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Un rêve agricole qui se termine en faillite pour des retraités

Un rêve agricole qui se termine en faillite pour des retraités
Illustration Adobe Stock

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Jacques et Ghislaine sont préposés aux bénéficiaires dans un établissement de santé. Mais à 65 ans, l’heure de la retraite a sonné, et ils ont décidé de réaliser leur rêve : déménager à la campagne et exploiter une ferme.

Le couple attendait depuis longtemps de pouvoir enfin vivre au grand air, loin des embouteillages et de la ville. En janvier dernier, ils sont tombés en amour avec une fermette de la Montérégie, qu’ils ont achetée 250 000 $ sans trop réfléchir ni faire de calculs. C’est décidé : ils se lancent dans les petits fruits – fraises, framboises et bleuets – auxquels ils ajouteront quelques ruches afin de pouvoir vendre leur production de miel.

Ils investissent toutes leurs économies, REER et CELI, pour un total de 25 000 $, dans leur projet. Il leur faut un plus gros véhicule, aussi Jacques remplace sa berline par une camionnette neuve, qu’il finance tout en y ajoutant la perte encourue lors de la remise de sa voiture. Le printemps arrive, et avec lui une pluie d’ennuis...

Une avalanche d’ennuis

Dès la fonte des neiges, les malchances s’accumulent : fosse septique à réparer, fuite majeure sur le toit, tracteur en panne. Il faut également débourser beaucoup d’argent pour préparer la prochaine saison agricole : plants, engrais, insecticides, abeilles, essence, etc., alors que les revenus ne se concrétiseront qu’à l’automne. Leurs finances sont sous pression, et pour faire face à ces multiples dépenses, alors qu’ils n’ont aucun coussin financier, ils doivent se résoudre à emprunter. Malheureusement, peu d’institutions financières sont prêtes à délier les cordons de la bourse, et le couple n’est pas admissible aux programmes gouvernementaux destinés à l’agriculture, compte tenu de la petite taille de son exploitation.

Le couple se tourne donc vers une société de crédit qui leur avance 40 000 $ à un fort taux d’intérêt (15 %). Il a aussi utilisé ses cartes de crédit : 40 000 $ à 19 % d’intérêt.

Se pensant tirés d’affaire, ils se lancent donc dans la plantation. Mais le début de l’été est marqué par des records de chaleur et de sécheresse, ce qui affecte considérablement la production. Leurs abeilles sont aussi frappées par une maladie qui les force à détruire leurs ruches afin d’éviter de contaminer les autres exploitations apicoles. Comble de malheur, Jacques fait un malaise cardiaque et doit subir une importante intervention chirurgicale, suivie d’une longue convalescence. La main-d’œuvre agricole étant rare, Ghislaine se retrouve seule pour récolter les petits fruits, et, à l’automne, les revenus attendus ne sont pas au rendez-vous.

Des dettes insurmontables

Avec des dettes de 371 000 $, incluant le prêt hypothécaire et automobile, le prêt consenti par la société de crédit et leurs cartes de crédit, en plus de 3500 $ dus à l’impôt par Jacques pour l’exercice financier 2017, le couple ne sait plus où donner de la tête. Il consulte donc Stéphane Gauvin, syndic autorisé en insolvabilité chez Raymond Chabot, qui lui conseille de faire faillite. « C’était la meilleure option dans leur cas, puisqu’ils souhaitaient repartir à zéro et sur de bonnes bases », explique-t-il.

Ils ont effectué neuf paiements mensuels respectant leur budget, et ont été libérés de toutes leurs dettes, y compris celles d’impôt. Ils ont aussi dû remettre leur camionnette, alors que la ferme et tout l’équipement ont été vendus pour rembourser les créanciers. « L’erreur de Jacques et Ghislaine a été d’acheter rapidement sans prendre le temps d’évaluer les implications financières, et de mettre tous leurs œufs dans le même panier. En agriculture, on est à la merci de nombreux éléments que l’on ne contrôle pas, la météo, les conditions du marché, etc. On doit avoir de l’argent de côté pour faire face aux imprévus », conseille le syndic.

« Il faut garder les pieds sur terre quand on réalise un projet. Trop souvent, l’enthousiasme nous aveugle et on manque de recul, poursuit-il. Il est indispensable d’évaluer ses obligations financières lors de l’achat, mais aussi de constituer un fonds de roulement pour les mois qui suivront. »

LEUR SITUATION FINANCIÈRE

Actifs :
  • Ferme avec équipements : valeur marchande 175 000 $, achetés 250 000 $ + les réparations
  • Fournitures (plants, engrais, ruches, etc.) : valeur marchande 2000 $, achetées 10 000 $
Dettes :
  • Prêt hypothécaire sur la ferme : 223 000 $
  • Prêt société de crédit : 40 000 $ (15 % de taux d’intérêt)
  • Cartes de crédit (affaires et personnelles) : 40 000 $ (19 % de taux d’intérêt)
  • Prêt camionnette : 65 000 $ (incluant la perte sur la remise de l’ancien véhicule)
  • Impôts dus pour l’année 2017 (Jacques) : 3500 $
  • TOTAL : 371 500 $
Revenu mensuel net :
Revenu de pension total du couple : 2500 $