deviendra un jour ? J’espère pour lui. Je crois qu’il a le talent et la force mentale pour réussir cet exploit. Il peut aller aussi loin qu’il le désire. »

Un boxeur bien dans sa bulle

Au cours de la dernière année, Yves Ulysse Jr a réduit son nombre d’entrevues avec les médias pour mettre toute sa concentration au gymnase. 

À première vue, ça peut paraître particulier pour un athlète qui évolue dans un sport où la visibilité est primordiale dans la réussite d’une carrière. Avant son combat contre Ismael Barroso, il aura accordé seulement deux ou trois entrevues aux médias d’ici, dont une au Journal de Montréal. 

« Pour moi, ce n’est pas difficile de donner des entrevues », explique Ulysse. J’ai simplement voulu revenir à ce que je vivais dans les rangs amateurs. 

« Lorsque j’étais le négligé et que je n’étais pas sous les projecteurs, ça me permettait de repousser mes limites et de livrer de grandes performances. C’est exactement la même recette que j’applique depuis quelques mois. »

« Je veux mériter l’attention des médias et non l’avoir de façon automatique. »

Phase cruciale 

En même temps, c’est une façon pour Ulysse de se mettre moins de pression sur les épaules alors qu’il entre dans la phase cruciale de sa carrière. Comme on le sait, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus dans les nombreux combats de championnat du monde. 

Ulysse ne veut pas louper sa chance lorsqu’elle se présentera à lui. 

Rénald Boisvert
Photo Martin Alarie
Rénald Boisvert

Son entraîneur, Rénald Boisvert, est bien conscient du nombre réduit d’entrevues accordées par son pugiliste durant ses camps d’entraînement. 

« Lorsqu’il se prépare pour un combat, il est dans son monde », affirme-t-il. Il n’est pas à l’aise. Par contre, après ses duels, il n’y a pas de problème. 

« On voit un Junior énergique et plein d’entrain. Il ne refusera pas d’entrevues. Les distractions ne sont pas bonnes pour tous les boxeurs. »

Avec une bonne performance et une victoire en Californie, l’homme de boxe espère que son boxeur puisse recevoir l’attention médiatique qu’il mérite.